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Quand une ministre est insultée

par Isabelle Germain

« Reine des salopes » le surtitre d’un journal en ligne pour parler de Marlène Schiappa insulte la ministre et toutes les femmes.  Les ministres bien ne portent pas plainte ? Ajout, le 11 juillet : Atlantico a présenté des excuses et des attaques.


Porter plainte ? Passer vite à autre chose ? Les services de la secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa se trouvent face à un dilemme depuis qu’une certaine presse s’est emparée d’un sujet croustillant : la ministre aurait écrit des romans érotiques sous pseudonyme.

C’est l’Express qui a tiré le premier en révélant l’affaire avec extraits forcément chauds. Puis les confrères ont repris, ajoutant au passage avec scepticisme les dénégations de la ministre. L’information s’est propagée sur les réseaux sociaux avec un festival de blagues salaces Jusqu’à ce que le journal de droite Atlantico se permette, dans un surtitre, d’écrire « la reine des salopes » avant : « ‘Les filles bien n’avalent pas ‘, c’est le titre d’un des livres de Marlène Schiappa ». L’article est ensuite truffé de considérations sur le « corps » et le « charme » de la ministre. (Atlantico a, depuis, changé son surtitre)

De quoi remettre le feu aux poudres sur les réseaux sociaux mais, cette fois-ci dans le sens du soutien à la ministre de la part des féministes. Beaucoup avaient été vivement heurtées par les écrits de l’auteure de « Osez l’amour des rondes » qui tournaient parfois aux conseils de soumission. Cette fois-ci, elles en appellent au dépôt de plainte.

En insultant la ministre, le journal rappelle le double standard à l’œuvre quand il s’agit de parler de sexe : c’est normal pour un homme, une femme est forcément une salope. Les romans érotiques du collègue de Marlène Schiappa, Bruno Le Maire ne l’ont exposé à aucune insulte. Et d’ailleurs, quel serait l’équivalent masculin de « belle salope ? ».

Atlantico fait partie de ces journaux dirigés par des hommes, financés par des hommes et qui entendent bien dire aux femmes comment elles doivent se définir et se tenir. Ils règnent sur l’opinion et sur les mœurs.  Ce ne sont pas les femmes qui ont inventé l’idée selon laquelle une femme qui aime le sexe est une salope… et celle qui ne l’aime pas aussi. C’est facile d’envoyer aux femmes plein d’injonctions paradoxales quand on a la main sur les médias et tous les postes de pouvoir. Alors quand les femmes écrivent des ouvrages érotiques avec un point de vue de femme, ça défrise ces mâles dominants. « Les filles bien n’avalent pas » veut démonter les injonctions faites aux femmes.  Alors faute d’arguments, le journal insulte.

Porter plainte serait certes, de la part d’une ministre, faire beaucoup d’honneur à Atlantico mais ce serait aussi un message fort : on n’insulte pas une femme qui parle de sexe, qui écrit sur le sexe, qui a un point de vue sur le sexe. A moins qu’on ne décide en haut lieu qu’une ministre bien ne porte pas plainte ?

Ajout le 11 juillet : Atlantico a présenté des excuses et des attaques. Tard dans la soirée du 10 juillet, le site Atlantico a présenté des excuses sous la plume laborieuse de son journaliste Benoît Rayski suivi d’un mot du directeur de la publication Jean-Sébastien Ferjou. Des excuses et des attaques. S’ils reconnaissent que leurs propos étaient déplacés, les voici qui s’en prennent à ce que Benoît Rayski appelle « pourvoyeurs de gibet » qui aurait réagi « par amour du lynchage. » Tandis que Ferjou fustige « les Torquemada de la grandiloquence morale »… « C’est celui qui le dit qui l’est » dit-on dans les cours de récréation. 

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3 commentaires

3 commentaires

CHS 11 juillet 2017 - 10:23

On ne peut pas commenter sur le site d’Atlantico sans s’inscrire, ce que je me refuse à faire, ça me salirait.

Alors puisque ces bourrins bas de plafond s’informent chez les Torquemada chaipasquoi, je commente ici leur titre (et leur article) de merde, qu’ils sachent ce que j’en pense : s’excuser d’une abomination en attaquant ceux qu’elle choquent et en se repliant en gémissant en position fœtale sous l’éternel bouclier du second degré teeeeelement drôle et siiiii injustement incompris par les mal-baisés de tous les genres, ce n’est PAS s’excuser.
C’est simplement ne pas assumer son machisme cro-magnonesque de trou du cul mal lavé, et personne n’en est dupe.

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PDI 11 juillet 2017 - 12:50

Qu’en termes justes ces choses-là sont dites! Merci!

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flo 11 juillet 2017 - 13:53

Benoît Rayski… sa vie, son œuvre… ordurière. Son prochain article est déjà bouclé, il évoquera la passion de Macron pour le vélo.. il hésite pour le titre… « le roi de la pédale » lui paraît un brin conformiste…

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