La France est souvent reconnue comme le pays où les femmes vivent beaucoup plus longtemps que les hommes. En effet, les Françaises ont une longévité inégalée en Europe. Mais sont-elles toujours en bonne santé ? Un rapport, réalisé par la délégation aux droits des femmes pour le Conseil économique, social et environnemental (CESE), fait le point.
84,9 ans contre 77,6 ans : indéniablement, les femmes vivent plus longtemps que les hommes. Depuis le début du XXe siècle, la mortalité féminine n’a cessé de chuter et la France compte désormais le nombre record de centenaires en 2010 : 20 000, dont près de six femmes pour un homme ! Pourquoi cette longévité inégalée en dehors de nos frontières ? Selon le rapport du CESE, les femmes sont davantage attentives à leur santé, effectuent plus régulièrement des bilans que les hommes et recherchent un certain équilibre alimentaire.
Non, les femmes ne sont pas en meilleure santé que les hommes
Cependant, en y regardant de plus près, la situation n’est pas si avantageuse que cela. L’écart entre les sexes se réduit drastiquement lorsqu’on considère l’espérance de vie en bonne santé : 68 ans pour les hommes, 69,8 ans pour les femmes. Et le taux de mortalité prématurée (avant 65 ans) diminue plus lentement chez les femmes (- 19%) que chez les hommes (- 27%). Selon le rapport, ¼ des décès prématurés chez les femmes pourraient être évités par la réduction des comportements à risques.
En effet, le premier facteur explicatif est à chercher dans l’évolution des comportements féminins, qui se masculinisent. Ainsi, davantage de femmes, et en particulier des cadres, sont victimes d’alcoolisme sinon de prise d’alcool à risque. Alors que la cigarette était avant tout l’accessoire masculin il y a cinquante ans, 23 % des femmes fument contre 33 % des hommes. Conséquence : une augmentation de 105 % des cancers des poumons chez les Françaises entre 1990 et 2005, alors que ce taux a diminué de 14% chez les hommes.
De plus, les inégalités sociales touchent davantage les femmes. Elles subissent de moins bonnes conditions de travail et assument toujours l’essentiel des tâches ménagères. Un tiers des femmes contre 1/5 des hommes font face à des tensions professionnelles. Elles sont un quart à affronter des agressions (en particulier verbales). Ils ne sont qu’un sur dix. Aussi, 14% des femmes sont sujettes à l’anxiété, contre moitié moins pour les hommes. Et la dépression est la première cause de consultation médicale chez les Françaises entre 40 et 50 ans. Si les hommes sont toujours majoritaires à mettre fin à leurs jours, les femmes font davantage de tentative de suicides.
Ignorance partagée des spécificités des femmes
Que ce soit d’un point de vue social ou médical, les spécificités des femmes sont mal connues et reconnues… ce qui aggrave leur prise en charge et donc, leur santé. Le rapport constate en effet que sont menées peu d’études prenant en compte le genre ; notamment sur le lien entre le cancer du sein, première tumeur maligne chez les femmes, et leurs conditions de travail. Ni sur leur surexposition aux violences sexuelles.
Et cette ignorance des spécificités féminines se constate également au niveau médical. En effet, les femmes sont davantage exposées au mal-être, en particulier à l’adolescence, où près de 8% d’entre elles ont une mauvaise image d’elles et de leur santé, contre 2,3% chez les garçons. Plus concrètement, 30 000 à 40 000 adolescents souffrent d’anorexie mentale. Dont 90% de filles. Au moment de la vieillesse, les femmes sont également beaucoup plus nombreuses que les hommes à souffrir de la maladie d’Alzheimer ou de pathologies cardiovasculaires. Quant au cancer du sein, si la mortalité a baissé depuis 2000, son incidence a augmenté de 2,4 % par an depuis les années 80.
L’infarctus est moins bien diagnostiqué et traité chez la femme
« Pour la délégation aux droits des Femmes et à l’égalité des chances entre hommes et femmes, c’est dès la recherche fondamentale que les différences physiologiques et biologiques entre les hommes et les femmes doivent être prises en compte, autant pour affiner les outils de prévention que pour mettre au point des prises en charge et des traitements différenciés », peut-on lire dans le rapport. En effet, les spécificités des femmes sont peu prises en charge par le corps médical. Et la France, à la différence des Etats-Unis qui a obligation depuis 15 ans de recruter des femmes pour les essais cliniques, commence tout juste à prendre conscience des risques induits par la méconnaissance du genre.
Or, une étude française récente sur les pathologies cardiovasculaires dirigée par le Docteur François Schiele du CHU de Besançon montre que l’infarctus est moins bien diagnostiqué et traité chez la femme. Sa prise en charge et la prescription de médicaments sont inadaptées. Par conséquent, le taux de décès, de récidive ou d’accident cérébral est fortement augmenté chez les femmes…
Et la délégation aux droits des Femmes laissent entendre, à raison, que ces conclusions seraient vérifiables pour d’autres pathologies. Par la voix de sa rapporteure Dominique Henon, la délégation demande donc instamment aux pouvoirs publics d’approfondir les recherches sur les spécificités des femmes, depuis les essais cliniques jusqu’au traitement de la maladie. Mais surtout, une prise en charge sociale doit accompagner les aspects médicaux, les femmes étant toujours plus vulnérables socialement que les hommes en France.
Lire le rapport :
http://www.conseil-economique-et-social.fr/rapport/doclon/10092716.pdf
