Le prix d’un service public de la petite enfance

par La rédaction

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Près de 10 milliards d’euros d’investissements en 10 ans, plus 4,75 milliards annuels de fonctionnement à terme. C’est, selon l’économiste Hélène Périvier, le coût de la mise en œuvre d’un service public de la petite enfance. Un coût compensé pour moitié par les effets positifs sur l’emploi.


 

François Hollande s’est engagé à mettre en place, au cours de son quinquennat, un véritable « service public de la petite enfance ». Quelle pourrait être sa forme, et à quel prix ? C’est ce à quoi tente de répondre l’économiste Hélène Périvier dans la dernière note de l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques), publiée le 26 juillet.

« Quels que soient les rapports et les évaluations, l’ordre de grandeur de la pénurie de places d’accueil des jeunes enfants est de l’ordre de 400 000. Pourtant, la France dépense chaque année plus de 10 milliards d’euros pour l’accueil des moins de 3 ans (hors congé parental), soit 0,5 % de son PIB », observe Hélène Périvier.

Montée en puissance

Un service public de la petite enfance devrait donc combler ce manque de l’ordre de 400 000 places d’accueil. Les propositions de François Hollande « sont encore imprécises », note l’économiste, « mais on sait d’ores et déjà que l’accent sera mis sur l’accueil collectif, en associant un accueil de qualité avec la création d’emplois de qualité dans ce secteur ». François Hollande a par ailleurs promis de mettre un terme à la baisse de la scolarisation des enfants de moins de 3 ans, en forte baisse depuis 10 ans.

(Lire : Les bons et mauvais comptes de l’accueil de la petite enfance)

Le premier levier serait le retour au niveau de scolarisation de l’an 2000 pour les moins de 3 ans (soit 35,5 %, contre 11 % en 2011). Ce qui « impliquerait d’accueillir 198 000 enfants supplémentaires à l’école, à démographie inchangée », calcule Hélène Périvier. Resterait à créer 202 000 places supplémentaires en accueil collectif.
L’économiste de l’OFCE juge possible d’atteindre ce double objectif en 10 ans.

Le coût annuel d’investissement serait de l’ordre de 940 millions d’euros. Il serait surtout assuré par les collectivités locales : en grande majorité pour l’école, et autour de 40% pour les places en crèche. L’économiste souligne que l’État devra mettre la main à la poche pour soulager les collectivités les plus pauvres, au nom de l’égalité territoriale.

Le coût de fonctionnement, lui, « monterait progressivement en puissance », de 475 millions d’euros la première année à 4,75 milliards au bout de 10 ans. Soit à terme un surplus de 50% par rapport aux dépenses actuelles dans le secteur.

120 000 emplois

Mais la moitié de ce coût serait compensé par le surcroît de richesse engendré par ces meilleures conditions d’accueil des jeunes enfants. Car ce service public aurait un impact positif sur l’emploi : environ 60 000 emplois « stables et de qualité » seraient créés dans ce secteur sur 10 ans, estime l’économiste. L’accueil des jeunes enfants permettrait par ailleurs « d’encourager l’activité des femmes et la continuité de leur parcours professionnel. »

« Aujourd’hui, environ 6 enfants de moins de 3 ans sur 10 sont gardés principalement par leur parent, le plus souvent la mère. » Ce sont 60 000 autres emplois qui pourraient être ainsi occupés par des femmes aujourd’hui à l’écart du marché du travail.
« Par ailleurs, les trajectoires professionnelles continues des femmes réduisent le risque de pauvreté et la perte de salaire et favorise l’égalité professionnelle femmes-hommes. Un service public de la petite enfance est donc porteur d’égalité et de justice mais aussi de dynamisme économique », conclut Hélène Périvier.

 

 

Photo : Joseph Melin – CG94 sur Flickr. Crèche des Deux Lions à Saint-Maur (94)


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4 commentaires

hic 27 juillet 2012 - 17:08

Triste que l’on soit obligé-es de montrer l’intérêt économique d’une mesure qui est avant tout simple justice. C’est évidemment bien que cela soit fait, mais ça montre l’intérêt des politicien(ne?)s pour ces questions.
De plus, je crois avoir entendu que François Hollande était revenu sur ces décisions de créations du service public de la petite enfance (mais je ne me souviens plus où…Peut-être lors de ses engagements avec les associations féministes?).

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Lili 27 juillet 2012 - 19:19

Triste aussi que la question de l’équilibre travail/enfants ne puisse être solutionné qu’en proposant une situation où, encore, on considère comme souhaitable que les enfants soient aux soins d’autres que leurs parents.

Quel serait le bénéfice économique d’une France où le père et la mère prennent une congé de 3 mois chacun après la naissance de l’enfant? D’une France où les travailleurs (hors métiers à horaires obligatoirement décalés) sortent le soir à une heure qui leur permet de vivre avec leurs enfants, prennent un 80% sans que ce soir choquant, ne vivent plus à 1 h de leur travail…

Il ne s’agit pas de dire qu’on n’est heureux que 24/24 avec son enfant. Mais est-ont vraiment condamnés à confier, dès ses 3 mois, un enfant à la collectivité de 7 h le matin à 19 h le soir, 5 j/7 ? Et malgré cela toujours courir et lutter pour avoir en plus une vie de couple et du temps pour soi?

Pourquoi fait-on des enfants si on ne peut pas en profiter et pas seulement le WE? Et encore, combien de parents ne les voient que le WE parce qu’ils partent au lever du petit et rentrent, trajet compris, après le coucher?

Le service public de la petite enfance, c’est, encore une fois, faire supporter par la solidarité nationale le coût de la course effrénée au profit, au mépris de l’Humain, que la nation n’ a pas choisi…

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cih 28 juillet 2012 - 16:17

« Lili »

Le service public de la petite enfance, c’est, encore une fois, faire supporter par la solidarité nationale le coût de la course effrénée au profit, au mépris de l’Humain, que la nation n’ a pas choisi…

Et j’ajoute, faire supporter aux travailleuses (puisque ce sont elles qui travaillent dans la petite enfance) des emplois bien mal payés et reconnus pour les responsabilités qu’elles ont.
Ce serait évidemment une avancée (faut dire que l’on part de très loin) si ça avait lieu, mais ça resterait une activité « de bonnes femmes » (au moins, payées, même si mal payées, au contraire des femmes au foyer qui elles ne sont pas rémunérées pour leur travail). En gros, ce serait un petit début.

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Lili 29 juillet 2012 - 18:04

Vous avez raison. Il y a urgence à revaloriser ces métiers, mais aussi à encourager les garçons à y entrer… et les structures à les recruter. On fait des campagnes de com pour attirer les filles vers le techniques, on pourrait faire de même pour attirer les garçons vers le social et para-médical, la petite enfance, etc. C’est aussi un choix politique

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