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Pakistan : Ayesha Malik, première femme juge à la Cour suprême

par La rédaction

Dans ce pays conservateur, la nomination de cette magistrate pourrait améliorer les droits réels des femmes. Ayesha Malik s’est notamment distinguée en décidant d’interdire les tests de virginité sur les femmes victimes de viol en 2021.  

« C’est un jour historique pour l’émancipation des femmes au Pakistan » a twitté Zartaj Gul-Wazir, la ministre de l’Environnement. La juge Ayesha Malik, 55 ans, a été nommée le 6 janvier dernier pour siéger à la Cour suprême du Pakistan.  Cette nomination doit être confirmée par un groupe parlementaire indique le quotidien anglais The Guardian.

Ayesha Malik est la première et seule femme à intégrer la plus haute instance judiciaire dans ce pays qui ne compte que 15 % de femmes juges dans les tribunaux, et seulement 5 % dans les hautes cours.

Sa nomination n’a pas fait pas l’unanimité : refusée l’année dernière, elle est passée de justesse en 2022, avec cinq voix contre quatre. Plusieurs avocats et juges ont dit vouloir se mettre en grève si Ayesha Malik venait à siéger.

Mais du côté des défenseurs des Droits des femmes, l’enthousiasme est de mise. Maleeka Bokhari, la secrétaire parlementaire pour le Droit et la Justice a félicité la juge en soulignant qu’il s’agissait d’un «un moment important et décisif pour notre pays… Le plafond de verre se brise ».

Diplômée du Pakistan College of Law, à Lahore, la deuxième plus grande ville du pays, Ayesha Malik a poursuivi ses études à l’École de droit de Harvard, aux États-Unis. Après avoir travaillé pour des cabinets d’avocats sur des questions bancaires et environnementales notamment, elle est devenue juge à la Haute Cour de Lahore en 2012. Elle était alors la seule femme juge de cette Cour. Elle est membre du Conseil de l’académie judiciaire du Pendjab.

La juge milite depuis de nombreuses années pour les Droits des femmes. Dans  une interview à l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, elle affirme : « J’ai décidé de porter la voix des femmes. Je suis là pour dénoncer les discriminations, les stéréotypes et sensibiliser aux questions de genre.»

Au Pakistan, pays musulman conservateur, officiellement, les femmes ont le droit de vote, mais il arrive qu’elles soient privées de ce droit au nom de certaines traditions.  Ayesha Malik a rendu des jugements remarqués pour garantir ce droit de vote.

 Et elle avait défrayé la chronique l’année dernière en décidant d’interdire les tests de virginité pour les femmes ayant subi un viol. « Il s’agit d’une pratique humiliante, qui est utilisée pour jeter la suspicion sur la victime, au lieu de se concentrer sur l’accusé et l’incident de violence sexuelle » avait-elle alors déclaré le 13 novembre 2021 lors d’un verdict. Cet examen, appelé test des « deux doigts », est supposé dire si la victime est sexuellement active. Le présupposé étant que, si c’est le cas, elle doit assumer le risque de viol…

Selon The Guardian, la nomination d’ Ayesha Malik pourrait bouleverser le système judiciaire pakistanais en ouvrant des portes à de futures juges et avocates. Pour l’avocate Nighat Dad interrogée par le quotidien britannique, « Cette nomination pourrait avoir un effet domino et instaurer un droit plus inclusif, mettant un terme aux barrières qui se dressent pour les femmes et les communautés marginalisées, dans un pays où les crimes de violences sexistes sont une réalité quotidienne.»

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