Accueil Politique & SociétéÉducation Sans épreuves orales, davantage de femmes à Normale-Sup en lettres, pas en sciences

Sans épreuves orales, davantage de femmes à Normale-Sup en lettres, pas en sciences

par Isabelle Germain

A cause de la crise sanitaire, les épreuves orales n’ont pu se tenir. A Normale-Sup, les femmes sont plus nombreuses à rejoindre les filières littéraires mais pas les filières scientifiques . 

Un article du journal Le Monde fait le point sur l’augmentation du nombre d’entrées de femmes à Normale Sup : « Rue d’Ulm, à l’ENS-PSL (Paris sciences et lettres), 67 % des admis issus de classes préparatoires sont des femmes, contre 54 % en moyenne les cinq années précédentes, pour les deux voies principales (A/L et B/L) » indique le quotidien.

C’est d’ailleurs le même phénomène dans toutes les filières littéraires. A l’ENS Lyon, le concours « lettres et arts », a admis 71 % de femmes contre 60 % en 2019. Et pour le concours « langues vivantes », « le résultat est encore plus frappant : parmi les 34 reçus, on ne compte que trois hommes, alors qu’ils constituaient un tiers des admis l’an passé, et un quart en 2018. » précise le Monde.

Explication : l’annulation des épreuves orales liée à la pandémie a joué. Il semblerait donc que ces épreuves orales, lorsqu’elles se tiennent, permettent un rééquilibrage en faveur des garçons dans les filières littéraires.

En revanche, dans les filières scientifiques, pas de rééquilibrage : on observe la même proportion de femmes admises avec ou sans épreuves orales. « Ainsi, à l’ENS Ulm, 18 % des admis aux concours des classes préparatoires scientifiques sont des femmes (elles constituent un tiers des élèves de cette filière au niveau national). Même commentaire du côté de l’ENS de Paris-Saclay (ex-ENS Cachan).» 

Education genrée

Ces différences de performance à l’oral s’expliqueraient par une socialisation différente des filles et des garçons et par des biais dans les jurys. Les garçons sont encouragés, soutenus, applaudis quand ils prennent la parole, imposent leur point de vue, se montrent entreprenants et compétiteurs. Les filles sont encouragées à être discrètes, douces et passives. De multiples études le montrent. Que ce soit à l’école, dans leur famille, dans leurs nourritures culturelles ou même dans les activités sportives, des normes genrées s’imposent.

Quant aux jurys, leur choix de faire entrer davantage de garçons dans les filières littéraires serait aussi lié à la volonté d’avoir « des promotions éclectiques » explique au Monde Annabelle Allouch, maîtresse de conférence à l’université de Picardie, auteure de La Société du concours (Seuil, 2017). Cette recherche d’éclectisme ne traverse manifestement pas les filières scientifiques…

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3 commentaires

3 commentaires

Mezcaless 28 août 2020 - 07:50

Avant de conclure, en tout cas sur normal sup, je vous conseillerai si ce n’est déjà fait d »couter la « réponse » du directeur de l’école…
https://www.franceculture.fr/emissions/la-question-du-jour/normale-sup-la-reussite-a-loral-est-elle-genree

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Isabelle Germain 28 août 2020 - 16:20

Je n’ai rien entendu dans cette réponse qui empêche d’en arriver à cette conclusion. Les jurys semblent rééquilibrer à l’oral afin d’avoir davantage de garçons dans les filières littéraires. Mais ils ne le font manifestement pas, à l’oral, pour avoir davantage de filles dans les filières scientifiques.

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A. L. 28 août 2020 - 10:30

Cette recherche existe dans les filières scientifiques. Malheureusement les moyens mis en œuvre n’ont pas toujours l’effet escompté. Les femmes sont déjà repoussées bien avant de candidater, par des biais sociaux qui leur font croire que ces métiers ne sont pas pour elles. Le problème existe dès l’école primaire.
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