Accueil Economie Négociations emploi : et l’égalité ?

Négociations emploi : et l’égalité ?

par Arnaud Bihel

Les négociations sur la ‘sécurisation de l’emploi’ risquent de finir dans l’impasse. Et la question de l’égalité entre les femmes et les hommes, qui devait être au cœur de ces discussions, apparaît finalement secondaire.


 

Deux jours pour un miracle. Les partenaires sociaux se retrouvent, jeudi 10 et vendredi 11 janvier, pour un ultime round de discussions en vue d’aboutir à un improbable accord sur la ‘sécurisation de l’emploi’. Improbable, car les positions des syndicats et du patronat apparaissent irréconciliables. Et dans tous les cas il ne répondra pas à l’un de ses enjeux : l’égalité entre les femmes et les hommes.

Le premier des quatre volets de ces négociations consistait à « lutter contre la précarité sur le marché du travail, qui frappe particulièrement les femmes et les plus jeunes », ainsi que le soulignait la feuille de route établie par le gouvernement en septembre. Ce document d’orientation insistait encore : « Une attention particulière devra être portée par les négociateurs à la question de l’égalité entre les femmes et les hommes, et aux effets attendus par les mesures de l’accord en matière d’égalité ».

Blocage sur les CDD

Pour lutter contre la précarité, il s’agissait d’abord de « trouver des leviers pour que le CDI demeure ou redevienne la forme normale d’embauche ». Sur ce point, les négociations achoppent sur une éventuelle taxation des contrats courts. Le MEDEF freine des quatre fers – l’occasion pour Le Monde de souligner que la branche professionnelle dont est issue la patronne des patrons Laurence Parisot, « celle des instituts de sondage, figure parmi les plus gros consommateurs de contrats courts. »

Les Echos relèvent que « la moitié des personnes employées en CDD (y compris les contrats aidés) ont moins de 30 ans. Et les femmes représentent 53 % des CDD, alors qu’elles ne constituent que 44 % de l’ensemble des effectifs salariés ». Selon LaTribune, un éventuel accord sur les contrats courts ne serait que symbolique.

Temps partiel, le trou noir

Le deuxième point de la feuille de route engageait à « traiter la problématique du temps partiel subi », notamment « en identifiant les moyens d’encadrer les temps partiels portant sur un faible nombre d’heures ». Mais rien, ou presque, ne filtre sur les négociations concernant cette problématique. Seule la CFDT la présente comme essentielle. Et elle se trouve dans un trou noir médiatique. On sait que les syndicats de salariés insistent sur la mise en place des règles globales pour encadrer le recours au temps partiel, alors que le MEDEF défend des accords de branches. Là encore, donc, aucun compromis en vue.

Dans 82% des cas le temps partiel concerne des femmes. Et ce sont 31% des femmes qui travaillent aujourd’hui à temps partiel, contre 24% il y a 20 ans (Lire : Toujours plus de femmes en sous-emploi). En juin 2011 la députée UMP Marie-Jo Zimmermann, qui était alors présidente de la délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale, jugeait « urgente » une réforme du temps partiel, en proposant notamment d’introduire une durée légale minimum (de 20h) du temps de travail (Lire : La réforme du temps partiel est urgente). Le gouvernement reprend aujourd’hui à son compte cette idée d’une durée minimale. Dans le cas désormais plus que probable d’un échec des négociations, c’est au gouvernement qu’il reviendra de traiter la question par la loi.

 

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msbrg 11 janvier 2013 - 23:22

si vous avez la moindre expérience de la négociation syndicale dans les entreprises, vous savez que les délégations sont composées quasi exclusivement d’hommes et que l’égalité est le cadet de leurs soucis. pas de risque donc qu’on niveau national les revendications des femmes puissent avoir le moindre écho.

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