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Orelsan condamné, l’incitation à la violence misogyne recule

par Isabelle Germain

Le tribunal correctionnel de Paris a condamné le rappeur pour  injures et provocations à la violence à l’égard des femmes. Une première décision qui responsabilise les artistes.


 

C’était en 2009. Plusieurs associations féministes faisaient pression pour que le chanteur Orelsan ne soit pas invité au Printemps de Bourges. Pas question que des fonds publics soutiennent un chanteur qui vocifère « sale pute » et autres propos haineux pouvant constituer autant d’incitations à la violence et à la haine envers les femmes ou une banalisation de cette violence. Le Président du Conseil Régional du Centre menaçait même de diminuer la subvention allouée au festival. Suivit l’inévitable affrontement entre ceux qui prônaient la liberté artistique sans limite, invoquant la « liberté d’expression » et ceux qui affirmaient que cette liberté devait trouver ses limites à la frontière de l’incitation à la violence. Politiques et artistes influents s’en mêlèrent.

Cinq associations, les Chiennes de garde, le Collectif féministe contre le viol, la Fédération nationale solidarité femmes, Femmes solidaires et le Mouvement français pour le planning familial ont alors porté plainte « pour injures publiques à raison du sexe, et incitation à la haine, à la violence et aux discriminations à raison du sexe » selon les articles de loi qui interdisent ce type de propos (articles 29, alinéa 2 et 33, alinéa 4 et article 24,alinéa 9 de la loi de 1881, modifiée le 30 décembre 2004).

Violence « au seul motif qu’elles sont des femmes »

Le tribunal correctionnel de Paris leur a donné raison le 31 mai, déclarant le rappeur coupable d’injure et provocation à la violence à l’égard des femmes pour certains de ses textes. Orelsan a été condamné à 1.000 euros d’amende avec sursis. Ce que le tribunal a retenu cette fois-ci est la généralisation des propos. « Les féministes me persécutent, comme si c’était d’ma faute si les meufs c’est des putes »… Pour la seconde partie de cette phrase, Orelsan a été déclaré coupable d’injure sexiste.
Pour « Renseigne-toi sur les pansements et les poussettes, j’peuxt’faire un enfant et t’casser le nez sur un coup de tête », ainsi que « Ferme ta gueule ou tu vas te faire marie-trintigner (…) », il a été reconnu coupable de « provocation à la violence à l’égard d’un groupe de personnes à raison de leur sexe »

Pour les juges – et c’est une première – cette banalisation de « comportements et de propos sexistes, violents et dévalorisants » est « de nature à créer, de manière directe ou à tout le moins insidieuse, un état d’esprit propre à susciter chez certains spectateurs, et particulièrement les plus jeunes, la reproduction (…) des violences physiques et morales, aussi systématiques que gratuites, faites aux femmes au seul motif qu’elles sont des femmes ».

Responsabilité d’artiste

Le tribunal a aussi fait observer que le chanteur avait conscience des possibles conséquences de ses chansons puisqu’il n’en interprète pas certaines si le public est trop jeune. « C’est ma responsabilité d’artiste », avait-il dit à l’audience. Le tribunal a vu dans ces propos une « particulière ambiguïté » et une « parfaite conscience des risques incitatifs que pouvaient représenter ses chansons ».

Ce jugement ouvre enfin une brèche, ce qu’a fait observer Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes : « Je vois dans cette décision de justice, que je salue, un signe encourageant pour la société française dans son ensemble. La tolérance à l’égard des violences faites aux femmes et des stéréotypes sexistes régresse, et les mentalités évoluent vers une culture de l’égalité toujours mieux partagée ». Le chanteur n’a pas encore dit s’il ferait appel de cette décision.

 

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Liberté d’expression, censure, incitation à la haine : l’après Orelsan

 

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4 commentaires

4 commentaires

MEP 3 juin 2013 - 08:32

Le tribunal a aussi fait observer que le chanteur avait conscience des possibles conséquences de ses chansons puisqu’il n’en interprète pas certaines si le public est trop jeune. «C’est ma responsabilité d’artiste », avait-il dit à l’audience.

0_0 C’est sûr que si le public est majeur, il est plus apte à recevoir cette violence en pleine tronche… Et que ça l’incitera moins que les plus jeunes à banaliser cette violence.

J’espère que cette décision de la justice fera jurisprudence, notamment pour les images et propos violents diffusés sur Facebook comme vous l’avez souligné dans d’autres articles.

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Eric 3 juin 2013 - 11:45

J’aurais aimé connaître le sexe du juge.

Cette décision n’a strictement aucune chance de faire jurisprudence.

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Romane 3 juin 2013 - 12:13

Orelsan condamné, l’incitation à la violence misogyne recule

Pour le coup, je trouve le titre assez mal trouvé. La condamnation d’Orelsan ne fait absolument pas reculer l’incitation à la violence misogyne, comme on peut le voir tous les jours. il aurait pê mieux valu titre sur le fait, qu’effectivement, le tribunal « ouvre une brèche ».

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taranis 4 juin 2013 - 11:16

Cette décision n’a strictement aucune chance de faire jurisprudence.[/quote]
Bien sur que si….Et ce n’est votre minable opinion qui nous impressionne: De nombreuses expressions des textes de ce chanteur sont explicitement et violemment sexistes, les associations ont porté plainte «pour injures publiques à raison du sexe, et incitation à la haine, à la violence et aux discriminations à raison du sexe» selon les articles de loi qui interdisent ce type de propos (articles 29, alinéa 2 et 33, alinéa 4 et article 24, alinéa 9 de la loi de 1881, modifiée le 30 décembre 2004).Pour les juges, le néologisme «marie-trintigner» employé dans la chanson «Saint-Valentin» marque le point culminant de la «banalisation des violences faites aux femmes». Ils soulignent que la mort tragique de l’actrice Marie Trintignant, morte sous les coups de son compagnon Bertrand Cantat, est récupérée «d’une manière particulièrement choquante pour servir la rime», et est présentée «comme une simple menace qui peut être mise à exécution si la femme-objet évoquée dans la chanson (…) ne se soumet pas en silence aux volontés de l’homme».En deux ans, 400 000 femmes ont été victimes de violences conjugales selon une étude de l’ONDRP. En 2011, une femme est décédée tous les trois jours, victime de son partenaire ou ex-partenaire de vie

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