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Quand Ozon impose ses fantasmes

par Isabelle Germain

Jeune-Jolie_portrait_w193h257Provocation ou non, le réalisateur François Ozon impose ses fantasmes de soumission des femmes. Dans un monde du septième art très masculin.

Dans la série les hommes disent aux femmes ce qu’elles doivent penser, François Ozon écrit un nouvel épisode avec ses commentaires sur son film « Jeune et Jolie » présenté en compétition au Festival de Cannes…

« Jeune et Jolie » met en scène une jeune fille qui choisit de se prostituer sans vraiment de raison. Et le réalisateur enfonce le clou, dans un entretien publié le 20 mai par The Hollywood Reporter (en anglais), et traduit en français dans ses grandes lignes le lendemain par Metro. François Ozon explique doctement que « c’est un fantasme de beaucoup de femmes de se prostituer. Ça ne veut pas dire qu’elles le font, mais le fait d’être payé pour coucher est quelque chose qui fait partie de la sexualité féminine. »

Face à la journaliste américaine interloquée, il poursuit : « Je crois qu’être un objet dans la sexualité est quelque chose d’évident, le fait d’être désiré, utilisé. Il y a une forme de passivité que les femmes recherchent. »

D’où tirez-vous cette conclusion, lui demande encore la journaliste. Et François Ozon de conclure : « C’est la réalité. Vous parlez avec plein de femmes, vous parlez avec des psys, tout le monde sait ça. Enfin, peut-être pas les Américains ! »

Bronca sur les réseaux sociaux. « Toutes des putes – au moins dans leur tête. M. Ozon, pourriez-vous assumer vos fantasmes et ne pas nous les attribuer ? », demande par exemple la sénatrice Laurence Rossignol sur Twitter. Lise Bouvet, alias Fée Ministe propose au réalisateur de lire un épais dossier sur la question de la prostitution. 

Monopole de la parole

Las, lors de ce même festival de Cannes, deux ministres, Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes, sont venues appeler à davantage de parité dans le septième art. Le festival sélectionne quasi-exclusivement des films d’hommes. Lesquels imposent leur vision de « la » femme, comme le fait Ozon. Dans l’art, l’homme est créateur, la femme est sa créature…

Avec autant de verve, un autre grand acteur a eu tout le loisir de chanter les louanges de la prostitution dans des médias lui ouvrant largement leurs colonnes. Lorsqu’un rapport sur la prostitution envisageait de pénaliser le client, Philippe Caubère se répandait dans les médias pour  dire à quel point les prostituées étaient contentes de lui faire du bien… occultant la partie sordide de la prostitution. Plus récemment, c’était l’animateur de l’émission « Ce soir ou jamais » qui donnait longuement la parole à un proxénète pour dresser un tableau heureux de la prostitution… Et l’on pourrait multiplier les exemples de ces hommes ayant pignon sur médias qui y imposent leurs fantasmes aux femmes.

 

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4 commentaires

4 commentaires

Romane 21 mai 2013 - 20:00

Le plus « cocasse » dans l’histoire, c’est quand Courrier International publie ce même jour un article révélant un festival qu’on pourrait nommer de parallèle, celui de la prostitution de luxe qui sévit à Cannes depuis 60 ans et où aurait lieu une « compétition non-officielle » entre les call-girls rémunérées 3100€ la nuit, les prostituées locales qui font le trottoir des rues de Nice de 40 à 60€ la passe et les « yacht-girls » (31000€ la soirée) bénéficiant de « drogue et d’alcool à volonté » en attendant la nuit, passant leurs journées « nues ou à demi-nue » sur des yachts arrivés par lot de 30 à 40 bateaux dans la baie de Cannes rien que pour son festival.
Ozon bien sûr ne peut ignorer ce « festival » parallèle, on ne s’étonnera pas de la caution qu’il lui apporte avec son « Jeune et Jolie ».
J’aimais bien ses films, mais çà, c’était avant, comme on dit sur twitter.

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Romane 21 mai 2013 - 20:01

pardon, j’ai oublié de mettre le lien vers l’article de CI

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MEP 22 mai 2013 - 08:36

Merci Romane et merci Les Nouvelles News de mettre en avant l’existence de cette oligarchie puante de clients de la prostitution dans les hautes sphères de l’art.

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