Accueil Economie Morts du textile au Bangladesh : les marques sous pression pour indemniser

Morts du textile au Bangladesh : les marques sous pression pour indemniser

par De profundis

 

HappeningCamaieu

Les grandes marques de l’habillement sont encore nombreuses à refuser d’indemniser les victimes de l’effondrement du Rana Plaza. Mais elles réagissent sous la pression des associations, à l’image de Camaïeu.


 

Vêtues de noir, une douzaine de personnes suivent un cercueil en carton. Sur l’un de ses côtés, le nombre de morts au Bangladesh dans l’effondrement du Rana Plaza, en avril dernier : 1 129.
Cette procession funéraire devant un magasin Camaïeu, mardi 11 juin près de la gare Saint-Lazare à Paris, est un geste de protestation ; jusqu’ici, la marque refusait d’indemniser les victimes. Une situation inacceptable pour l’intersyndicale Camaïeu, l’association Peuples Solidaires et le collectif Éthique sur l’étiquette qui la sollicitent depuis plusieurs semaines.

Une seule commande ?

L’annonce de ce happening semble avoir réveillé la direction ; après un mois et demi de silence, les associations ont reçu une lettre la veille, puis deux coups de téléphone le jour-même. L’enseigne accepte finalement de contribuer à l’indemnisation. Mais à proportion d’une seule commande, qu’elle reconnaît avoir passée à un atelier de confection du Rana Plaza, en mai 2012. Pourtant, les associations affirment avoir retrouvé des étiquettes de la marque dans les décombres un an plus tard.

Camaïeu dit avoir ouvert une enquête. Sa directrice qualité s’est rendue sur place pour déterminer comment les vêtements étaient arrivés dans l’atelier du Rana Plaza ; elle devrait présenter son rapport mercredi 12 juin. « Si le fournisseur a eu recours à la sous-traitance illégale il devra participer à l’indemnisation. Mais nous ne cherchons pas à échapper à nos responsabilités et participerons également », confirme le porte-parole de la marque.

«Impact médiatique »

Un engagement insuffisant aux yeux de Dorothée Kellou, chargée de mission « Dignité et travail » pour Peuples Solidaires : « C’est ignorer que les exigences de Camaïeu, avec des délais très courts, mènent à la sous-traitance illégale et à la dégradation des conditions de travail. » Elle rappelle également que l’indemnisation est vitale pour les familles des victimes. Le montant estimé du fonds nécessaire s’élève à 54 millions d’euros.

Les enseignes Carrefour et Auchan sont également concernées par ces accusations et pourraient elles aussi voir arriver des processions funéraires. Le premier affirme qu’il n’existe pas de preuve de sa présence sur place, tandis que le second fait pour l’instant la sourde oreille. « Peut-être fera-t-on d’autres actions pour les cibler », avance Dorothée Kellou, « à moins qu’ils ne réagissent à celle d’aujourd’hui. L’important c’est l’impact médiatique ; les entreprises ont peur qu’on écorne leur image de marque. »

Au niveau mondial une quarantaine de marques sont concernées. Elles sont plus d’une trentaine (dont Camaïeu, fin mai) à avoir signé, à la suite du drame du Rana Plaza, l’accord sur la sécurité des usines au Bangladesh (Voir : Textile au Bangladesh : 31 marques s’engagent. Enfin). Mais seules dix ont admis leur responsabilité et sept ont promis d’indemniser, dont Primark et Benetton.

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