Accueil Politique & Société Prostitution : « Les hommes sont responsables de là où ils mettent leur pénis »…

Prostitution : « Les hommes sont responsables de là où ils mettent leur pénis »…

par La rédaction

…Et de ce qu’ils twittent. Alors que Laurence Rossignol faisait une mise au point sur la prostitution des mineures au Sénat, Yannick Jadot voulait abroger la loi de 2016.

Jeudi 2 décembre, au Sénat, le secrétaire d’Etat chargé de l’Enfance et des Familles, Adrien Taquet, était auditionné par la délégation aux droits des femmes pour évoquer le plan de lutte contre la prostitution des mineurs que le gouvernement a présenté le 15 novembre (lire :UN PLAN CONTRE LA PROSTITUTION DES MINEUR.ES)

Un plan de 14 millions d’euros que la délégation a globalement salué. Cependant, Laurence Rossignol, si elle a reconnu la spécificité du phénomène chez les mineur.es, a invité le gouvernement à considérer qu’il faut aussi s’attaquer au système prostitutionnel dans son ensemble. Un système qui aurait dû vaciller depuis la loi de 2016 « de lutte contre le système prostitutionnel»… si les moyens d’appliquer la loi avaient été mis en œuvre (voir : PROSTITUTION : 2,4 MILLIARDS D’EUROS RÉCLAMÉS POUR APPLIQUER LA LOI)

La sénatrice et ex-ministre en charge des Droits des femmes s’insurge contre l’excuse trop facile accordée aux hommes qui font mine d’ignorer si les personnes prostituées sont mineures. Et lance, citant une magistrate anglaise : « Les hommes sont responsables de là où ils mettent leur pénis. Basta ». Ce n’est manifestement pas la première fois qu’elle emploie cette expression devant ses collègues mais la déresponsabilisation des « clients » reste la norme dans beaucoup de têtes.

Le système prostitutionnel fonctionne le plus souvent grâce à la traite d’êtres humains et la loi de 2016 veut casser ce système en luttant contre le proxénétisme, en aidant les victimes de la traite à se réinsérer et en responsabilisant ou pénalisant les « clients » (Qu’Isabelle Alonso préfère appeler « putards » voir ici), cette dernière mesure ayant fait couler beaucoup d’encre. Mais comment lutter contre la traite des êtres humains si les clients qui en bénéficient ne sont pas responsabilisés ?

La bataille culturelle est encore loin d’être gagnée ainsi qu’en témoigne une prise de position, plus que floue, de Yannick Jadot, candidat EELV à la présidence de la République. Le 1er décembre, il twitte à l’occasion de la journée de lutte contre le sida : « Abrogation du délai de carence de 3 mois pour accéder à des soins pour les demandeurs d’asile.
Abrogation de la loi d’avril 2016 « contre le système prostitutionnel ». Garantie d’accès aux soins en santé sexuelle. » 

Abroger la loi de 2016 qui a eu tant de mal à passer ? Les réponses et indignations ont fusé sur le réseau social. Osez le féminisme a vu dans ces propos une «honte absolue … Une faute historique et antiféministe. » Céline Pique, porte-parole du mouvement a interpelé le candidat : « Savez vous que TOUTES les associations qui accompagnent les femmes victimes de violences soutiennent cette loi d’avril 2016 ? » Une affiche appelant à ne pas voter pour lui a circulé sur la Toile.

Le 3 décembre le candidat, qui aspire à rassembler la gauche et les féministes, a voulu rectifier le tir sans le rectifier vraiment, et renvoyer le sujet vers une étude. Tout le monde ne sait pas manier l’art du « en même temps ». .. Voici sa réponse en trois twitts : « Je suis contre l’exploitation du corps des femmes (très majoritairement) et des hommes, et la traite des êtres humains. Il n’y a aucune équivoque. Je comprends les critiques qu’une expression raccourcie et caricaturale dans un tweet a pu susciter. Je les prends en compte. L’évaluation de la loi de 2016 a montré qu’elle manque de moyens dans la lutte recherchée contre la prostitution et n’a pas résolu ces situations intolérables, tout en laissant de trop nombreuses personnes concernées sans protection ni soins appropriés. Mon seul objectif est l’efficacité. Aussi j’ai demandé à Melanie Vogel et à Sandrine Rousseau d’auditionner les associations pour affiner les propositions précises qui seront inscrites dans notre programme. » Vouloir abroger une loi parce qu’elle manque de moyens au lieu de prévoir des moyens pour l’appliquer est assez curieux. 

https://twitter.com/osezlefeminisme/status/1466450179964428289

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