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Taxe Google, pour sauver ou uniformiser l’info ?

par Isabelle Germain

Plaidoyer pro domo, souci de démocratie ? Les plus gros éditeurs de presse veulent taxer Google. Les plus jeunes soulignent le danger d’uniformisation et plaident pour davantage d’innovation.


Le Syndicat de la presse quotidienne nationale (SPQN) qui regroupe les mastodontes de l’info, veut instaurer une taxe sur Google. Ces éditeurs considèrent que le moteur de recherche indexant leurs informations dans Google Actualités détourne à son profit publicité et création de valeur générées par leurs contenus. Et d’en rajouter (voire faire du lobbying), comme Libération qui a affiché le sujet en « une » avec ce titre : « Une taxe Google pour sauver l’info ? ». Eric Schmidt, le patron de Google, a même été reçu à l’Elysée lundi dernier. Le débat s’est enflammé (voir ici la colère de Laurent Joffrin) à tel point que Google a menacé de supprimer l’ensemble des sites d’information de son moteur de recherche.

Uniformisation de l’information

Sur la toile, chacun y va de ses critiques, tout producteur de contenu considérant qu’il sera fondé à demander une taxe à Google. Les jeunes acteurs de la presse en ligne (que nous sommes) considèrent que cette taxe serait globalement contre productive.

Les éditeurs « pure players » représentés par le SPIIL (Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne), dont les nouvelles NEWS sont membres, sont opposés à cette taxe. Elle aboutirait à l’uniformisation de l’information puisque, pour gagner plus, il faudra avoir beaucoup d’articles indexés en haut du moteur de recherche, là où les clics sont les plus nombreux. Autrement dit, pour générer du clic et donc du revenu, parlez des seins de Kate Middelton le jour où la photo sort dans un magazine, faites mousser le tweet de Valérie Trierweiler… Et oubliez les autres sujets qui ne rapportent rien. La course au clic menace le pluralisme de la presse et ne résout pas la question de l’économie de l’information à bout de souffle.

Deuxième problème souligné par le SPIIL : la double dépendance à Google. « Si les éditeurs sont un jour rémunérés également par des taxes versées par Google, ils seront soumis à une double dépendance : dépendance pour l’audience et dépendance pour les recettes. »

Réinventer le modèle économique de la presse

La priorité de la presse aujourd’hui ne doit pas être la course au clic mais la recherche d’un nouveau modèle économique qui garantisse son indépendance et son pluralisme. La presse est en crise et beaucoup de journaux tiennent le coup grâce à de généreuses et opaques subventions de l’Etat (Médiapart dénonce ici « le dispendieux scandale du système de subventions », orienté vers la presse papier pour un milliard d’€ contre 20 millions pour la presse en ligne). Un modèle qui n’est pas pérène.

Les médias ont fait une « erreur historique », estime le banquier Matthieu Pigasse (actionnaire notamment des Inrocks et du Monde), en mettant gratuitement en ligne une information qui était payante dans les supports papier. Ils ont fait croire que l’information était un bien gratuit et peinent aujourd’hui à convaincre leurs lecteurs de payer des abonnements en ligne. La taxe Google entretiendrait l’illusion d’une presse en ligne qui pourrait se payer grâce à la publicité… Au prix d’une uniformisation et d’un appauvrissement de l’information.

Alors faisons aussi notre plaidoyer pro domo : pour une information plurielle qui ne fait pas la course au clic, pour une info qui ne se contente pas du point de vue de la moitié masculine de l’humanité, bref, pour ne plus lire l’info à moitié, abonnez-vous aux nouvelles NEWS.

Imposer Google en France
Le SPIIL se prononce contre la taxe Google mais pour l’imposition du géant en France : « Oui, Google devrait être imposé en France pour les activités commerciales qu’il y mène. Il est totalement anormal que Google, qui réalise 1,2 milliards € de chiffre d’affaires dans l’hexagone, n’en déclare que 150 millions, et ne paie que 5 millions € d’impôts. »

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