Les féministes sont soulagées de voir le groupe d’extrême droite Némésis hors de la manifestation du 8 mars… et plus inquiètes de le voir prendre la lumière avec ses idées antiféministes.
Absentes du cortège mais présentes médiatiquement
Némésis l’a annoncé le 5 mars : il ne participera pas à la manifestation du 8 mars pour la journée internationale de lutte pour les Droits des femmes. Mais… Le collectif d’extrême droite organisera son propre rassemblement, dans le 16ᵉ arrondissement, prétendant rendre « hommage aux victimes » pour attirer la lumière sur les thèses d’extrême droite.
Des associations féministes et syndicats avaient demandé, jeudi 26 février, dans une lettre au ministre de l’Intérieur, l’interdiction de ce collectif identitaire qui se prétend féministe. Les signataires – la CGT, la CFDT, l’Unsa, Solidaires, la FSU, le Planning familial ou encore Osez le féminisme ! – rappelaient que, depuis plusieurs années, les manifestations organisées pour le 8 mars étaient « perturbées par la participation de Némésis ».
Lors de la manifestation du 8 mars 2025, ce collectif avait été autorisé à défiler à l’écart du cortège parisien entourées de CRS. Avec des slogans tels que : « Libérez-nous de l’immigration » « La fin de l’immigration de masse », « L’application des OQTF », « Violeurs français en prison, violeurs étrangers dans l’avion » ou « Gauchistes, complices »
Détournement de combat…
Dans un communiqué publié le 5 février, « Osez Le Féminisme dénonce l’instrumentalisation politique de l’extrême droite et les méthodes d’intimidation et d’incitation à la haine du collectif fémonationaliste Némésis »
Ce collectif a beaucoup fait parler de lui lorsque le militant d’extrême droite Quentin Deranque a été frappé à mort alors qu’il devait assurer la sécurité de manifestantes de Némésis. Celles-ci protestaient contre la venue de l’eurodéputée « insoumise » Rima Hassan, pour une conférence à Sciences Po Lyon le 14 février.
Depuis, Némésis ne cesse de se mettre en lumière et de se poser en victime, en jetant en pâture, au passage, ses thèses racistes assurant que les violences faites aux femmes sont uniquement le fait d’étrangers.
Alors « Osez Le Féminisme tient à exprimer sa préoccupation face à l’instrumentalisation de la mort de Quentin Deranque à Lyon par le collectif Némésis. » L’association dénonce leurs « accointances avec des groupuscules identitaires » les « méthodes bien connues des mouvances d’extrême droite, consistant à créer la confrontation pour exister politiquement et légitimer leur recours à la violence. » Et bien sûr leur « instrumentalisation du discours féministe à des fins racistes » qui est « la définition du fémonationalisme que nous dénonçons. »
… et détournement d’attention
Les méthodes de l’extrême droite utilisées par Némésis pour « capter l’attention médiatique » fonctionnent. Dès l’annonce du retrait de la manifestation du groupuscule, la présidente du collectif faisait le tour des médias pour se poser en victime : « Maintenant qu’on voit que l’extrême gauche peut tuer, je n’ai pas envie de prendre le risque que ça arrive une seconde fois avec une de nos militantes » déclarait-elle par exemple sur France Info. Et le journal d’extrême droite Valeurs actuelles de titrer : « Nemesis renonce à venir le 8 mars à cause de la jeune garde »
Si les féministes sont soulagées de savoir que Némésis ne défilera pas à leurs côtés le huit mars, tout n’est pas réglé. Le groupuscule « capte l’attention des médias ». Ce qui donne moins de visibilité à la lutte féministe ainsi exprimée par le collectif grève féministe : « Notre projet de société est aux antipodes de leur discours anti-immigrés, car nous exigeons une égalité pleine et entière dans le monde du travail pour toutes les femmes et pas que pour les femmes françaises et européennes (comme le prône l’extrême droite), dans la sphère domestique, dans la société toute entière. »

