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Menaces sur les femmes dans le monde : Marlène Schiappa alerte

par Isabelle Germain

Avec la pandémie, les droits des femmes reculent partout dans le monde. Marlène Schiappa en dresse un effrayant inventaire pour la Fondation Jean Jaurès. La menace est réelle et : «la mettre au jour, c’est déjà la combattre.» 

Alors que la France s’apprêtait à recevoir en mars dernier la 64e session de la Commission de la condition des femmes des Nations Unies, l’épidémie du Covid-19 a annulé la rencontre. Cette convention devait faire un point « Beijing + 25 » et lancer de nouvelles initiatives dans le monde pour « atteindre l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes et des filles. » Ce rendez-vous très important se réfère à la quatrième Conférence mondiale sur les femmes, organisée à Beijing (Pekin) en 1995, qui a marqué un tournant décisif : la Déclaration et le Programme d’action de Beijing, adoptés à l’unanimité par 189 pays, sont considérés comme le principal document de politique mondiale en matière d’égalité des sexes. 

Et on le sait, en matière d’égalité des sexes, dès qu’on arrête d’avancer, les mauvaises habitudes et les traditions regagnent du terrain et les droits des femmes reculent. Particulièrement quand une crise se fait jour.

Dans une note* très complète publiée par la Fondation Jean Jaures, la secrétaire d’Etat en charge de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, alerte sur les menaces qui pèsent sur les droits des femmes et constate des reculs déjà engagés. Elle n’est pas très optimiste sur l’après-crise : « La perspective de sortie de confinement fait, en outre, craindre un phénomène de « décompensation » collective qui risque de créer un terreau malheureusement favorable aux violences sexuelles, dans un contexte où réflexes sociétaux conservateurs cautionnent un « backlash » contre l’émancipation des femmes, comme un possible retour massif des femmes au foyer. » écrit-elle.

Mais déjà, la crise sanitaire a impacté les femmes. Premier point développé dans sa note : les femmes sont en première ligne pour faire face à la crise. Principales actrices des métiers du « care », elles sont exposées – soignantes, caissières, enseignantes- et mal payées ou pas payées du tout pour le travail domestique et familial ou quand elles sont appelées à être couturières bénévoles. Ces invisibles sont sur-exposées au risque de contamination. Marlène Schiappa cite d’ailleurs notre article : Les soldates du « care » en première ligne face au covid-19.

Deuxième menace : confinées, les femmes vont être épuisées par le travail domestique et familial. « Dans le monde, en moyenne, près de 70 % des tâches ménagères sont accomplies par les femmes» indique la note. « Il n’existe aucun pays au monde où les hommes accomplissent en moyenne plus de travail non rémunéré à la maison que les femmes. Aucun.» Pour la France, elle rappelle l’étude Harris Interactive qui montre que la charge s’alourdit sur les épaules des femmes en confinement. Et craint qu’après le déconfinement, la crise économique incite les couples à privilégier le travail de l’homme et enfermer la femme dans le foyer.

Troisième menace : les violences sexistes et sexuelles. Le document cite des chiffres effrayants d’augmentation de ces violences dans le monde. Violences sur les femmes et sur les enfants. Avec un risque de féminicides accru quand, après le confinement, certaines femmes pourraient vouloir quitter leur compagnon. « Les féminicides surviennent souvent après un élément déclencheur, tel que, dans au moins la moitié des cas, l’annonce ou la crainte d’une séparation ou d’un départ. L’homme violent, considérant sa compagne comme un objet lui appartenant et la déshumanisant, préfère la voir morte qu’autonome et passe alors à l’acte. »

Autres violences : enfermées, les femmes et jeunes filles restent exposées au cyberharcèlement. Et la consommation de porno n’a jamais été aussi élevée renforçant les stéréotypes de soumission des femmes. Le harcèlement de rue existe encore pendant le confinement et beaucoup craignent qu’il n’explose à la fin.

La quatrième menace porte sur les droits sexuels et reproductifs. Des projections de l’UNFPA laissent craindre en effet que le confinement provoque 7 millions de grossesses non désirées. Les plans d’urgence covid des gouvernements, concoctés le plus souvent par des hommes, oublient ces questions. les problèmes de délais pour les avortements, ou accès aux centres les pratiquant leur passent au dessus de la tête…

La cinquième menace est celle de la déscolarisation des filles qui risque d’entraîner des mariages forcés et des grossesses précoces. Le lien entre déscolarisation des filles et mariage forcé s’est vu au moment d’Ebola, lorsque des filles, devenues mères après un viol ont été mariées de force, et ne retournaient pas à l’école.

Sixième point, corollaire de tous les autres : la baisse du nombre de femmes dans les processus de décision. « Il n’a fallu que quelques jours à peine pour que les combats menés depuis des générations, installés à l’agenda public de tous les pays occidentaux, risquent de dégringoler. Partout dans le monde, sans même le vouloir, des magazines ou des journaux ont proposé des unes ou des dossiers ‘men only’ au prétexte de ‘nous sommes en crise’ » écrit Marlène Schiappa. Nous l’avons vu très vite en France (voir ici, ou là) mais c’est la même chose dans bien d’autres pays.

Septième menace : un creusement des inégalités économiques. Confinement ou pas, pendant que les femmes travaillent gratuitement pour le foyer, les hommes font un travail rémunéré- ou se reposent. Comme elles ont les salaires les plus faibles, ce sont elles qui font des concessions professionnelles pour garder les enfants. Parce qu’elles ont davantage de jobs précaires ou sont employées « au noir », leur perte de revenus n’est souvent pas compensée. Autre conséquence de la crise sanitaire : les entreprises mécènes qui soutiennent la cause des femmes risquent, parce qu’elles seront fragilisées, de ne plus soutenir les associations.

Un retour en arrière violent sur le sport féminin est à craindre. Ce huitième point est aussi crucial que les autres. Car la compétition sportive des femmes est une voie vers l’égalité des sexes (ne serait-ce que parce que, lorsque le sport féminin sera autant médiatisé que le sport masculin, plus personne ne trouvera normal que chaque week-end papa aille faire du sport pendant que maman s’occupe de la maisonnée). Quelques petites avancées avaient été enregistrées ces dernières années. Mais quand viendra l’heure de la relance, les compétitions masculines seront probablement médiatisées donc sponsorisées et les filles devront repartir de zéro.

Alors dans son dernier point : « l’égalité femmes-hommes priorité mondiale reléguée ? » La secrétaire d’Etat prend soin de saluer quelques initiatives qui vont dans le bon sens pour éviter le backlash, mais elle appelle surtout à ne pas baisser la garde. « Simone de Beauvoir écrivait qu’il suffirait d’une crise sociale, économique ou religieuse pour remettre en cause les droits des femmes. Cette menace de remise en cause existe, elle est là, nous la voyons. La mettre au jour, c’est déjà la combattre. » Alors il ne faut rien laisser passer.

*La note est à lire sur le site de la Fondation Jean Jaures

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