Pas d’égalité sans partage du savoir

Les formations qui mènent au pouvoir sont majoritairement adressées aux hommes. Les femmes doivent privilégier le savoir sur les stéréotypes.


 « On forme les hommes au leadership et les femmes à la bureautique » : Catherine Smadja, auteure d’un rapport sur la formation professionnelle, le dit sans détour. Le plus souvent, les femmes suivent des formations pour s’adapter et garder leur poste tandis que les hommes pensent à leur carrière. Adaptation versus ambition.

À l’interdiction faite aux femmes d’accéder à certains savoirs s’est substituée l’autocensure. Il a fallu attendre 1972 pour que Polytechnique soit ouverte aux filles, 1973 pour HEC. Plus de 40 ans plus tard ces écoles, qui fournissent le gros des bataillons de dirigeants de grandes entreprises, n’ont pas permis d’atteindre la parité au plus haut niveau de l’économie. Si les grandes écoles de commerce comptent de plus en plus de filles, les écoles d’ingénieur·e et les filières scientifiques ont du mal à recruter davantage.  Elles représentent toujours moins de 30% des effectifs des écoles d’ingénierie. Moins de femmes dans les réseaux de ces grandes écoles, c’est moins de femmes au pouvoir.

Une nouvelle étude vient même expliquer un « paradoxe de l’égalité de genre » : les femmes s’orientent davantage vers les filières scientifiques dans les pays qui favorisent le moins l’égalité des sexes. Dans ces pays, elles rechercheraient la sécurité et la stabilité professionnelle via les sciences. Tandis que dans les pays plus favorisés, leurs choix seraient davantage guidés par les stéréotypes. Elles ont développé une appétence et se sentent plus légitimes dans des fonctions ou des métiers dits « féminins »… qui ne conduisent pas aux postes de pouvoir.

Seul l’accès des femmes à un savoir plus élargi pourra leur permettre de voir plus grand. Comme aimait à le dire Marie Curie, citée par Natacha Henry *, son père lui répétait sans cesse : « Ce que vous avez dans la tête, c’est une richesse que jamais personne ne pourra vous enlever, pas même les Russes. On peut vous voler beaucoup de choses : votre porte-monnaie, votre manteau et même votre maison. Mais ce que vous savez, ce que vous avez appris, c’est à vous pour toujours. » Quand un groupe est privé de savoir, il s’expose à être dominé.

 

*Les Sœurs Savantes – Marie Curie et Bronia Dluska : Deux destins qui ont fait l’histoire, par Natacha Henry. Editeur : Librairie Vuibert.

 

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