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Maryam Mirzakhani, première médaillée Fields mais pas première mathématicienne

par Isabelle Germain
Maryam Mirzakhan stanford university 256

Maryam Mirzakhan © Stanford University

Pour la première fois, une femme entre dans le cercle des meilleurs mathématiciens. Ce qui ne veut pas dire que le don des femmes pour les mathématiques est récent. Mais elles restaient dans l’ombre.


 

La médaille Fields, qui récompense tous les quatre ans les meilleurs mathématiciens du moment, vient d’être décernée pour la première fois à une femme. Depuis 1936 et jusqu’à l’édition 2010, 52 hommes en furent lauréats. C’est l’Iranienne Maryam Mirzakhani qui ouvre la voie. A ses côtés, trois hommes ont aussi reçu ce qu’on appelle parfois le « le Prix Nobel des Mathématiques. » au congrès international des mathématiciens mercredi à Séoul : le franco-brésilien Artur Avila, directeur de recherche au CNRS, l’Autrichien Martin Hairer et le canado-américain Manjul Bhargava. Le prix a en outre été remis par une femme, la présidente sud-coréenne Park Geun-hye.

Maryam Mirzakhani, qui a étudié à l’Université Sharif de Téhéran, la plus prestigieuse en Iran, est titulaire d’un doctorat de Harvard (Massachussetts) où elle a réalisé sa thèse sous la direction d’un autre médaillé Fields, McMullen. Elle enseigne à Stanford, en Californie.

Encourager d’autres femmes scientifiques

Dès cette annonce, les journaux saluaient la nouveauté : enfin une femme ! L’intéressée n’a pas boudé son plaisir. « Ceci est un grand honneur, a-t-elle déclaré sur le site Web de l’Université de Stanford. « Je serai heureuse s’il encourage des jeunes femmes scientifiques »

Ce ne serait pas du luxe. Les chiffres de l’orientation des filles et des garçons montrent qu’elles ne choisissent toujours pas autant qu’eux les sciences et les mathématiques. Ce qui les handicape pour accéder ensuite aux postes les plus prestigieux et les mieux rémunérés. Question de stéréotypes, d’absence de modèles. Alors quand une médaille remise à une femme montre un nouveau modèle, il faut s’en réjouir.

Car jusqu’à présent, les grandes mathématiciennes sont restées dans l’ombre. Aucune n’a donné son nom à un théorème connu, aucune n’a reçu d’honneur alors que, comme le dit dans Le Monde Ingrid Daubechies, présidente de l’Union mathématique internationale qui organise notamment la sélection des médailles Fields : « Tout chercheur en mathématique vous dira qu’il n’y a pas de différence entre les maths faites par une femme ou un homme ». Pas de différence dans les compétences mais beaucoup de différence en termes de visibilité. La seule scientifique très connue du grand public est Marie Curie et son nom est systématiquement accolé à celui de son mari, Pierre.

Et qui connaît Hypatie d’Alexandrie qui a dirigé l’école néoplatonicienne d’Alexandrie ? Émilie du Châtelet, mathématicienne et physicienne, auteure de la traduction française des Principia Mathematica de Newton qui fait toujours autorité ? Ada Lovelace, qui a inventé l’ancêtre de l’ordinateur au XIXème ? Amalie Emmy Noether décrite par Albert Einstein comme « le génie mathématique créatif le plus considérable produit depuis que les femmes ont eu accès aux études supérieures » ? Sophie Germain qui a travaillé sur la théorie des nombres ? Et beaucoup, beaucoup d’autres. Si les femmes mathématiciennes n’ont pas de passé, donc pas de modèles pour les générations suivantes, elles n’ont pas d’avenir. Il est temps de les rendre visibles.

 

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1 commenter

peano 8 septembre 2014 - 12:01

des mathématiciennes à honorer, il y en a! même à ne considérer que celles qui ne sont plus vivantes. Pour cela, lire les notices correspondantes dans le Dictionnaires universel des femmes créatrices paru en novembre 2013 -des femmes Antoinette Fouque /Belin
voir aussi les travaux de l’association femmes et mathématiques

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