Accueil Economie « Les Françaises ne sont pas moins actives que les Allemandes, elles le sont autrement »

« Les Françaises ne sont pas moins actives que les Allemandes, elles le sont autrement »

par Arnaud Bihel

Une sociologue de l’Ined montre les limites de l’indicateur de taux d’emploi. A première vue, les Allemandes travaillent plus que les Françaises. Mais pas en équivalent temps plein. Et surtout pas les mères.


Gratter derrière les statistiques. C’est ce qu’a fait Anne Salles, sociologue à l’Ined (Institut national d’études démographiques), dans une étude publiée vendredi 26 octobre.

A première vue, le taux d’emploi des femmes est plus élevé en Allemagne qu’en France : 66% contre 60%. Un constat « étonnant de prime abord », note la chercheuse : « l’Allemagne reste caractérisée par un modèle familial traditionnel où l’homme est le principal pourvoyeur de ressources. »

Comment expliquer ce paradoxe ? D’abord, le taux d’emploi est calculé sur la population âgée de 15 à 65 ans. Or, chez les 15-24 ans le taux d’emploi des Allemandes est particulièrement supérieur à celui des Françaises – en bonne partie parce que l’apprentissage est nettement plus développé outre-Rhin.

Ensuite, la situation familiale vient changer le tableau. Quand on ne prend en compte que les mères, les chiffres s’inversent : le taux d’emploi est supérieur en France, quel soit l’âge des enfants. En France, le taux d’emploi n’est que légèrement inférieur à celui des femmes sans enfants. En Allemagne, moins d’un tiers des femmes avec un enfant de moins de 3 ans travaille. Une situation due principalement au manque d’offre de garde, mais aussi à l’idée « encore largement partagée en Allemagne qu’une « bonne mère doit s’occuper elle-même de son bébé et ne pas partir travailler en le laissant à la crèche dans la journée » », souligne Anne Salles.

FranceAllemagneLa sociologue souligne également la forte présence du temps partiel chez les femmes allemandes : elles étaient 45% à travailler à temps partiel en 2010, (contre 30% en France). Et en Allemagne il concerne tout particulièrement les mères : les deux tiers des mères allemandes d’enfants de moins de 15 ans travaillent à temps partiel ; deux fois plus qu’en France.

Au final, les Françaises sont en proportion moins nombreuses que les Allemandes à travailler, mais elles travaillent plus : en moyenne 34,7 heures par semaine en France contre 30,5 heures en Allemagne.
« Ce constat montre les limites des indicateurs utilisés par l’Union européenne dans ses recommandations », conclut Anne Salles. L’Allemagne a dépassé l’objectif européen d’un taux d’emploi féminin de 60%, tandis que la France se situe juste en dessous. Pourtant, « les Françaises ne sont pas moins actives que les Allemandes, elles le sont autrement ».
Le taux d’emploi en équivalent temps plein reste même plus élevé en France qu’en Allemagne : 53 contre 45%.
 

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3 commentaires

nanouak47 26 octobre 2012 - 11:02

Dans le global gender gap, l’Allemagne est devant la France dans le classement, pourtant je n’envie aucunement leur situation. Je suis contente, en tant que Francaise, d’avoir pu continuer a travailler tout en ayant des enfants, ce qui est loin d’etre le cas en Allemagne.

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euterpe 26 octobre 2012 - 11:53

Moi je travaille en Allemagne et j’ai préféré m’occuper plus longuement de mon bébé que d’avoir du le mettre à la crèche à 3 mois comme en France. De plus, les mères (ou les pères s’ils veulent) recoivent de l’argent s’ils/elles restent à la maison pour s’occuper des enfants.

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09 Aziza 29 novembre 2012 - 12:47

Si certaines aiment rester à la maison les premières années de leur bébé, pourquoi pas ? ceci dit, au bout de 18 mois, le bébé s’ennuie, et a besoin de socialisation; en France , il y a les halte garderies, mais en Allemagne ? cependant, ce qu’il faut , c’est surtout avoir le choix! Si un manque d’équipements collectifs, et des pressions psychologiques sur les représentations d’une mère, contraignent celles qui ne le souhaitent pas à rester chez elles (ne me faites pas rire avec le nombre infime de pères qui font ce choix, simplement pour des raisons financières), rien ne va plus!

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