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Paradis fiscaux : retour sur terre

par La rédaction
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Photo : vue des Iles Caïman, l’un des principaux paradis fiscaux. By Salvatore Freni Jr, via Wikimedia Commons

Entreprise journalistique sans précédent, le « Offshore Leaks » met en exergue l’usage des paradis fiscaux par les méga-riches de la planète.


 

« Il n’y a plus de paradis fiscaux », assurait Nicolas Sarkozy à l’automne 2009. La vaste enquête menée sous l’égide de l’ICIJ (International Consortium for Investigative Journalism) vient, s’il en était besoin, affirmer le contraire. Avec le soutien de plusieurs titres de presse internationaux (dont Le Monde pour la France, la journaliste Anne Michel raconte ici le travail de collaboration), cet organisme indépendant a commencé à publier, jeudi 4 avril, des données sur des comptes en banques cachés à l’étranger et leurs milliers de titulaires dans le monde. Avec ses 2,5 millions de documents, ce qu’on appelle déjà l’« Offshore Leaks » est la plus vaste source de données jamais analysée par la presse. Les révélations qui ont débuté ce 4 avril ne font que commencer.

Le poids combiné des économies des États-Unis et du Japon

En France, c’est le nom de Jean-Jacques Augier, trésorier de la campagne présidentielle de François Hollande, qui fait le plus de bruit. Mais ce sont 130 Français dont les noms apparaissent dans les fichiers de l’ICIJ. Jean-Jacques Augier, comme de nombreux autres titulaires de comptes offshore épinglés, assure qu’il a placé son argent en toute légalité.

Il n’empêche que « les méga-riches se servent de structures offshore pour posséder des résidences, des yachts, des œuvres d’art et autres biens, en profitant des avantages fiscaux et de l’anonymat hors de portée du citoyen ordinaire », souligne l’ICIJ. Son directeur Gerard Ryle évoque (dans The Guardian, en anglais) une étude de James S. Henry, ancien chef économiste chez Mc Kinsey, selon laquelle les comptes hébergés dans les paradis fiscaux pèsent entre 20 000 et 30 000 milliards de dollars, soit le poids combiné des économies des États-Unis et du Japon.

En Grèce, plus de 100 sociétés offshore secrètes

Quel sera l’impact de ces révélations ? Le risque est grand qu’en France, à l’heure de l’affaire Cahuzac, le cas particulier de Jean-Jacques Augier monopolise les titres d’une presse qui a soudain réappris à égratigner les puissants. Mais comme le souligne Natalie Nougayrède dans l’éditorial du Monde : « L’exposition de cas individuels, aussi saisissants soient-ils, ne doit pas masquer le fond du problème : les paradis fiscaux sont une menace pour la démocratie (…) Nul ne pourra prétendre, à la lumière de cette enquête, que les dirigeants politiques, malgré leurs dires, se soient donné les véritables moyens d’agir. Il est urgent de renforcer les règles, les moyens de contrôle, la coopération transfrontalière. » Le cas de la Grèce est à cet égard terriblement parlant : ainsi que le rapporte l’AFP, le journal grec Ta Néa, l’un des titres de presse ayant travaillé sur les données de l’ICIJ, dit avoir identifié pas moins de 107 sociétés offshore grecques… dont seulement quatre sont enregistrées auprès des autorités fiscales du pays.

 

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