Tous les grands médias ont donné de l’écho à cette idée d’extrême droite inscrite dans l’agenda de communication du RN. Au risque de faire reculer la lutte contre les violences du système prostitutionnel.

Le 9 décembre dernier, le quotidien Le Monde annonçait : « Le RN veut rouvrir des maisons closes tenues par les prostituées ». En plein débat budgétaire, l’annonce de la préparation d’un texte de loi préparé par le député Rassemblement national (RN) Jean-Philippe Tanguy, tombait comme un cheveu sur la soupe.
Qu’importe, le RN veut attirer l’attention sur lui. Bingo ! Tous les « grands » médias en ont parlé. Le sujet est clivant, médiatiquement rentable et peu coûteux politiquement. Il permet au RN d’occuper l’espace médiatique avec une proposition « transgressive ». De parler aux électeurs masculinistes ou conservateurs et d’éviter les sujets sur lesquels il est défaillant.
Le débat qui fait régresser
Derrière ce coup de com, la lutte contre l’esclavage prostitutionnel risque de régresser. Car les médias ont rouvert un débat qui met au même niveau ceux qui racontent la fable de la prostitution libre et heureuse et ceux qui dénoncent la violence du système prostitutionnel.
Pire : les titres de certains journaux mettaient en exergue l’argumentation doucereuse pro-prostitution. Notamment FranceBleu : « Prostitution : le RN veut rouvrir les maisons closes pour « sécuriser les professionnels » » Ou FranceInfo : « « Les prostituées seraient impératrices en leur royaume » : le député veut rouvrir les maisons closes ». Ou encore, 20 Minutes « Les travailleuses du sexe rêvent « de bordels autogérés » pour exercer ». Sur Sud-Radio, l’idée du RN est présentée comme un moyen de « placer la question de la sécurité des travailleuses du sexe au centre du débat » Et bien sûr, le journal d’extrême droite Valeurs actuelles a fait un sondage et annonce fièrement : « 82 % de nos lecteurs favorables à une réouverture, ‘encadrée et plus sûre’ » Autant d’arguments qui ne tiennent pas.
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Les communicants du lobby pro-prostitution ont envoyé des messages tous azimuts (même aux Nouvelles news !) pour demander aux médias d’interviewer leurs champions et de reprendre leurs communiqués.
Associations féministes face aux lobbies
Les associations féministes, bien moins riches que ces lobbies ont aussi dû réagir en rédigeant à nouveau des communiqués, moins repris dans les médias que l’argumentation du RN.
Un collectif féministe a rédigé une tribune publiée par Marianne intitulée : « Réouverture des maisons closes : « La prostitution, ce n’est ni un métier, ni du sexe, c’est un système de domination » » Le journal qui a accueilli la tribune n’a pas pu s’empêcher de l’assortir d’une photo racoleuse…
Osez le Féminisme ! a dénoncé le projet comme un plan antiféministe et raciste, qui « cherche à normaliser l’achat d’actes sexuels, attaquer l’abolitionnisme et banaliser l’exploitation des femmes les plus précaires. »
Aurore Bergé la ministre de l’Égalité entre les Femmes et les Hommes a déclaré sur FranceinfoTV : « La prostitution n’est pas le « plus vieux métier du monde » : c’est le plus vieux système de domination du monde. Légaliser la prostitution, c’est capituler. C’est dire à nos enfants, à nos adolescents que le corps des femmes est à vendre. C’est le projet du RN, pas le nôtre. »
A quelques mois des dix ans de la loi de lutte contre le système prostitutionnel du 13 avril 2016, ce coup de com ne laisse rien augurer de très bon. Les groupes pro-prostitution, même s’ils se défendent d’être d’extrême droite, surfent sur la communication du RN. Ils ont accepté d’être auditionné par le parti d’extrême droite pour élaborer son futur texte de loi, tandis que les associations abolitionistes l’ont refusé. Et ces dernières associations ont du mal à se faire entendre. Certaines d’entre elles ont confié aux Nouvelles News rencontrer des obstacles pour réserver des salles leur permettant d’organiser des manifestations à l’occasion des 10 ans de la loi…
