Accueil Politique & Société Polanski libre, des pétitionnaires heureux, une victime oubliée

Polanski libre, des pétitionnaires heureux, une victime oubliée

par Isabelle Germain

polanski libérationRoman Polanski aura donc passé seulement 42 jours en prison pour avoir eu des « relations sexuelles » avec une enfant de 13 ans. La Suisse fait savoir ce lundi qu’elle refuse d’extrader vers les Etats-Unis le cinéaste franco-polonais. Une partie du microcosme politique et culturel s’en réjouit.

La ministre de la Justice helvète Eveline Widmer-Schlumpf indique ce lundi que « trop d’incertitudes subsistent concernant la conformité de la requête américaine ». L’homme qui avait quitté le pays pour échapper à la justice américaine il y a plus de 30 ans est donc libre. Les Etats-Unis ne peuvent pas faire appel de la décision.

Depuis septembre dernier, Roman Polanski était assigné à résidence après avoir passé quelques jours en prison. Le cinéaste a reconnu avoir eu, en 1977, des relations sexuelles avec Samantha Geimer, âgée de 13 ans à l’époque, qui affirmait avoir été « droguée et violée » durant une séance photo. Le réalisateur avait plaidé coupable pour « relation avec une mineure », mais avait nié le viol. Une interprétation des faits pour le moins surprenante : une fille de 13 ans droguée peut-elle vraiment être pleinement consentante pour des relations sexuelles avec un homme âgé de 43 ans ?

Presque tout le monde du cinéma derrière lui

Peu importe. Polanski avait reçu le soutien d’une bonne partie du microcosme culturel et politique qui avait pétitionné à tour de bras lors de son arrestation. Il se répandait longuement dans les médias pour se défendre (ci-dessus dans Libération). Seules quelques voix comme celle de Luc Besson avaient invité à un peu de modération devant la gravité des faits reprochés.

Dans un pays comme la France où le viol est un crime puni de 15 ans de réclusion, les soutiens à Polanski se sont pourtant multipliés et les réactions qui accueillent le refus par la Suisse de son extradition confirment la confusion. Bernard-Henry Levy est « fou de bonheur », le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand nage avec lui dans la même allégresse : il a accueilli « avec satisfaction » la décision de la justice suisse et « se réjouit pour son épouse Emmanuelle Seigner, ses enfants et ses amis qui l’ont soutenu avec dignité et détermination au long d’une épreuve où les polémiques les ont profondément affectés ».

Alain Finkielkraut ne s’est pas encore exprimé mais à la vue de cet entretien, on peut craindre le pire. Minimiser la gravité du viol reste un sport très prisé dans les médias.

L’entretien d’Alain Finkielkraut avec Robert Ménard sur Itélé.

 

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15 commentaires

15 commentaires

Filles de Rien 13 juillet 2010 - 00:01 Répondre
sentenza 13 juillet 2010 - 02:05

quelle honte !!!minimiser un crime parce qu’ il s’agit d’un monsieur qui a pour nom polanski…

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raja 13 juillet 2010 - 06:22

magnifique texte-manifeste de Lola Lafon et Peggy Sastre, merci à elle.

par contre ça me met en rage quand je lis ou entend « relation sexuelle », j’ai l’impression que ça minimise la situation, droguer, faire boire, puis sodomiser une gamine de 13 ans c’est pas une relation sexuelle…nous savons donc maintenant que l’argent fait de vous un homme de vertu. 🙁

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Isabelle G 13 juillet 2010 - 06:45

Raja, si j’écris « viol » dans le chapô de l’article, la meute pro Polanski serait bien capable de venir me chercher des poux sur la tête…

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sissi 13 juillet 2010 - 07:14

sans excuser Polanski peut-on entendre que la victime demande à être oubliée?

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cyclomal 13 juillet 2010 - 07:26

@sissi

La victime en a tellement marre d’être insultée, impunément, à chaque fois que l’affaire ressort! Et elle ressort parce qu’elle n’est pas purgée, cette affaire, Monsieur Polanski ayant fui une justice dont il n’était pas sûr de la mansuétude à son égard.

Que ce soit la victime qui crie encore aujourd’hui: »Arrêtez! », vraiment, il est utile de le rappeler et encore plus de l’analyser…

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Clem 13 juillet 2010 - 07:43

Sissi, la victime demande en effet à ne pas continuer les poursuites. Mais la victime n’est pas en position de décider de cela, c’est le système judiciaire du pays concerné, ici les Etats-Unis, qui décide si quelqu’un n’a toujours pas reçu le procès/la punition qu’il mérite. Si un juge pense que Polanski doit être jugé, ni la victime, ni Polanski n’y peuvent rien.

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Clem 13 juillet 2010 - 07:45

« Clem »
Si un juge pense que Polanski doit être jugé

je voulais dire finir sa peine.

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Josy 13 juillet 2010 - 14:43

Il n’y a aucune raison de défendre ce mec. Mais il n’y a aucune raison non plus d’inventer. « Une victime oubliée » ? N’importe quoi. Par contre, une qui est soigneusement oubliée, c’est la mère de Samantha Geimer et son rôle actif et nettement plus que glauque.
Samantha Geimer, quant à elle, a clairement indiqué qu’elle souhaite cesser de voir cette histoire déterrée, étant à nouveau détruite à chaque fois. Mais ça se vend, coco, allez encore une couche, alors, les pseudo justiciers ?

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pedro 13 juillet 2010 - 17:00

Sinon, il existe aussi un truc qui s’appelle la prescription. Là çà fait 30 ans… et en plus la victime a retiré sa plainte !
Il fallait peut-être y penser avant, à extrader cet individu, non ? D’autant qu’à son âge, même bourré de viagra(r), m’étonnerait qu’il reste longtemps une menace pour la société…

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Isabelle G 14 juillet 2010 - 10:44

@Josy…. Mais c’est bien le pb. Vu la façon dont cette affaire est médiatisée, les victimes passent pour les coupables et les coupables pour des victimes. Quand on ne reproche pas à l’enfant de 13 ans d’être une aguicheuse, on reproche à sa mère de l’avoir jetée dans la gueule du loup. Le violeur, lui, serait juste victime de son vice… Faut arrêter! Le coupable c’est le violeur, quelles que soient les circonstances et quelle que soient par ailleurs les qualités artistiques du violeur coupable. Et les coupables sont aussi tous ceux qui le font passer pour une victime.

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agnes.maillard 14 juillet 2010 - 19:02

Isabelle a raison, mais je mettrais quand même un bémol sur la question de la mère.
J’ai moi-même vu à l’œuvre des parents qui avaient déguisé leur gamine de 13-14 ans en Lolita, et qui la poussaient à chopper « un bon parti ». Nous étions alors une bande de trentenaires et mon pote banquier avait eu le droit à un assaut en règle… de la part des parents qui poussaient clairement à la consommation.
Je dois avouer que la scène dépassait ce que j’aurais pu imaginer dans la catégorie des parents proxos sur les bords.
Je ne sais pas quelle était leur vie et leurs problèmes, mais on a tous été marqués par cette histoire, même si on a juste pris la fuite.

J’avais aussi raconté sur mon blog, à propos, justement, de l’affaire Polanski, comment un photographe de renom recrutait de la nymphette à tour de bras. Là aussi, les gamines étaient clairement abusées par le gars et le miroir aux alouettes, mais on ne pouvait pas dédouaner les parents qui savaient plus ou moins clairement ce qui attendait leur gosse.
Donc oui, le violeur est le coupable, mais je pense que les entremetteurs sont clairement complices.

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paulmorand 17 juillet 2010 - 13:17

Si vous invitez une fille chez vous et que vous lui offrez une coupe de champagne, cela signifie-t-il que vous la droguez ?
Si après , vous couchez avec elle , cela fait-il de vous un violeur ?
Serions-nous tous des abuseurs et des violeurs ?

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agnes.maillard 17 juillet 2010 - 18:21

« paulmorand »
Si vous invitez une fille chez vous et que vous lui offrez une coupe de champagne, cela signifie-t-il que vous la droguez ?

Vous offrez souvent du champagne à des filles de 13 ans?

« paulmorand »
Si après , vous couchez avec elle , cela fait-il de vous un violeur ?

Si elle a 13 ans, oui, la loi est très précise là-dessus.
Et même si elle est majeure, dans votre chambre, à moitié à poil, après le champagne, qu’elle se ravise et dit non, aussi cruel que cela puisse paraître, une fois que le « non » est clairement exprimé, passer outre est un viol.
Mais, au risque de se répéter, pour un mineur de moins de 15 ans, le viol est caractérisé à tous les coups!

« paulmorand »
Serions-nous tous des abuseurs et des violeurs ?

Heureusement, non.

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beurk 20 juillet 2010 - 09:24

Cette vidéo est à vomir.

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