Projet de loi Égalité : le désert du Sénat

par Arnaud Bihel

SenatLe Sénat a commencé à étudier le projet de loi de Najat Vallaud-Belkacem pour l’égalité entre femmes et hommes. Seuls une quarantaine de parlementaires étaient présents, et surtout présentes. La presse ne s’y intéressait pas davantage.


 

Le projet de loi sur l’égalité femmes/hommes, présenté lundi 16 septembre par la ministre des Droits des femmes au Sénat, peine à rassembler les foules. Dans l’hémicycle, seuls une quarantaine de sénateurs, et surtout de sénatrices faisaient acte de présence. Sur Twitter, Chantal Jouanno, (UDI), ancienne ministre du gouvernement Fillon, sénatrice de Paris, a ironisé dès l’ouverture du débat en écrivant : « 20 femmes sur 27 Sénateurs présents. Je croyais que les femmes représentaient 22% du Sénat. Étrange… » Est-il utile de rappeler que le Sénat se compose de 348 élu-e-s ?

Absence masculine « extrêmement choquante »

C’est aussi ce que la sénatrice Corinne Bouchoux, (EELV) a tenu à souligner en se disant « profondément indignée de l’absence masculine à cette séance. » Avant d’ajouter, « Je ne sais pas si c’est à cause du cumul des mandats, mais cette situation est inacceptable. Elle est extrêmement choquante. Je fais le pari que mercredi, quand on parlera du cumul des mandats [les sénateurs examineront ce 18 septembre le projet de loi visant à limiter le cumul, NDLR], tous les hommes seront dans l’hémicycle ».

Dans cet hémicycle clairsemé, le début de l’examen du projet de loi sur l’égalité s’est déroulé dans le calme, hormis l’intervention de l’UMP André Reichardt, pour qui « si la parité est une question légitime, elle ne doit pas devenir une obsession » (« l’obsession de la parité », une attaque déjà classique) ou pour qui « l’égalité entre les sexes n’est pas l’indifférenciation ou le renoncement à l’altérité », soulevant l’indignation des représentant-e-s de la gauche.

Journalistes aux abonnés absents

Le débat sur l’égalité entre femmes et hommes ne déchaîne donc pas les passions à la manière du projet de loi sur le mariage pour tous, ni chez les parlementaires, ni même dans la presse, puisque les fauteuils de l’espace réservé aux journalistes étaient tout simplement vides. Seules deux journalistes – deux femmes, cela va de soi – pour assister aux discussions et suivre l’avancée du vote.

Triste constat d’un sujet de société qui devrait pourtant être largement relayé dans les médias. La socialiste Maryvonne Blondin a ainsi rappelé que : « la lutte contre les idées sexistes est la lutte de tous ». Une idée partagée par Cécile Cukierman, sénatrice CRC, qui a elle revendiqué : « montrons l’exemple dans nos Assemblées ! » Il serait bon de le montrer aussi dans nos journaux.

 

Lire aussi :

Congé parental et autres mesures pour l’égalité

 

Photo : L’hémicycle du Sénat. Par Jg281 (Own work), via Wikimedia Commons

Partager cet article

8 commentaires

florence 17 septembre 2013 - 11:23

Liberté Egalité Fraternité…
je propose un déboulonnage en règle de toute plaque mentionnant cette devise qui véhicule une allégation mensongère sur la voie publique

Répondre
taranis 17 septembre 2013 - 12:46

« si la parité est une question légitime, elle ne doit pas devenir une obsession » voila une bien curieuse phrase, la légitimité doit normalement déboucher sur le consensus de son application. Ici c’est on vous aime bien mais n’agacez pas et restez à votre place… J’espère que le quorum sera atteint pour le vote de cette loi. Les obstacles à l implication des hommes restent nombreux Tout d’abord, l’invisibilité de la problématique du genre pour les hommes, « ceux qui jouissent de privilèges de par leur appartenance à un groupe » ne s’en rendant pas compte. Ensuite, le sentiment que tout leur est dû : toute action positive en faveur des femmes est donc « vue comme une discrimination négative à leur égard », quand bien même ils profitent eux-mêmes depuis toujours « d’un quota de 100% ». L’un des principes de notre société, c’est l’égalité tout court, et donc l’égalité des sexes. Mais il y a une angoisse qu’on perçoit dès qu’on évoque ce sujet : c’est la crainte que l’on va devenir pareils. Notre société reste tiraillée entre la question de la différence des sexes et celle de l’égalité des sexes, et confond deux concepts : celui de l’égalité et de l’identité. Une politique volontariste est nécessaire pour promouvoir dans tous les secteurs de la société le sexe «minoritaire » La parité doit aussi à long terme conduire à l indifférenciation qui ne pourra arriver que lorsque l on aura reconnu ou pratiqué l égalité. Ainsi on pourra-t-on déconstruire la notion de genre.

Répondre
taranis 17 septembre 2013 - 12:46

« si la parité est une question légitime, elle ne doit pas devenir une obsession » voila une bien curieuse phrase, la légitimité doit normalement déboucher sur le consensus de son application. Ici c’est on vous aime bien mais n’agacez pas et restez à votre place… J’espère que le quorum sera atteint pour le vote de cette loi. Les obstacles à l implication des hommes restent nombreux Tout d’abord, l’invisibilité de la problématique du genre pour les hommes, « ceux qui jouissent de privilèges de par leur appartenance à un groupe » ne s’en rendant pas compte. Ensuite, le sentiment que tout leur est dû : toute action positive en faveur des femmes est donc « vue comme une discrimination négative à leur égard », quand bien même ils profitent eux-mêmes depuis toujours « d’un quota de 100% ». L’un des principes de notre société, c’est l’égalité tout court, et donc l’égalité des sexes. Mais il y a une angoisse qu’on perçoit dès qu’on évoque ce sujet : c’est la crainte que l’on va devenir pareils. Notre société reste tiraillée entre la question de la différence des sexes et celle de l’égalité des sexes, et confond deux concepts : celui de l’égalité et de l’identité. Une politique volontariste est nécessaire pour promouvoir dans tous les secteurs de la société le sexe «minoritaire » La parité doit aussi à long terme conduire à l indifférenciation qui ne pourra arriver que lorsque l on aura reconnu ou pratiqué l égalité. Ainsi on pourra-t-on déconstruire la notion de genre.

Répondre
Lène 17 septembre 2013 - 18:05

J’ai lu un compte-rendu (une pleine page) de la séance dans l’Humanité…

Répondre
Lili 18 septembre 2013 - 11:25

« taranis »
La parité doit aussi à long terme conduire à l indifférenciation qui ne pourra arriver que lorsque l on aura reconnu ou pratiqué l égalité. Ainsi on pourra-t-on déconstruire la notion de genre.

D’accord avec vous jusqu’à la cette phrase. Non à l’indifférenciation !!! La notion de genre peut être déconstruite sans renoncer à l’indifférenciation. Hommes et femmes sont différents. Cela n’a pas à affecter leurs potentialités et leur liberté de réalisation et de choix de vie. Mais cela ne nécessite pas l’effacement de la différence, effacement illusoire au demeurant.
« la différence est une richesse », c’est marrant comment cette phrase, promue dans à peu près tous les domaines, est niée par certaines féministes dès qu’il s’agit de la différence de sexes. Comme si,à cause des discriminations, on devait renoncer à la différence pour avoir l’égalité. Demande-t-on aux noirs de devenir blancs pour qu’ils soient égaux avec les blancs en droits et en traitement?

Répondre
Lili 18 septembre 2013 - 11:26

« Lili »

D’accord avec vous jusqu’à la cette phrase. Non à l’indifférenciation !!! La notion de genre peut être déconstruite sans renoncer à l’indifférenciation.

Sans renoncer à la différence, évidemment. Mes excuses.

Répondre
florence 18 septembre 2013 - 13:04

« Lène »
J’ai lu un compte-rendu (une pleine page) de la séance dans l’Humanité…

L’intégralité du projet de loi se trouve sur légifrance.gouv
cordialement

Répondre
taranis 20 septembre 2013 - 08:38

« Lili »

« Lili »

D’accord avec vous jusqu’à la cette phrase. Non à l’indifférenciation !!! La notion de genre peut être déconstruite sans renoncer à l’indifférenciation.

Sans renoncer à la différence, évidemment. Mes excuses.

lili : je parle d’indifférenciation de genre donc de prédétermination et non de différence de sexe qui la nature de notre espèce puisque les hommes ne peuvent pas encore être enceinte. Après chaque être humain est unique et donc différent de son voisin , même 2 jumeaux ne sont pas identiques . Aujourd’hui la science pourrait certainement nous cloner mais c’est pas la volonté du féminisme de créer un homofeminus.
Votre exemple pris avec les blanc et les noirs et bien la lutte conte le racisme . Le féminisme c’est la même chose avec la notion de genre . Il n’y a aucune perte de d’appartenance au sexe mais la simple reconnaissance le l’égalité de chacun des composantes de l’humanité qui je vous l’accorde est riche de toutes ses différences.Et moi je garde mes escarpins 🙂

Répondre

Répondre à florence Annuler la réponse