Le HCE alerte sur une « menace sécuritaire ». Illico, les masculinistes saturent l’espace médiatique de discours victimaires. Une guerre informationnelle soutenue par les réseaux sociaux, au détriment des voix féministes.
« Ce rapport éclaire notre pays sur la menace masculiniste et les idées violentes et radicales qu’elle véhicule. Ce rapport doit être un électrochoc pour que les responsables politiques s’emparent du problème du sexisme et de la menace sécuritaire que les masculinistes font peser sur notre pays. » Bérangère Couillard, Présidente du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes (HCE) sonne l’alerte, une nouvelle fois, en présentant le rapport annuel*, rendu public mercredi 21 janvier.
Haine des femmes
Intitulé « la menace masculiniste », ce rapport ne se contente pas de faire état d’opinions rétrogrades qui freineraient l’égalité entre femmes et hommes. Il dénonce le masculinisme, prônant « la suprématie masculine » et « la haine des femmes », comme « une menace à d’ordre public et un enjeu de sécurité nationale. » Et rappelle que le passage à l’acte d’individus est « un phénomène tangible, massif et encore largement sous-estimé ». Il a fallu attendre 2025 pour commencer à associer « masculinisme » à terrorisme
La menace masculiniste est le fruit d’« une idéologie structurée, dotée de relais politiques, économiques, financiers et culturels » affirme le rapport. Entre 2019 et 2023, 1,18 milliard de dollars (1 milliard d’euros) ont été investis en Europe par des réseaux hostiles aux droits des femmes et à l’égalité.
Une idéologie qui repose sur des inversions : les hommes sont présentés comme victimes du mouvement féministe qui aurait provoqué une crise de la masculinité. Autrement dit, il ne fallait pas les chercher : les féministes en réclamant l’égalité sont responsables de la violence des masculinistes. Passif-agressif.
Un continuum
Ce fantasme collectif est tel que 60 % des hommes pensent que les féministes veulent donner plus de pouvoir aux femmes qu’aux hommes. 17 % de la population française adhère à un sexisme « hostile », qui dévalorise les femmes et justifie les discriminations et violences contre elles. Un quart des hommes estiment normal qu’une femme accepte un rapport sexuel pour faire plaisir ou par devoir et ils sont aussi nombreux à avoir déjà douté du consentement de leur partenaire.
En amont de l’incitation à la haine, les chiffres montrant la prégnance du sexisme dans la société française sont nombreux dans ce rapport. Par exemple, 78 % considèrent que les hommes doivent assurer la responsabilité financière de la famille. 40 % pensent que les femmes devraient cesser de travailler pour s’occuper des enfants.
Pour endiguer la menace sécuritaire, les recommandations du HCE reposent sur l’éducation, un meilleur encadrement des médias et en particulier des réseaux sociaux. Intégrer le « terrorisme misogyne » dans les doctrines de sécurité, créer un observatoire du masculinisme…
Haro sur le rapport
Des recommandations qui ont été ensevelies sous une avalanche de réactions masculinistes fortes, coordonnées et avantagées par les algorithmes des réseaux sociaux.
Certains médias ont joué le jeu des masculinistes. RMC a invité un « créateur de contenu » masculiniste à donner sa vision du monde sans être contredit. Pour lui, le masculinisme, ce sont des hommes qui donnent des conseils à d’autres hommes. Des conseils sur quoi ? Par exemple en cas de divorce aller faire de la muscu et pas se remettre en couple trop vite dit-il en substance.. Stéphanie Lamy, spécialiste des guerres de l’information, y voit un cas d’école de « blanchiment de la violence masculiniste ». Et pour parler du rapport du HCE, bien sûr, CNews a fait appel à ses plus fins limiers de la manipulation. Son chroniqueur ne voit que de la misandrie dans la dénonciation du masculinisme.
A ce traitement médiatique accordé au rapport du HCE s’ajoute une avalanche de commentaires tombant sur toute information relative à l’étude. Les masculinistes propagent leurs messages haineux pour noyer l’alerte. Parfois avec des insultes, parfois aussi avec des discours doucereux et victimaires propagés à partir de vrais comptes utilisateurs ou plus probablement par des robots.
Ces discours sont avantagés par les algorithmes des réseaux sociaux qui les rendent très visibles tandis qu’ils font tomber les discours féministes dans les oubliettes du net.
Pot de terre contre pot de fer
LesNouvellesNews.fr l’a observé tout récemment lors de la publication de cet article : Contre-attaque féministe face aux influenceurs masculinistes. Sur Facebook, avalanche de commentaires s’en prennent à celles et ceux qui veulent faire barage au masculinisme. Le déferlement est tel qu’il noie les faits dénoncés et les arguments féministes. Et nous n’avons pas les moyens de nous opposer. Beaucoup de féministes ont tenté de répondre avec patience et pédagogie. Mais les internautes masculinistes, bien plus nombreux et aidés par des robots, mènent une guerre d’usure. Nous nous sommes contentées de répondre rapidement : « bien sûr nous n’allons pas argumenter avec les masculinistes qui commentent. Ce serait comme jouer aux échecs contre un pigeon. « Peu importe notre niveau, le pigeon va juste renverser toutes les pièces, chier sur le plateau et se pavaner fièrement comme s’il avait gagné.” »
Mais ce n’est pas satisfaisant. La puissance de communication des masculinistes écrase tout sur son passage. Et les médias leur offrent toutes les tribunes possibles pour se pavaner.
Est-il possible de créer un « délit d’entrave numérique » au féminisme ? En 2017, la France a créé un délit d’entrave numérique à l’IVG » (très difficilement adopté) pour contrer les sites internet cherchant à tromper délibérément les internautes et à les dissuader d’avoir recours à l’IVG.
En attendant, la situation est critique puisque les masculinistes ont les moyens de saturer le paysage médiatique en faisant passer la haine pour une simple opinion.
Lire : Alerte : trop de voix féministes disparaissent du paysage médiatique
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