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    Bien-être et richessesPolitique & Société

    Un front écoféministe pour l’égalité des retraites, du travail et pour la planète

    par Isabelle Germain 16 février 2023
    Ecrit par Isabelle Germain 16 février 2023
    1,9K

    Lors d’une « rencontre 100 % féminine et féministe » contre la réforme des retraites organisée par Politis, les intervenantes ont dessiné un programme politique au-delà de l’opposition à la réforme.

    Les Muses Tanguent

    En fanfare ! Mercredi 15 février à la salle Olympe de Gouges à Paris, se tenait un énorme rassemblement organisé par le journal Politis : « Retraites, un combat féministe : meeting contre la réforme des retraites ! »

    Ouvert par la fanfare Les Muses Tanguent, une chorégraphie du collectif féministe les Rosies avec la chanteuse Mathilde, le meeting a ensuite enchaîné tambours battants, des prises de paroles rapides et denses de responsables syndicales, élues, artistes, responsables associatives, intellectuelles*.

    Au fil des interventions, au-delà de la question des retraites et des appels à retirer la réforme, c’est un véritable programme politique éco-féministe qui s’est dessiné.

    D’abord, comme l’a dit l’économiste Rachel Silvera, les retraites sont « un miroir grossissant des inégalités » que subissent les femmes. Les pensions des femmes sont inférieures de 40% à celles des hommes. En activité, elles sont payées globalement 22% à 28% de moins qu’eux, selon les modes de calcul.

    Pourquoi de tels écarts ? Elles travaillent majoritairement dans les secteurs d’activité qui rémunèrent le moins -métier du soin, du lien, éducation, nettoyage, commerce, administration…- Et, dans ces métiers, la pénibilité n’est que rarement reconnue. Elles travaillent souvent à temps partiel avec des carrières « hachées » parce qu’elles sont sommées de prendre en charge, dans la vie privée, le travail domestique et l’éducation des enfants. Elles prennent en charge 70% de ce travail gratuit et assument la partie la moins valorisante de ces tâches.

    C’est double peine : des salaires inférieurs à ceux des hommes et beaucoup plus de travail qu’eux à la maison. Elles travaillent beaucoup plus pour gagner beaucoup moins. (Une injustice qui dépasse les frontières de la France. Selon la banque mondiale, les femmes représentent 50% de la population, effectuent 66% du travail, touchent 10% des revenus et possèdent 2% des propriétés).

    L’activité des femmes, rémunérée ou non, est essentiellement de la production de bien-être alors que celle des hommes est la production de biens marchands, biens qui peuvent être destructeurs de ressources naturelles.

    Et c’est aussi là que le bât blesse. Le soin aux autres est moins valorisé que la production d’objets pas toujours utiles. C’est tout un système d’indicateurs de richesse qui devrait être revu pour valoriser le travail assigné aux femmes, ce qui, au passage, inciterait les hommes à s’y investir. (Lire à ce sujet notre dossier Bien-être et richesse).

    Et la réforme des retraites, dont le gouvernement a fini par reconnaître qu’elle pénaliserait davantage les femmes, devrait aussi aggraver la dévalorisation du travail assigné aux femmes. Un travail dont il a pourtant été dit à maintes reprises pendant la crise du Covid qu’il était essentiel. La députée Rachel Keke a répété la formule qu’elle avait lancée dans l’Hémicycle : « ils veulent mettre à genou celles qui tiennent la France debout ».

    Les idées pour y remédier ont foisonné durant cette soirée. Diminuer le temps de travail : « Les 35 heures ont été la dernière grande réforme féministe » affirme Sophie Binet de la CGT. La réduction du temps de travail a permis à davantage de femmes de travailler à temps plein tout en disposant de temps pour les tâches domestiques et familiales. Réduire le temps de travail devrait inciter les hommes à participer davantage à ces tâches (mais ça n’a pas vraiment été le cas avec les 35 heures).

    Pour montrer que l’égalité femmes-hommes rendrait la réforme inutile, Sophie Binet rapporte un calcul fait par la CNAF (Caisse nationale d’allocations familiales). L’égalité salariale ferait entrer 5,5 milliards d’euros dans ses caisses. C’est un chiffre minimum, ça ne compte que la retraite de base des salarié.es et pas les retraites complémentaires par exemple. Et ce calcul se base sur l’égalité salariale mais pas sur l’égalité professionnelle, le taux d’emploi à temps plein des femmes n’est pas aligné sur celui des hommes dans ce calcul. Mais si toutes les données étaient englobées, ce sont 10 milliards d’euros qui entreraient dans les caisses et le système ne serait plus déficitaire.

    Sans compter qu’il faudrait aussi valoriser le travail dans les secteurs fortement féminisés en appliquant la règle « à travail de valeur égale, salaire égal », la valeur reposant sur des critères de diplômes, responsabilité, pénibilité…

    « Valoriser le travail des femmes est une mesure de justice et permet de financer les retraites » assure Sophie Binet.

    Ambiance Rosies

    Autre piste : en finir avec les grandes inégalités de richesse. Audrey Pulvar, élue de Paris, commence par faire remarquer que l’urgence climatique devrait passer avant la réforme des retraites. Or l’effondrement climatique aggrave les inégalités. La course à la croissance économique, qui privilégie le versant masculin de l’économie, aggrave la crise climatique. Et les femmes sont plus exposées que les hommes aux conséquences du réchauffement (lire LE SEXE DE LA RICHESSE QUI COMPTE»). Lutter contre les écarts de richesse devrait être une priorité selon beaucoup d’intervenantes qui demandent de taxer davantage le capital pour financer les retraites et plus largement de réduire les inégalités de richesse.

    Marine Tondelier, secrétaire nationale d’EELV, veut remettre les idées à l’endroit : « on n’est pas capable d’assurer aux enfants qui naissent aujourd’hui l’habitabilité de la planète dans 30 ans mais on veut assurer le financement des retraites dans 30 ans. »

    En amont de la question de la retraite des femmes c’est un projet de société éco-féministe qui s’est dessiné.

    La rencontre a aussi permis d’entendre l’invitation d’Anne-Cécile Mailfert, la présidente de la Fondation des femmes, à « aimer la vieille femme qui est en nous » , non sans quelques précautions : « C’est la première fois en sept ans que la Fondation des Femmes s’engage au cœur d’une mobilisation unitaire » a-t-elle dit en préambule « non par manque d’intérêt, mais par raison d’être. Notre Fondation vise d’abord et avant tout à donner aux féministes les moyens et les capacités d’agir (d’ailleurs vous pouvez faire un don ici !) Si nous faisons le choix de nous engager ce soir, c’est parce que nous pensons plus que jamais que c’est bien la capacité d’agir et l’avenir de toutes les femmes, qui est en jeu dans ce grand mouvement populaire contre la réforme des retraites.»

    Voici la fin de son discours :

    On dit souvent « retrouvons l’enfant qui est en nous ». Moi ce soir je vous invite à chercher la vieille femme qui est en vous.

    Celle qui comme vous toutes ici a milité pour défendre un monde plus juste : le droit à l’IVG, les minorités, les mères isolées, les personnes racisées, handicapées, les enfants, les LGBTs, les précarisées, la protection de celles qui ont des enfants ou de celles qui n’en n’ont pas. Mais qui en faisant tout cela s’est trop longtemps oubliée et n’a jamais compté ses trimestres et qui en voyant l’âge de la pension arrivé n’aura plus que ses yeux pour pleurer.

    On oublie souvent que ce sont les femmes âgées qui portent la société, parce que ce sont elles qui accompagnent souvent jusqu’au dernier souffle leur partenaire, ce sont elles qui aident à élever leurs petits-enfants, ce sont elles qui forment les bataillons des associations et forment ainsi le maillon essentiel de la chaîne de solidarité encore vivante de notre pays. Et lorsqu’elles n’ont plus la capacité de s’occuper de personne, plus personne ne s’occupe d’elles.

    Il est temps d’aimer la vieille femme qui est en nous. Celle à qui la société ne laisse aucun droit et prend tout. Celle à qui ce gouvernement demande à nouveau de se sacrifier. Ce mouvement populaire contre la réforme des retraites bâtit un pont. Un pont entre toutes les générations, entre les féministes d’hier et d’aujourd’hui, et entre les femmes de toutes les classes sociales, de tous les territoires et de toutes les origines.

    Nous savons qu’en défendant nos retraites nous arrachons des mains des hommes leur bien le plus précieux : le droit de s’imaginer et de s’inventer un avenir. Et nous savons que cela n’a pas de prix.

    J’ose espérer que le 8 mars nous ferons entendre dans ce mouvement social la voix de toutes les femmes et que nous porterons aux oreilles du gouvernement ce slogan des années 70 qui résonne encore aujourd’hui :

    « Les femmes, c’est comme les pavés, c’est lorsqu’on les piétine qu’on se les prend dans la gueule »

    Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes.

    ________________________________________________________________________________________________________

    * Les participantes : Clémentine AUTAIN (LFI), Ana AZARIA (Femmes égalité), Sophie BINET (CGT), Violaine DE FILIPPIE (OLF), Mireille DISPOT (CFE-CGC), Caroline DE HAAS, Elsa FAUCILLON (PCF), Léa FILOCHE (Génération.s), Sigrid GÉRARDIN (FSU), Murielle GUILBERT (Solidaires), Rachel KEKE (LFI), Mathilde LARRÈRE (historienne), Anne LECLERC (CNDF), Anne-Cécile MAILFERT (Fondation des Femmes), Christiane MARTY (ATTAC), MATHILDE (artiste chansonnière), Imane OUELHADJ (UNEF), Audrey PULVAR (élue de Paris, écoféministe), Emma RAFOWICZ (PS), LES ROSIES, Laurence ROSSIGNOL (sénatrice), Sandrine ROUSSEAU (EELV), Pauline SALINGUE (NPA), Rachel SILVERA (économiste), Christiane TAUBIRA, Marine TONDELIER (EELV), Najat VALLAUD-BELKACEM, Youlie YAMAMOTO (ATTAC)

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