L’Arcom confirme ce que d’autres études montrent déjà : dans les médias d’information, les hommes dominent largement la parole d’autorité. Et sur les plateformes en ligne, le sexisme se déploie sous forme de messages agressifs, rarement stoppés.
Les études sur le sexisme propagé par les médias se suivent et se ressemblent. La norme c’est le sexisme, l’égalité femmes hommes semble anormale. Cette fois-ci c’est l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, l’Arcom, qui le montre. Mais le gendarme de l’audiovisuel n’annonce aucun plan d’éradication du sexisme des ondes.
Le sexisme, reste la norme
Son étude sur « la représentation des femmes dans les programmes audiovisuels qui concourent à l’information » permet de révéler l’envoi permanent de messages subliminaux sexistes. Ces programmes donnent à voir moins de femmes que d’hommes. Et ces femmes détiennent beaucoup moins souvent que les hommes une parole d’autorité. « Les femmes sont toujours plus présentes (39 %) qu’on ne les entend (37 %) ou qu’on ne les mentionne (31 %) » note l’Arcom. Et la proportion relativement forte de voix féminine entendues s’explique par beaucoup de voix « hors champ » dans les journaux d’information (on les entend expliquer mais on ne les voit pas). 75 % des émissions comptent une majorité d’hommes et 26% comptent même plus de 70 % d’hommes.
Voir les femmes oui, les écouter non
S’il y a parité chez les présentateurs et présentatrices avec 51% de femmes, elles n’ont pas vraiment une parole d’autorité. Les femmes ne représentent que 34% des invités en plateau et 28% des personnes expertes. Le temps de parole des femmes politiques ne représente que 27 % du temps de parole accordé aux responsables politiques sur les ondes. Et une seule femme figure dans le top 10 des personnalités politiques les plus entendues à l’antenne. Les hommes sont, plus souvent que les femmes, présentés par leur nom (52% contre 39%) et par leur fonction (48% contre 32%)
Le sport, bastion préservé
Côté sport la présence masculine est écrasante. Plus de 75 % des programmes s’intéressent à des performances masculines. Les commentateurs sont à 77% des hommes pour commenter des épreuves masculines… Mais 50% pour des épreuves féminines.
En ligne, le sexisme se déchaîne
En ligne, l’Arcom a comptabilisé, entre août et mi-décembre 2025, quelque 19.600 messages écrits en français comme étant potentiellement sexistes ou vecteurs de stéréotypes sexistes, essentiellement sur X et YouTube.
Des messages, repérés grâce à l’intelligence artificielle et des signalements d’associations, qui peuvent être illicites ou délétères par leur répétition. Sans enfreindre la loi, certains peuvent, par leur accumulation, leur viralité ou leurs modalités de diffusion, générer des « risques systémiques », c’est-à-dire avoir un effet négatif réel ou prévisible.
Des discours haineux banalisés
A titre d’exemple, Laurence Pécaut-Rivolier, membre du collège de l’Arcom, a cité cette phrase trouvée sur les réseaux sociaux lors de la conférence de presse de présentation de l’étude : « Laisser (sic) une totale liberté aux femmes et elles deviennent des putes sociopathes ». Elle a aussi cité d’innombrables contenus encourageant les hommes à « maîtriser » leur « énergie masculine », à « reprendre le pouvoir » sur ses relations et à faire preuve de « dominance subtile »
Le rapport de l’Arcom regorge d’exemples classés en plusieurs thématiques : masculinité et virilité, antiféminisme et critique des femmes progressistes, transphobie, pornographie, insultes sexistes, séduction et encore stéréotypes genrés en lien avec la nationalité et racisme.
Des messages pas forcément publiés par des hommes : 42% des messages proviennent de comptes dont le détenteur se déclare être un homme, 32% par des comptes de femmes et 26% par des comptes sans information sur le genre.
L’Arcom constate… sans agir
Autant de messages largement diffusés en ligne et que les grandes plateformes numériques ne s’empressent pas de stopper. « Des acteurs qui ont une bonne volonté variable », a euphémisé le président de l’Arcom, Martin Ajdari.
L’Arcom propose ses services aux plateformes afin de faciliter l’identification des contenus porteurs de risques. L’autorité indépendante « encourage une meilleure coopération entre plateformes et autorités afin de partager les bonnes pratiques de modération » et le cas échéant de traiter les « contenus manifestement illicites ». Mais en attendant une réaction, le sexisme se propage à grande vitesse sur la toile et sur les ondes.
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