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Travail, vie familiale : les opinions évoluent, les inégalités demeurent

par Arnaud Bihel
Par Bill Strain sur Flickr (CC BY 2.0)

Par Bill Strain sur Flickr (CC BY 2.0)

Le travail des femmes, dont celui des jeunes mamans, fait encore débat dans la société française, mais les points de vue égalitaires s’imposent peu à peu, révèle une étude de l’INSEE. Autre constat : le rôle du père dans la famille est davantage reconnu. Toutefois, une autre analyse de la même enquête concluait en 2010 que le partage des tâches « reste un idéal qui ne se concrétise pas ».


 

« Lorsque l’emploi est en crise, les hommes devraient être prioritaires sur les femmes pour trouver un emploi » : un quart des Français sont d’accord avec cette affirmation. C’est l’un des résultats de l’étude intitulée « Couple, famille, parentalité, travail des femmes », publiée par l’INSEE mardi 1er mars.

A l’heure où l’emploi des femmes risque d’être victime de la crise à retrardement, la préférence masculine reste ancrée dans les mentalités. Mais la question, issue de l’enquête internationale GGP (1), n’a pas été posée en sens inverse. Impossible de savoir si les Français préfèreraient que l’emploi aille en priorité aux femmes. Signe que, pour les statisticiens aussi, le travail masculin va de soi, contrairement au travail féminin.

« Glissement vers un point de vue moins traditionnel »

Les opinions sur la préférence masculine pour l’emploi varient peu selon le sexe. Les femmes sont plus nombreuses à n’être « pas d’accord » (53% contre 46% des hommes), mais elles sont autant (24 contre 25%) à être d’accord ou plutôt d’accord.

Les réponses selon les tranches d’âge montrent toutefois que les opinions sur la question « ont beaucoup évolué », note l’INSEE : si la moitié des septuagénaires approuvent cette idée d’accorder aux hommes la priorité pour l’emploi, cet avis n’est plus partagé que par trois quinquagénaires sur dix, et par un adulte sur dix de moins de 30 ans (voir graphique ci-dessous).

En outre, constate l’INSEE, ce « glissement des opinions vers un point de vue moins traditionnel » se fait ressentir rien qu’entre 2005 et 2008 : entre ces deux vagues d’enquête, le désaccord a progressé de 6 points.

Crise ou pas, les femmes sont de plus en plus présentes sur le marché du travail : les deux tiers des Françaises sont actives. Les mères de jeunes enfants (de moins de 3 ans) sont même près de huit sur dix à être actives. Pour autant, plus de la moitié des personnes pensent qu’un enfant d’âge préscolaire risque de souffrir du fait que sa mère travaille (53% des hommes et 49% des femmes).

Mais là aussi, les avis dépendent beaucoup de l’âge : en dessous de 40 ans, quatre adultes sur dix associent le travail de la mère au risque de souffrance des jeunes enfants. La proportion monte à sept sur dix pour les 65 ans et plus.

Partage des tâches : progrès et régressions

Dans la famille, le rôle des pères est davantage reconnu, estime également l’INSEE. Ainsi, deux tiers des hommes comme des femmes pensent que « les enfants souffrent souvent du fait que leur père est trop préoccupé par son travail ». A noter : la question est sensiblement différente de celle posée pour les mères. Pour elles, on interroge le fait de travailler ; pour eux, celui de trop s’investir au travail.

Pour l’INSEE, « les faits confirment l’évolution des mentalités : les hommes sont désormais plus investis dans l’éducation de leurs enfants, et ce, au quotidien. Ils consacrent 11 minutes par jour en moyenne à leurs enfants en 1999, contre 8 minutes en 1975. » L’institut statistique nuance  aussitôt cette évolution, car « on reste loin du temps qu’y consacrent les femmes : 38 minutes par jour en 1999, comme en 1975. »

Des résultats de la même enquête, analysés cette fois par l’INED (Institut national des études démographiques) en 2010, viennent apporter une autre nuance sur le partage des diverses tâches dans le couple (document disponible sur le site de la Cnaf). A la maison, l’homme s’occupe « toujours » de la cuisine, du ménage ou des courses alimentaires dans moins de 5% des cas. Mais c’est le rôle exclusif de la femme dans au moins 30% des cas.

Et les inégalités se renforcent, au détriment des femmes, donc, avec l’arrivée d’un enfant. De même, « le partage égalitaire des tâches de soins et d’éducation reste un idéal qui ne se concrétise pas. S’occuper des enfants reste une prérogative féminine ».

 


(1) Les données ont été collectées par l’INSEE en deux vagues, en 2005 et 2008, auprès d’environ 10 000 personnes, dans le cadre d’une enquête internationale : GGP, Generations and Gender Programme, coordonné par la Commission économique de l’ONU pour l’Europe. C’est dans ce cadre qu’on été élaborées les questions.

 

 

 

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5 commentaires

Léandre 1 mars 2011 - 15:51

Au delà des résultats, l’INSEE mériterait une plainte officielle pour oser poser des questions aussi tendencieuses car posées différemment selon qu’on parle des hommes et des femmes.

Non seulement c’est discriminatoire, mais un étudiant en 1er année de socio sait que cela invalide le résultat, bref que c’est de l’incompétence !!!

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AnnieB 1 mars 2011 - 18:11

Les pères consacrent 3mn de plus à leurs enfants en 1999 qu’en 1975 ouaouh à ce train là les femmes ne sont pas sorties de l’auberge…mais comment peut on publier des chiffres aussi vieux? nous sommes en 2011!

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arnaudbihel 1 mars 2011 - 18:41

@ AnnieB : ces chiffres sur le partage des tâches sont issus des enquêtes spécifiques « Emploi du temps », rarement menées (4 fois depuis 1966). Mais ils seront prochainement actualisés : en effet, la dernière enquête de ce genre a été menéee en 2009-2010, on devrait en connaître les résultats d’ici quelques mois.

@ Léandre : ne jetons pas directement la pierre à l’INSEE dans la mesure ou les questions ont été élaborées dans le cadre d’une enquête internationale. Ce qui n’enlève rien au fait qu’elles sont tendancieuses.

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Nancy 3 mars 2011 - 15:29

Bonjour,
Merci pour cet article.
J’aurais juste une petite question, à savoir, qu’est-ce qu’un « ménage ordinaire » ?
Je suis en situation monoparentale et sans emploi, il serait peut-être intéressant d’offrir à chaque famille la possibilité d’obtenir au moins un emploi avant toute autre considération de genre, qu’en pensez-vous ?
Merci pour votre site très instructif, c’est pour moi une vraie mine d’infos !

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Jasmi 22 juin 2016 - 11:36

« Rôles traditionnels » ou acception bourgeoise moderne ? Au moyen âge tout le monde travaillait, les métiers de femmes étaient nommés … au féminin.
Les femmes ont toujours travaillé, même si leur activité professionnelle n’est plus mentionnée dans les registres d’état civil par pur machisme.

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