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Retraites : les femmes, grandes oubliées de la réforme

par Isabelle Germain

Haro sur le projet de réforme des retraites ! Comme prévu, les critiques fusent. Principal reproche : le nouveau système va affaiblir les plus faibles. Mais au plus bas de l’échelle des faibles il y a les femmes. Elles étaient mal loties jusqu’ici, elles le seront demain. La grande réforme qui vient d’être annoncée par Eric Woerth, ponctuée par les mots « justice » et « équité », les oublie ou presque.


 

Leur pension de droit direct ne représente en moyenne que 62% de celle des hommes ; elles liquident leurs droits – c’est-à-dire demandent à bénéficier de leur retraite – en moyenne deux ans plus tard qu’eux ; 57% des bénéficiaires du minimum vieillesse sont des femmes…  A ces inégalités, plusieurs causes entremêlées.

D’abord ce sont les femmes qui, en général, interrompent leur activité professionnelle pour s’occuper des enfants – ceux qui demain paieront les plus copieuses retraites des hommes. Elles le font en partie par choix mais en très grande partie par contrainte, faute de modes de garde en nombre suffisant. 64% des enfants de moins de trois ans sont gardés par un parent qui cesse le travail, la mère dans plus de 98% des cas. Et pendant ce temps là, le compteur des trimestres de cotisation ne tourne plus.

Deuxième raison : leurs salaires sont plus faibles, en raison notamment de ces carrières en dents de scie ou des temps partiels qu’elles acceptent parfois pour se consacrer à leurs enfants, parfois parce qu’elles n’ont pas d’autre choix que d’accepter des emplois précaires. Elles sont aussi plus souvent au chômage que les hommes.

Le Laboratoire de l’égalité fraîchement créé a tiré des signaux d’alarme dans une tribune publiée dans Le Monde : « Prise en compte de la pénibilité, des carrières longues, de la faiblesse de l’emploi des seniors : par certains aspects, le gouvernement, dans son document d’orientation, semble avoir admis que pour faire évoluer vraiment les retraites, il faut s’attaquer aux inégalités qui se sont formées avant l’âge de la retraite, à savoir durant les carrières professionnelles. Pourquoi alors, dans celles des femmes, les réduire aux périodes de « maternité » ou de « cessation d’activité pour l’éducation des enfants », « aléas » que notre système de retraite est censé compenser ?… » La « réforme de société » qu’entend conduire le gouvernement ignore la situation des femmes, souligne le labo. Quelques responsables politiques et syndicaux ont aussi, mais un peu mollement, alerté sur ces inégalités dont le gouvernement a affirmé avoir connaissance.

Et puis… Une seule mesure a été annoncée ce matin par le ministre du travail. « Une mesurette » corrige Dominique Meda, sociologue du travail*. Pour « empêcher que le congé maternité ne fasse chuter la pension de retraite (…) L’indemnité journalière perçue pendant le congé maternité entre désormais dans le salaire de référence sur lequel sera calculée la pension de retraite », a annoncé le ministre.

Lutter contre les inégalités salariales… Quand ?

Une autre idée a été avancée par Eric Woerth : « Lutter plus activement contre les inégalités salariales ». Comment ? « Avec un dispositif de sanction de l’absence de diagnostic de situation comparée.»  Selon ses dires, « depuis 27 ans, les entreprises doivent faire un rapport de situation comparée des femmes et des hommes. Seule une entreprise sur deux fait ce rapport. » (ndlr : un rapport du sénat indique que 72% des entreprises n’ont jamais entamé ce processus) Ce document étant la première étape d’un processus de négociation destiné à résorber les différences  de salaire, de primes, mais aussi de formation, de progression professionnelle… entre hommes et femmes.

Pas très convainquant. D’abord parce que cette promesse de renforcer les sanctions est répétée, la main sur le cœur, par les ministres qui se sont succédés au ministère du Travail depuis l’élection de Nicolas Sarkozy. Xavier Bertrand devait la concrétiser début 2009, Xavier Darcos, début 2010… Et, à ce jour, personne n’a écrit le premier mot d’un texte de loi allant dans ce sens.  En outre, des sanctions existent déjà pour les entreprises qui ne font pas ces rapports : refuser de les réaliser est un délit d’entrave depuis la loi Génisson de 2001. «  La violation par l’employeur de cette obligation de négociation est punie d’une peine  d’un an d’emprisonnement et de 3750 € d’amende (article L-2243 1 et 2 et L2146-1 du code du travail relatif au délit d’entrave) » affirme un document du ministère du Travail. Trop violent ? Pas assez ? Les syndicats ont très peu recours à cette arme et les employeurs dorment sur leurs deux oreilles.

Le gouvernement n’est clairement pas décidé à s’attaquer aux inégalités hommes/femmes qui précèdent la retraite.  La « réforme de société » nécessaire dont il parle ne concerne pas les femmes. Sur d’autres sujets, il se montre plus offensif. Il s’attaque par exemple à la question de l’emploi des seniors avec des mesures concrètes : une aide à l’embauche d’un an pour les chômeurs de plus de 55 ans et le développement du tutorat. Mais rien de comparable pour les femmes. « Il faut par exemple résoudre le problème du travail précaire qui concerne toujours massivement les femmes et revaloriser les salaires qui sont toujours très bas dans les secteurs féminisés », affirme par exemple Olga Trostiansky, adjointe PS au maire de Paris et membre fondatrice du Laboratoire de l’égalité.

Dans quelques jours les syndicats descendront dans la rue, penseront-ils aux femmes ?

 


* Dernier ouvrage : Travail. La Révolution nécessaire, L’Aube, 2010

 

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7 commentaires

Elodie123 17 juin 2010 - 00:13

Votre article n’est absolument pas objectif.
J’ai une autre inégalité hommes/femmes, les hommes ont une espérance de vie inférieure de 7 ans à celle des femmes. Alors quand vos écrivez que « les plus copieuses retraites des hommes » seront payées par les futurs générations, comment doit-on le comprendre? Il y a les pauvres femmes d’un côté et les riches hommes de l’autre, l’injustice de cette réforme c’est que ce sont les « moins » riches qui vont subventionner les retraites.

Pour en revenir à vos pauvres femmes, le problème ne vient pas des retraites, c’est en amont qu’il faut faire quelques choses. Quand on sait les futures grossesses des femmes sont un frein à l’embauche de ses dernières, pourquoi ne pas obliger les hommes à prendre des congés de durée égale à leur conjointe pour s’occuper de leur enfant.

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Isabelle G 17 juin 2010 - 05:51

Pas objectif ? Qu’est-ce que l’objectivité ? un journal écrit par des humains peut-il prétendre être objectif ? la quête d’honnêteté est plus sûre que la quête d’objectivité… Bon, ce n’est pas parce que c’est le jour du bac philo qu’on va s’étendre.
Je n’ai pas fait le calcul en effet : les 7 ans d’espérance de vie supplémentaire des femmes justifient-ils qu’elles aient des retraites représentant 62 % de celle des hommes?
– « c’est en amont qu’il faut faire quelque chose », bien d’accord, si vous lisez mon article jusqu’au bout, ce sujet est abordé.

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tüp bebek 23 juin 2010 - 11:13

a été un article que j’ai aimé. Merci pour le partage….
tüp bebek

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Hypathie 25 juin 2010 - 12:38

Tout à fait d’accord avec ce billet ! Je suis allée à la manif avec un gros badge accroché où on accroche les badges, sur le revers, rappelant les inégalités femmes/salaires et femmes/retraites avec les chiffres, et j’étais bien seule… au milieu de centaines de manifestants. Mais qu’attendre d’un ministre qui trouve normal de voir sa femme démissionner alors que c’est son poste à lui qui est en conflit avec le job de sa femme ?

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jeanne38 17 septembre 2010 - 09:23

C’est aux femmes en premier lieu de faire les bons choix de vie : ne pas faire sa vie avec un type qui ne voudrait pas accepter de faire 50% des tâches ménagères par exemple.
Se mettre d’accord avant de faire enfants sur le fait de partager un temps partiel pour élever les enfants.
Arrêter d’imaginer qu’un couple dure pour toujours, et que son conjoint sera toujours là pour veiller sur elle lors de ses vieux jours … bref apprendre aux femmes à s’assumer financièrement, et arrêter de prendre les hommes pour des pompes à fric.
Si les femmes veulent l’égalité des traitements salariaux, qu’elles commencent par exiger l’égalité au sein de leurs propres familles.
Je suis contre les discriminations dont sont victimes les femmes, mais bien souvent les femmes se posent elles-mêmes en victimes alors qu’elles peuvent prendre leur destin en main en cessant de se comporter comme des petites filles dépendantes de leur conjoint.
Faites des études, travaillez, décidez, divorcez s’il le faut, mais cessez de croire qu’il va y avoir quelqu’un pour défendre vos droits ! Seules vous-mêmes pouvez défendre vos droits !

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agnes.maillard 20 septembre 2010 - 09:27

Il est vrai que de vouloir défendre certain principes au sein du couple, ça revient un peu à se préparer une vie de célibataire.

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jeanne38 20 septembre 2010 - 13:58

« agnes.maillard »
Il est vrai que de vouloir défendre certain principes au sein du couple, ça revient un peu à se préparer une vie de célibataire.

Ne soyez pas si pessimiste 😉
Certains hommes ne font « rien » à la maison parce que personne ne leur a jamais appris et qu’ils ont jamais connu que ce modèle chez maman : ils peuvent apprendre et sont « récupérables ».
Ceux qui ne veulent vraiment pas, par contre … eux aussi se préparent à une vie de célibataire, de plus en plus, car de moins en moins de femmes se laissent faire, heureusement.
Mais j’avoue que c’est un combat incéssant et de tous les instants de veiller à ce que tout le monde fasse « sa part » …

Il y a aussi la possibilité de vivre une romance mais chacun avec son chez soi !

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