Accueil Politique & SociétéÉducation Même après Sciences Po, les inégalités de genre persistent

Même après Sciences Po, les inégalités de genre persistent

par Arnaud Bihel

 

Sciences PoPrestigieux diplôme ou pas, les mécanismes restent les mêmes à l’embauche. Selon une étude de Sciences Po, les hommes fraîchement diplômés de la grande école sont plus rapidement recrutés et mieux payés que les femmes. Au delà du sexisme, le choix de carrières moins rémunératrices explique ce phénomène.

 

Les grandes écoles ne sont pas épargnées. En mai 2014 déjà, l’école HEC publiait une étude inédite soulignant les inégalités de genre : ses anciennes étudiantes étaient deux fois moins présentes à des postes de direction et touchaient dix fois moins de hauts salaires que leurs homologues masculins (Voir : Même en sortant de HEC, des parcours genrés).

Rémunération moyenne 30% inférieure

C’est aujourd’hui au tour de Sciences Po, désignée « championne » de l’égalité aux côtés de dix autres établissements dans le monde (via la campagne HeForShe), de publier son analyse.

Selon son enquête 2015 sur l’insertion des jeunes diplômés, publiée jeudi 23 juillet, les femmes se retrouvent doublement handicapées : elles sont moins facilement embauchées que les hommes à la sortie de l’école et touchent également une rémunération plus faible.

L’enquête, réalisée auprès de 1245 diplômé.e.s en 2013, précise : « L’écart entre la rémunération brute annuelle moyenne des hommes et des femmes est important  » : 52 569 euros pour un homme, 37 096 euros pour une femme. Une différence de 30%.

Et même si, comme leurs salaires, l’insertion de ces hauts diplômés reste très bonne, les femmes de la promotion 2013 sont plus difficilement embauchées (80% mettent moins de 6 mois à trouver un premier emploi, contre 84% des hommes).

Choix de carrières

Au-delà du sexisme direct auquel doivent faire face les diplômées de Sciences Po, le choix du secteur d’activité joue un rôle dans les inégalités salariales. De fait, observe l’étude, «  les femmes se portent davantage sur les secteurs de la communication, des ONG et associations, de l’éducation et de la recherche et moins sur le secteur de la banque, finance, assurances ».

Un an après leur diplôme, les anciennes de Sciences Po sont ainsi 6% à travailler dans le secteur de l’éducation et la recherche contre 2% des anciens. Et 8% dans les ONG et associations contre 6% d’hommes. A l’inverse 12% des jeunes diplômés travaillent dans le domaine de la banque, la finance et les assurances. C’est 4 points de plus que les femmes.

L’étude souligne encore : « Elles sont proportionnellement plus nombreuses dans les tranches de rémunération les plus basses, les hommes étant plus nombreux dans les tranches élevées ».

En 2012, une enquête de la Conférence des Grandes écoles soulignait que les ingénieures notamment, avaient plus souvent tendance à travailler comme salariées de l’Etat ou d’une collectivité territoriale, d’une entreprise publique ou d’une structure associative (l’analyse ici).

Des choix pas si surprenants puisqu’ils permettent de mieux concilier vie professionnelle et vie personnelle – les enfants étant le plus souvent à la charge des mères.

Des outils pour contrer les inégalités

Un phénomène que Sciences Po ne prend pas à la légère. Depuis janvier 2014, l’établissement coordonne le projet EGERA sous l’égide de l’Union européenne. Outre une volonté d’une plus grande égalité à Sciences Po même, l’école veut également lutter pour une insertion professionnelle genrée égalitaire.

Ainsi, en 2015, elle a mis en place des ateliers pour favoriser la carrière des jeunes femmes. Le programme est clair : « L’objectif est de préparer les élèves aux difficultés fréquemment rencontrées par les femmes en début de carrière, et de les aider à anticiper les inégalités professionnelles et les processus discriminatoires. Il abordera les moments clés de la carrière (négociation salariale, valorisation et reconnaissance des compétences, évolution de carrière, etc) ».

Plus largement un plan d’action ambitieux porté jusqu’en 2017 lutte contre les inégalités. Il comprend 66 mesures parmi lesquelles une obligatoire de mixité d’au moins 40% aux postes à responsabilité, des formations à l’égalité professionnelle pour les étudiant.e.s mais également une sensibilisation au partage des responsabilités familiales entre hommes et femmes.

Les Nouvelles News vous en parlaient ici : Sciences Po, « champion » de l’égalité.

 
Lire aussi sur Les Nouvelles NEWS :

Notre dossier – ÉGALITÉ PROFESSIONNELLE

 

Photo : « Hall de Sciences Po (2014) » par Maxou-44 — Travail personnel. Sous licence CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons

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