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    Bien-être et richesses

    Quand les riches crient avant d’avoir mal

    par Isabelle Germain 29 août 2011
    Ecrit par Isabelle Germain 29 août 2011
    506

    « Taxez-nous ! » demandent les super-riches français dans le sillage du milliardaire américain Warren Buffet, quelques jours avant l’annonce du plan de rigueur. Pas trop, décide le gouvernement. Honteux ! crie la gauche qui aurait aimé prendre ces ultra-riches au mot.


    bourrse

    C’est  le milliardaire américain Warren Buffett qui a ouvert le feu le lundi 15 août dans une tribune publiée par le New York Times. Il appelait les parlementaires américains à augmenter les impôts pour les plus riches afin de réduire le déficit budgétaire du pays, affirmant que cela ne nuirait ni aux investissements, ni aux emplois. La fiscalité instaurée par Bush a favorisé les plus riches ; et les classes moyennes et populaires voient leur revenu stagner. Warren Buffet ne cherche pas à faire de la « com » ou à se faire passer pour un généreux mécène. Il marche dans les pas de patrons américains qui, tel Henry Ford, affirmaient qu’il fallait bien payer les ouvriers pour qu’ils puissent acheter des voitures. Intérêt bien compris, donc. Aujourd’hui, l’intérêt des riches est de créer des emplois pour accompagner la consommation, donc la croissance. Warren Buffet l’affirme : « Les gens investissent pour gagner de l’argent, et une imposition potentielle ne les a jamais fait fuir. Le taux d’imposition des riches était « beaucoup plus élevé » dans les années 1980 et 1990, et pourtant près de 40 millions d’emplois ont été créés entre 1980 et 2000. Alors que depuis, les impôts ont diminué pour les riches et moins d’emplois ont été créés. »

    Faute avouée…

    Dans la foulée, Maurice Levy, président du directoire de Publicis et Président de l’Association française des entreprises privées (AFEP), publiait le 16 août dans Le Monde, une tribune sur le déficit des finances publiques. Il préconisait, entre autres, « une contribution exceptionnelle des plus riches, des plus favorisés, des nantis. ». Car « il me paraît indispensable que l’effort de solidarité passe d’abord par ceux que le sort a préservés. »  Puis, le 23 août, 16 ultra-riches français publiaient un appel très court  dans le Nouvel Observateur. « Nous, présidents ou dirigeants d’entreprises, hommes ou femmes d’affaires, financiers, professionnels ou citoyens fortunés, souhaitons l’instauration d’une « contribution exceptionnelle » (ndlr : en gras dans le texte) qui toucherait les contribuables français les plus favorisés. » Leur propos était assorti d’une légère contrition : « nous sommes conscients d’avoir pleinement bénéficié d’un modèle français et d’un environnement européen auxquels nous sommes attachés et que nous souhaitons contribuer à préserver. » Cette contrition étant tempérée par un préalable : « cette contribution serait calculée dans des proportions raisonnables, dans le souci d’éviter les effets économiques indésirables tels que la fuite des capitaux ou l’accroissement de l’évasion fiscale. » Et par les explications de texte qui ont suivi dans les médias.

    Conditions

    Contrairement aux riches américains, les riches français veulent bien être taxés mais pas sans condition.  Dans les Echos par exemple, Charles Beigbeder, président de Gravitation S.A.S., président de la commission Entreprenariat du Medef et Secrétaire national à la pédagogie de la réforme de l’UMP fait, à sa façon, de la pédagogie : « Il faut un plan global de révision drastique de toutes les dépenses publiques, y compris et en particulier sociales, à l’aune de l’efficacité. Chacun devra faire un effort et cela se traduira par des sacrifices douloureux. Dans ce cadre, mais dans ce cadre seulement, c’est-à -dire si et seulement si l’on s’attaque aux gaspillages et fraudes innombrables, si l’on s’efforce par exemple d’aligner le coût d’une journée d’hôpital public sur celui du privé (-25%) ou le coût annuel d’un élève au sein de l’école publique sur celui du secteur prive (-30 à 40%), alors oui, pourquoi pas une taxe de plus sur les hauts revenus ! »

    3% pour les plus de 500000 euros par part fiscale

    Réponse du gouvernement le 24 août : François Fillon a présenté une liste de mesures visant à redresser les comptes publics. L’État en espère un milliard d’euros de recettes supplémentaires dès cette année, puis 11 milliards d’euros en 2012. Parmi les mesures annoncées, une taxe exceptionnelle de 3% sur les grandes fortunes, les grandes fortunes étant les revenus fiscaux de référence de 500 000 euros par part fiscale et plus. Elle serait en vigueur jusqu’à ce que le déficit public soit ramené à 3 % du produit intérieur brut (PIB), fin 2013, et rapporterait 200 millions d’euros en 2012. Presque symbolique. Même le Sénat promet d’abaisser le seuil à 250 000 euros lors du passage de la loi au Parlement pour aller vers 600 millions de recettes. Claude Perdriel, le fondateur du Nouvel Observateur, une des seize fortunes françaises à avoir signé l’appel, estime que le montant de la taxe est ridicule. Interrogé sur RTL, il affirme qu’il faut « toujours saluer les pas en avant » mais précise : « Si on augmentait de 5 % les impôts sur ce que touchent réellement les 1 % les plus riches, cela représenterait 5 milliards d’euros et je ne crois pas que ça diminuerait d’un iota ni la croissance ni la consommation » 

    Robin des bois à l’envers ?

    Thomas Piketty, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et professeur à l’Ecole d’économie de Paris, juge la contribution anecdotique. « Quelques mois après avoir perdu 2 milliards d’euros d’argent public au bénéfice des contribuables de l’impôt sur la fortune, pourquoi inventer une contribution de 3 % pour récupérer 200 millions d’euros, soit dix fois moins que l’argent qu’on vient de dilapider ? » s’interroge-t-il dans Le Monde

    A La Rochelle, les ténors du PS s’en sont donné à cœur joie, François Hollande, candidat aux primaires, prenant au mot les riches et taclant le gouvernement :  « Les riches demandent, implorent, prient pour être taxés, enfin ! Nicolas Sarkozy n’a pas cédé, il tient bon. Sous la pression de ces manifestants, une digue a sauté… qu’ils nous attendent, nous arrivons ! » . Et en clôture, Harlem Désir a repris l’idée du Robin des bois à l’envers : on prend aux pauvres pour donner aux riches puisque l’essentiel de l’effort vient des hausses de taxes pour les moins riches. Il s’en est pris au « président des fausses promesses pour les Français et des vraies largesses pour les ultra riches » En attendant, les riches ont été entendus.

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