Accueil Politique Pour Juliette Méadel, « l’avenir n’attend pas »

Pour Juliette Méadel, « l’avenir n’attend pas »

par Isabelle Germain

Juliette_MeadelElue à Paris, première signataire d’une motion « Question de principe » en vue du congrès PS de Toulouse, Juliette Méadel a créé un think tank pour mettre l’enfant au cœur de la politique.


 

Tout est politique. Juliette Méadel ne le démentira pas. Lorsqu’elle arrive un tout petit peu en retard et légèrement essoufflée en descendant de son vélo, tôt, un matin dans un café du XIVème arrondissement à Paris, elle déplore les bronchites à répétition de son fils… qui ne sont pas un cas isolé. En cause, l’augmentation des accouchements par césarienne, le bébé ne faisant pas assez travailler ses poumons. Et si le nombre de césariennes augmente, c’est à cause de l’insuffisance de moyens accordés aux hôpitaux ou des risques juridiques moindres pour les médecins accoucheurs. « Un vrai sujet pour la presse», signale-t-elle en passant. Tout est politique.

Mais nous sommes là pour parler de « L’Avenir n’attend pas », le think tank qu’elle vient de créer après l’avoir maladroitement appelé « Les femmes et les enfants d’abord ». Une erreur, car « ce titre était sujet à interprétations, d’aucuns y ont vu des connotations régressives du point de vue de l’égalité entre les hommes et les femmes, comme si nous n’avions de la femme que l’image de la mère. Ce n’était bien entendu pas le cas, mais plutôt que de me livrer à de longues explications de texte, j’ai préféré changer et trouver un nom qui incarne davantage notre objectif : agir maintenant pour l’avenir de nos enfants ». Et de citer Vaclav Havel : « C’est pour les enfants qu’il faut faire de la politique. C’est souvent à cause d’eux que l’on n’en fait pas, mais c’est pour les enfants qu’il faut faire de la politique. »

Soutenir les parents isolés

Une de ses idées a été reprise par François Hollande au cours de sa campagne, alors qu’il lui avait confié un groupe de travail sur la lutte contre les discriminations : soutenir la foule silencieuse de parents isolés – qui sont souvent des mères. « Il faut pouvoir aller les rencontrer dans les quartiers et briser leur isolement. On peut les accueillir dans les écoles maternelles, un matin au petit déjeuner et les orienter par exemple vers des cours de français. C’est une façon de les intégrer. Pour faire échec à la délinquance, il faut que très tôt les parents soient intégrés et en particulier les mères. Il y a urgence à cibler celles qui portent la société. Les femmes des quartiers sont un pilier de stabilité. »

Juliette Méadel se réjouit aujourd’hui de l’importance donnée à l’éducation par le gouvernement et du retour à la scolarisation des enfants dès deux ans. « Mais il faut aller plus loin et développer une politique de la petite enfance volontariste. Il manque environ 300.000 places pour les moins de trois ans en France, c’est un problème pour la socialisation des enfants, pour le travail des parents et en particulier des mères. Il existe aujourd’hui de trop nombreuses initiatives de terrain et expériences réussies mais pas suffisamment valorisées et souvent méconnues (crèches associatives parentales, réseaux d’assistantes maternelles, ou encore mode de garde collectif). Il faudrait pouvoir les étudier, les reproduire et en tirer des recommandations pour l’action. Il faut valoriser les métiers de la petite enfance, former les personnes, accorder des diplômes et mieux payer ces professionnels.» Mais étant donné le faible nombre de femmes à la table du pouvoir, ces questions ne sont jamais prioritaires.

Chercheurs, citoyens, acteurs de terrain

L’ambition du think tank est de produire des idées sur tous ces sujets, valoriser l’innovation sociale, travailler avec les associations, et créer un label « L’Avenir n’attend pas ». Le think tank rassemble des chercheurs, des citoyens engagés, des acteurs de terrains (directrices de crèches, directrices d’écoles) plutôt marqués à gauche, « mais notre ambition est de l’ouvrir aussi à d’autres couleurs politiques » annonce la présidente. « Le problème est que ces questions d’avenir sont toujours remises à plus tard. » La question de la petite enfance n’a jamais été en effet une priorité (1). Pourtant, les propositions du think tank vont dans le sens des thèses de James Heckman, prix Nobel d’Économie : ll explique qu’investir aujourd’hui pour améliorer le bien-être d’un enfant sera récompensé au centuple plus tard. Un euro dépensé avant 10 ans en vaut cent après 25 ans…. Reste à faire monter ces idées au plus haut niveau politique.

Poids politique ?

Pour cela, il faudrait que « L’Avenir n’attend pas » et celle qui l’incarne, Juliette Méadel, parviennent à peser politiquement. Pour elle, le chemin politique a été semé de succès et d’embûches. Elle est de ceux qui veulent rénover le Parti socialiste. Au mois de juin dernier elle a proposé une candidature à deux têtes, mixte, avec Gaëtan Gorce, pour le secrétariat national du parti. « Parfois les journalistes nous présentaient ainsi : le sénateur Gaëtan Gorce et une femme… » Une femme alibi, forcément, à leurs yeux… Le 12 septembre, devant le conseil national du PS, elle a présenté la motion « Question de principe », dont elle est la première signataire. C’est l’une des cinq orientations parmi lesquelles les militants devront choisir lors du Congrès de Toulouse, fin octobre… même si l’élection de la motion majoritaire présentée par Harlem Désir semble ne faire aucun doute.

Engagée au PS lorsqu’elle était étudiante, Juliette Méadel a toujours milité et est aujourd’hui conseillère municipale dans le XIVème arrondissement à Paris. Diplômée en sciences politiques et en philosophie elle est aussi avocate et ancienne élève de l’Ena. Administrateur civil à la Direction Générale du Trésor, elle faisait partie du premier cercle des soutiens de Ségolène Royal en 2007, chargée notamment des relations avec la presse. Pendant la campagne de François Hollande elle était chargée d’un groupe de travail sur la lutte contre les discriminations.

Elle fut aussi candidate éphémère aux dernières législatives dans les Hauts-de-Seine, avant que le PS préfère investir Jean-Marc Germain, ex-directeur de cabinet de Martine Aubry : Juliette Méadel aurait, selon le Nouvel Observateur, fait les frais de différends entre « aubrystes » et « hollandais ». Pas de quoi la décourager, question de principe. Mais il faudra sans doute encore bien d’autres actions d’éclat pour frayer un chemin aux idées de « L’Avenir n’attend pas ». Elle y pense…

 

(1) Le dernier gouvernement a par exemple fait trainer plus d’un an un projet de réforme du congé parental pour finalement renoncer à bouger d’un iota. La gauche qui l’avait réformé en 1994 l’avait ficelé de telle sorte que les femmes ayant de bas salaires avaient intérêt à renoncer à leur emploi pour prendre ce congé… Ce qui avait fait bondir nombre de féministes du PS…. Sans autre réactions. Pourtant des chercheuses comme Dominique Méda et Hélène Périvier ont déjà fait des propositions pour le financement d’une telle mesure.
 
 

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5 commentaires

Tonio 13 septembre 2012 - 09:58

Question de principe ? Madame Méadel ne siège pour ainsi dire jamais au Conseil d’arrondissement du 14e arrt. Depuis 2008, ces présences en Conseil doivent se compter sur les doigts d’une main. Sa présence dans les différentes instances (conseils de quartier, conseils d’école, CA des collèges et lycées) est inexistante. Et après, ça fait des leçons de morale !

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isabelle germain 13 septembre 2012 - 13:27

Nous ne supprimons pas votre commentaire pour montrer la violence de la vie politique. Pour éclairer nos lecteurs néanmoins, nous publions la réponse de Juliette Méadel : deux congés de maternité longs pour grossesse particulièrement difficile et une scolarité à l’ENA à Strasbourg l’ont conduite à se mettre en réserve de la vie municipale. Depuis mars/avril 2012 elle a repris une participation normale « au conseil du conservatoire du 14ème et aux conseils d’école ainsi qu’au dernier conseil d’arrondissement ».

Habituellement, les commentaires sur ce site sont de haute tenue. Que répondez-vous aux propositions de Juliette Méadel ? Si vous voulez bien revenir au débat d’idées, les commentaires vous sont ouverts.

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Maryse 14 septembre 2012 - 06:00

Bravo Tonio ! Voilà qui résume les difficultés des femmes à faire de la politique. Si elles ne s’arrêtent pas d’elles mêmes quand elles ont des enfants petits, d’autres viennent leur taper dessus. Et je n’ose imaginer le nombre de personnes qui la font culpabiliser dans sa vie privée…

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Lili 14 septembre 2012 - 07:40

Homme ou femme, quand on vote pour quelqu’un, c’est pour qu’il ou elle soit là. Deux grossesses pathologiques, ça fait 18 mois répartis par périodes. Là, il s’agit de 4 ans. Quand on fait l’ENA, on peut attendre avant de se lancer en politique non?
L’absentéisme chronique de nos chers élus cumulards leur est reproché. Je ne vois pas pourquoi on ferait des exceptions pour une femme.

La violence de la vie politique est une réalité lamentable qui rend l’engagement politique difficile pour les femmes… comme pour les hommes. Ceux qui « survivent » sont les moins humains. En revanche le sacrifice de leur vie de parents par les hommes est mieux accepté que par les femmes, et ça évidemment, c’est un blocage autrement plus puissant.

Après pour le reste, oui bien sûr qu’il fait faire évoluer les choses, espérons que ce nouveau gouvernement fasse preuve d’un peu plus de courage politique.

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laluz12 19 septembre 2012 - 19:36

En parlant de faire évoluer les choses…

Je n’ai pas d’enfant, mais comme de nombreux concitoyens, j’ai un boss dans le secteur privé!!!
Et le moins qu’on puisse dire, c’est que cette combinaison n’est pas idéale quand on souhaite s’engager concrètement dans la vie de sa commune.

Comment participer à une réunion à 19h au conseil municipal (et je ne parle pas de celles qui se tiennent à 16h)?
Impossible quand la charge de travail quotidienne implique de rester tard.
Que le salarié qui part à 18h sans que jamais son patron ne lui demande s’il a « pris son après-midi » me jette le première pierre!

Alors qu’est-ce que je dois faire, mettre un mouchoir sur mon engagement jusqu’à la retraite!!
Jusqu’à ce que je puisse me conformer aux rythmes décidés par des équipes municipales composées bien souvent de professionnels de la politique rémunérés par leur parti, la commune ou autre organe d’état.

Avis au gouvernement et aux partis politiques : vous seriez bien inspirés de faire une plus large place aux salariés du privé qui tirent leurs revenus de leur travail.
Ils et elles gardent de ce seul fait d’autant plus indépendance vis à vis des jeux de pouvoirs et les jalousies d’appareils.

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