Accueil International Quand les riches contribuent à payer la production de bien-être

Quand les riches contribuent à payer la production de bien-être

par Rebecca Wolozinsky

Dans plusieurs pays (mais pas en France) l’imposition des plus riches est augmentée afin de mieux rémunérer les plus pauvres qui sont souvent des femmes, assignées au soin aux autres.

En pleine pandémie, le même jour, la Nouvelle-Zélande a augmenté le salaire minimum des plus pauvres et le taux d’imposition des plus riches. Le salaire minimum passe de 18,90 à 20 dollars et le taux d’imposition des personnes gagnant plus de 180 000 dollars passe à 39%.

Une initiative qui faisait partie des promesses électorales du parti travailliste. La Première ministre, Jacinda Ardern, qui en est à son deuxième mandat, a construit son budget autour du bien-être, du « care ». Une façon de changer le sexe de la politique, actée par ces nouvelles dispositions :  cette politique donne davantage de valeur à des travaux traditionnellement assignés aux femmes, les activités du soin aux autres majoritaires parmi les métiers au salaire minimum. Lorsqu’elle a été élue en 2017, Jacinda Ardern avait dit que les droits des femmes seraient « au cœur » de sa politique. Elle avait aussi fait les gros titres des journaux néo-zélandais l’an dernier en affirmant que la semaine de quatre jours serait un moyen de reconstruire la Nouvelle-Zélande après le Covid-19.

Et ce n’est pas tout ! Dans l’État de New-York, le projet de loi « Invest in our New York » porté, entre autres, par l’élue Emily Gallagher, vise à collecter 50 milliards de dollars de nouvelles recettes simplement en mettant fin aux allègements fiscaux pour les New-Yorkais les plus riches. Aux États-Unis, depuis le début de la pandémie, 2,5 millions de femmes ont été contraintes de quitter le marché du travail, affectées par 56% des pertes d’emploi. Près de 4 travailleurs du secteur de la santé sur 5 sont des femmes. Selon le New York Times, un emploi sur trois, occupé par une femme, est considéré comme un travail essentiel. « En effectuant le travail nécessaire à la survie collective de l’Etat de New-York, les femmes ont été exposées à un risque accru d’infection et de décès » déplore un éditorial du magazine magazine Teen Vogue. Paradoxalement, ce sont les femmes aussi qui ont subi des pertes d’emploi de manière disproportionnée. « Les conséquences économiques de la pandémie ont réduit la participation des femmes à la population active à des niveaux qui n’avaient pas été atteints depuis les années 1980 » constate Teen Vogue.
Mais, dans le même temps, les milliardaires New Yorkais, eux, se sont enrichis de 87,7 milliards, et ces 1% les plus riches ont la charge fiscale la plus faible de toutes les catégories de revenus. Emily Gallagher liste les coupes budgétaires que l’État ne peut pas se permettre, notamment dans les soins de santé, le logement et l’éducation. Dans le projet de loi intitulé « Invest in our New York », elle propose de taxer les plus riches, les grandes entreprises et le secteur financier, afin de pouvoir financer des politiques qui maintiennent le fonctionnement des services publics, qui subventionnent le travail des soignants mais aussi la petite enfance et de l’éducation et apportent un soutien aux mères de famille, notamment des mères célibataires. La loi « Invest in Our New York » augmentera les impôts des New-Yorkais les plus riches afin de générer 50 milliards de dollars de nouvelles recettes annuelles qui permettront de soulager les personnes les plus durement touchées par la crise. Des femmes très majoritairement.

En Argentine, un impôt exceptionnel a été adopté en décembre dernier pour financer les politiques de gestion de la crise du Covid 19. Une contribution exceptionnelle des plus riches destinée à financer des aides sociales notamment.

L’ONG Global Initiative for Economic, Social and Cultural Right  appelle  à mieux taxer les plus riches. Alors que les milliardaires ont déjà retrouvé leur richesse d’avant la crise, il faudra 10 ans aux plus pauvres pour espérer se relever des impacts économiques de la pandémie. Selon Magdalena Sepulveda, la directrice exécutive de cette ONG  et ancienne rapporteuse spéciale pour les Nations Unies sur la pauvreté et les droits humains, il faut s’attaquer à l’évasion fiscale en adoptant un taux effectif minimum d’imposition des sociétés de 25% au niveau mondial. Toute multinationale qui affiche ses bénéfices dans un paradis fiscal serait donc imposée dans son pays d’origine jusqu’à ce taux minimum.

Et en France ?  Des augmentations pour les salarié.es de l’aide à domicile du secteur associatif ont été annoncées le 1er avril 2021 mais il reste encore des zones d’ombre sur leur financement par les départements. Et il n’est pas question d’imposer les plus riches. Les milliardaires français ont gagné près de 175 milliards depuis mars 2020, alors que les signaux de pauvreté explosent dans le reste du pays. Mais le gouvernement ne veut pas entendre parler d’une solution comme celle adoptée en Nouvelle-Zélande, étudiée aux Etats-Unis, ou votée en Argentine alors que la demande se fait de plus en plus forte dans l’opposition.

Lire aussi dans Les Nouvelles News

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voir aussi  notre colloque « Le sexe de l’économie »  ou «Travail domestique, un tiers fantôme du PIB).

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