Accueil Politique & SociétéElections 2022 Première ministre féministe, équation impossible ?

Première ministre féministe, équation impossible ?

par Isabelle Germain
Hôtel Matignon. Par Chatsam [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons

Emmanuel Macron pourrait nommer une femme à Matignon. Difficile de se réjouir de cette hypothèse révélatrice de la misogynie française… A quand une Première ministre féministe ?Ajout : en fin d’après-midi, Elisabeth Borne est nommée Première ministre.

Depuis qu’Emmanuel Macron a été réélu président de la République, « son entourage » et des journalistes affirment qu’il pourrait bien nommer une femme à Matignon cette fois-ci. Et les féministes sont priées de s’en réjouir. Eh bien non !

Comme l’a dit Edith Cresson, seule femme à avoir été Première ministre en France (de mai 1991 à avril 1992, durant le second septennat de François Mitterrand), dans un entretien accordé au JDD., il n’y a « qu’en France que la question se pose » et c’est, dit-elle, « scandaleux »…. « L’a-t-on posée au Royaume-Uni, où Margaret Thatcher a exercé le pouvoir pendant onze ans ? En Allemagne où Angela Merkel a été chancelière pendant seize ans ? Jamais. Pareil pour le Portugal où une femme avait été nommée Première ministre bien longtemps avant moi… »

 « Quelle puissante acceptation de mon infériorité m’avait fait me réjouir d’un chiffre aussi minable ?» disait la réalisatrice et actrice Agnès Jaoui lors d’un très fort discours (à entendre ici) en disant qu’à une époque elle était très fière de clamer, à l’étranger, que 20 % des films en France étaient faits par des réalisatrices.

Féminisme non garanti

De plus, nommer une femme n’est pas la garantie de voir la politique prendre un tournant féministe. Au contraire parfois. Car bien des femmes défendent des idées misogynes. Sur RTL ce lundi matin, la sénatrice et ex-ministre en charge des Droits des femmes Laurence Rossignol affirmait : « une femme à Matignon c’est bien, mais une femme féministe, soucieuse de mener des politiques publiques justes pour les femmes ». Elle cite quelques exemples comme augmenter le SMIC. « 62% des smicards sont des femmes. Augmenter le SMIC, c’est augmenter le revenu d’abord des femmes » assure-t-elle. Elle appelle aussi à ce que chaque décision politique fasse l’objet d’une étude d’impact pour les femmes. Et cite la question de la précarisation du travail. Les femmes constituant la majorité des travailleur.ses précaires : « quand on précarise, on précarise les plus précaires donc les femmes ».

Parmi les noms évoqués pour succéder à Jean Castex à Matignon, aucune des femmes citées ne s’est distinguée par des engagements féministes. Certaines ont même sorti des cartes peu progressistes comme Catherine Vautrin, actuelle maire de Reims dont le nom a circulé. Et illico, sur les réseaux sociaux, des photos d’elle à la « manif pour tous » sont remontées à la surface. Les autres personnalités vues comme Première ministre par les pronostiqueurs n’affichent pas de grosses casseroles antiféministes, mais pas non plus de hauts faits de gloire ou de militantisme.

Les féministes qui ont réussi à avancer en politique sont plutôt à gauche à quelques exceptions près comme Nathalie Kosciusco-Morizet ou Roselyne Bachelot. L’actuelle Ministre de la Culture a pris des positions féministes très fortes, y compris face à son camp.

Lire : BACHELOT FACE À L’ADVERSITÉ SUR L’ÉGALITÉ HOMMES / FEMMES

Nathalie Kosciusco-Morizet, qui avait été ministre quand Nicolas Sarkozy était président avait aussi pris des engagements, critiqué les hommes de son camp et écrit un ouvrage féministe. Elle dénonçait les mœurs politiques teintés de virilisme déplacé.

Lire : PRIMAIRE À DROITE : DES HOMMES « EN GUERRE »

Et n’hésitait pas à tacler ses compagnons de route.

Lire : POURQUOI CE SONT TOUJOURS LES FEMMES QUI SE FONT VIRER ? « DEMANDEZ AUX HOMMES », RÉPOND NKM

Elle a préféré quitter le monde politique décidément fermé aux femmes.

Les femmes n’ont pas été éduquées pour adopter les comportements guerriers qui règlent le monde politique français. Et si d’aventure elles jouent les guerrières, elles sont très mal vues. Toujours le double standard : ce qui est perçu comme une qualité chez un homme est mal vu chez une femme. A comportement rebelle égal un homme sera valorisé et considéré comme adversaire respecté, une femme sera répudiée parce qu’insoumise.

A gauche, parmi les femmes féministes et écolo, il y a Delphine Batho, qui justement avait été limogée alors qu’elle était ministre de l’Ecologie en 2013 pour un acte de rébellion qui était tout à son honneur, mais remettait en cause l’autorité des hommes qui dirigeaient le gouvernement.

Lire : MACHO, L’ÉVICTION DE BATHO ?

Pour se maintenir à un haut niveau de décision politique, les femmes doivent adopter un féminisme « light »… Pas sûr que le vœu de Laurence Rossignol d’avoir une Première ministre féministe soit exaucé.

Ajout à 18 h30 : en fin d’après-midi a été annoncée la nomination d’Elisabeth Borne, Première ministre. Elle était la favorite des pronostics dès la réélection d’Emmanuel Macron.

Lire : ET MAINTENANT, UNE PREMIÈRE MINISTRE ?

Entrée au gouvernement dès 2017, elle a été successivement ministre en charge des Transports, puis ministre du Travail et ministre de la Transition écologique et solidaire. Passée par les cabinets de Lionel Jospin et Ségolène Royal, elle est réputée faire partie de l’aile gauche de la majorité présidentielle. Mais elle a mené des réformes perçues comme étant « de droite » : la SNCF et l’assurance-chômage. Réputée pour son sérieux, sa loyauté et son côté techno, la nouvelle cheffe du gouvernement incarne la continuité de la politique voulue par Emmanuel Macron.

« Rien ne doit freiner le combat pour les droits des femmes dans notre société », a déclaré Elisabeth Borne, qui dédie sa nomination à toutes « les petites filles », ainsi qu’à Edith Cresson, la première femme Première ministre en France.

« Allez au bout de vos rêves ».

Un discours d’exemplarité qu’avait aussi tenu Kamala Harris aux Etats-Unis.

Lire : KAMALA HARRIS : « LA PREMIÈRE MAIS PAS LA DERNIÈRE ». ET PAS «PREMIÈRE DAUPHINE!»

Nouvel ajout : mardi 17 mai, Laurence Rossignol, qui est aussi présidente de l’Assemblée des femmes, publiait un communiqué appelant à mener une politique féministe au delà de la nomination d’une femme à Matignon.

1 commenter

Lili 17 mai 2022 - 14:00

Je ne comprends pas qu’on ose se réjouir de cette nomination ou même la réclamer. C’est l’inverse, on devrait la refuser, la rejeter. 4 semaines !!! Potiche, bouche trou, instrument de propagande. Voilà, c’est tout ce que vaut une femme première ministre entre deux élections, qui que soit l’heureuse « élue ». 4 semaines et puis hop on profitera des élections pour un rééquilibrage politique (normal) et un retour à la masculinité pour le « vrai » premier ministre.

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