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Quand les écoles non-mixtes renforcent les stéréotypes

par La rédaction
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« Ecole des filles », huile sur toile, Jan Josef Horemans le Jeune (1714-1790)

« Les garçons, ouvrez vos livres. Au travail ! » contre « Lisa, mon cœur, il est temps d’ouvrir ton livre »… Les écoles qui séparent filles et garçons se multiplient aux États-Unis. Mais elles contribuent à renforcer les stéréotypes sexués, et souvent de façon illégale, souligne l’ACLU.


 

Dans l’État de Virginie, l’école primaire publique Van Devender accueille filles et garçons dans des classes séparées. Et avec des méthodes d’éducation différentes : entre autres, les filles sont incitées à rester assises calmement, tandis que les garçons peuvent bouger à leur aise. Les classes des garçons sont plus fraîches, mieux éclairées.

C’est ce qui a conduit une mère de famille soutenue par l’ACLU, principale association états-unienne de défense des libertés civiques, à intenter une action en justice contre l’école Van Devender. Parallèlement, l’ACLU a publié, lundi 20 août, une version préliminaire d’un rapport destiné au ministère US de l’Éducation, pour appuyer la campagne contre les classes non-mixtes qu’elle a lancée au mois de mai dernier : « Teach kids, not stereotypes » (« L’éducation des enfants, pas des stéréotypes »)

Ils aiment être des gagnants, elles aiment être aimées

Dans ce rapport, pour lequel elle a étudié des écoles non-mixtes dans onze États, l’association souligne que de nombreux établissements ont établi leurs méthodes d’éducation et programmes, distincts, « à partir de fausses théories basées sur de supposées différences ‘innées’ entre les cerveaux et le développement des filles et des garçons ».

Le gouvernement fédéral, en assouplissant la loi, a favorisé en 2006 la multiplication des classes séparées dans les écoles publiques. Elles seraient aujourd’hui près de 500 dans le pays. La plupart se réfèrent aux travaux, très controversés, de Léonard Sax. Ce théoricien, président de l’Association nationale pour l’enseignement public non-mixte, écrit par exemple que les enseignants doivent parler aux garçons « de vive voix et avec des phrases courtes et directes : ‘Posez vos feuilles. Ouvrez vos livres. Au travail !’ ». Et aux filles « plus doucement, en utilisant leurs prénoms, avec davantage de formules de politesse et moins de commandes : ‘Lisa, mon cœur, il est temps d’ouvrir ton livre. Emilie chérie, pourrais-tu t’asseoir et faire cet exercice avec nous ?’ ».

Cette approche se retrouve dans plusieurs écoles étudiées par l’ACLU pour son rapport. Un exemple parmi d’autres : les enseignants d’une école du Wisconsin sont invités à prendre en compte le fait que les garçons aiment « être au top, être des gagnants » tandis que les filles aiment « être acceptées, aimées ».

« Illégal »

« Toutes les études censées sur ces programmes montrent qu’ils n’améliorent pas l’enseignement, mais qu’il renforcent les stéréotypes et desservent les enfants qui ne se conforment pas à ces distinctions artificielles », souligne Amy L. Katz, de l’ACLU.

L’association rappelle que selon la loi, les écoles non-mixtes « doivent justifier de façon pertinente leur décision d’instituer des programmes non-mixtes, qui ne s’appuient pas sur des stéréotypes. Elles doivent prouver que la séparation va améliorer les performances des élèves, cette séparation doit se faire à l’échelle des classes [et pas de l’école entière], ces programmes doivent être volontaires et une alternative non-mixte doit être proposée ». Mais selon le rapport de l’association, non seulement une forte majorité de ces établissements s’appuient sur des stéréotypes sexués pour établir leurs programmes, mais ils « ne proposent pas aux parents d’alternatives raisonnables », ce qui est « illégal ». Le rapport appelle le ministère de l’Éducation à revoir les règles établies en 2006, ou au moins à adresser un avertissement aux écoles qui ne respectent pas la loi.

 

Débat discret en France

En France, la mixité dans les écoles publiques n’est plus obligatoire depuis un amendement à la loi anti-discriminations de mai 2008. A l’été 2010, la sociologue Marie Duru-Bellat se positionnait contre la mixité, jugeant que « la confrontation à l’autre durcit les stéréotypes du masculin et du féminin, avec des conséquences concernant notamment la confiance en soi ». La sénatrice socialiste Michèle André, présidente de la Délégation aux droits des femmes, jugeait alors nécessaire d’« élever une mise en garde contre certaines tentations qui se font jour dans le débat public de remettre en question la mixité à l’école. »
 

 

 

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