Scènes de crime pour les actrices afghanes

par La rédaction

Parniyan

Deux actrices blessées dans une attaque, qui en a tué une troisième, risquent la prison pour ‘crime moral’. Après des menaces de mort, une autre doit vivre cachée : « l’Afganistan n’est pas fait pour les femmes, qu’elles soient actrices ou pas ».


 

Le 20 août, Benafsha, une jeune actrice de série télévisée était poignardée à mort par un groupe d’hommes dans une rue de Kaboul. Blessées dans cette attaque, deux autres jeunes actrices qui l’accompagnaient risquent aujourd’hui la prison pour ‘crime moral’, raconte aujourd’hui The Guardian. Après l’agression, Areza et Tamana ont dû subir des test de virginité « pour s’assurer qu’elles n’ont pas eu de relation illégale », commente le procureur en charge de l’affaire. Les meurtriers, eux, courent toujours.

Pour la police, cette attaque n’est pas forcément liée à leur métier d’actrice. La faute des trois jeunes femmes agressées était également de vivre en colocation, sans homme dans leur entourage familial. « Des femmes qui habitent dans une même maison, sans parent masculin, est quelque chose de très inhabituel. Il semble que, dans l’esprit de la police et des voisins, ce soit comme si elles tenaient un bordel », commente Heather Barr, de l’ONG Human Rights Watch.

« Je ne peux pas continuer à être actrice en Afghanistan »

Mais en plus de cette situation, beaucoup considèrent que l’attaque meurtrière est liée au fait qu’elles apparaissaient à l’écran dans des tenues normales, et aux côtés d’hommes. A 21 ans, l’une des plus célèbres actrices afghanes, Sahar Parniyan (photo), doit aujourd’hui vivre cachée : des appels téléphoniques anonymes, après le meurtre de Banafsha, lui ont fait savoir qu’elle serait la prochaine victime. Et lorsqu’elle s’est adressée au chef de la police de Kaboul, « elle s’est retrouvée confrontée à la négligence et au désintérêt », notait le site KabulPress.org. Les menaces à son encontre pourraient aussi être liées au fait que la série dont elle est la star dénonce la corruption du pouvoir afghan. Mais pour elle, c’est avant tout son sexe et son statut qui font d’elle une cible, comme le montre le meurtre de Benafsha.

« Même si j’adore mon métier, je ne peux pas continuer à être actrice en Afghanistan », témoigne Sahar Parniyan dans The Guardian. « Les Talibans sont contre les femmes, et d’autres groupes le sont aussi… l’Afganistan n’est pas fait pour les femmes, qu’elles soient actrices ou pas ».

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