Un ticket homme-femme pour les cantonales : « humiliant » ?

par La rédaction

Sans avoir rien d’officiel, cette idée pour rendre les Conseils généraux paritaires fait son chemin depuis un mois. Mais elle ne fait pas l’unanimité, même chez les partisans de la parité.


Le 5 octobre, le président de la République annonçait que les prochaines élections cantonales devraient répondre à une « exigence de parité ». Les Conseils généraux ne comptent aujourd’hui que 13,8% d’élues (voir les statistiques de l’Observatoire de la parité sur ce scrutin). Il n’en fallait pas plus pour que soit évoquée et abondamment commentée cette hypothèse : pour les prochaines élections cantonales -en 2014 ou 2015 – les électeurs auraient à voter pour un binôme homme/femme.

Pourtant, cette idée est loin de plaire à tous les partisans de la parité. Au point que la députée socialiste Catherine Coutelle, présidente de la délégation aux Droits des femmes de l’Assemblée nationale, l’a signifié par courrier à Lionel Jospin, craignant que la commission pour la moralisation de la vie politique, que pilote l’ancien Premier ministre, la reprenne à son compte.

« L’idée que, pour être élue, une femme doive nécessairement être ‘associée’, ‘accolée’ à un homme me heurte profondément », écrit Catherine Coutelle dans sa lettre datée du 19 octobre. Et elle enfonce le clou : « Je trouve cette idée choquante, voire humiliante et aux antipodes du combat des femmes pour la dignité et l’égalité. »

Comme elle, une majorité de membres de la délégation aux droits des femmes s’y oppose. Un vote informel au sein de la délégation, le 23 octobre, l’a montré : neuf membres y sont défavorables tandis que cinq y sont favorables.

Devant la délégation, la ministre des Droits des femmes a quant à elle défendu cette idée, qu’elle trouve « intéressante ». Et Najat Vallaud-Belkacem de s’expliquer : « Vous craignez que la femme soit considérée comme la suppléante de l’homme. Je le comprends, mais pour ma part je ne le crois pas. Je fais partie de ces 13 % de femmes qui siègent dans les conseils généraux : à ce titre, je sais quel effort il faudrait fournir pour parvenir à la parité. Nous n’y parviendrons pas sans faire une révolution. Or, changer de mode de scrutin est bien une révolution qui seule permettra d’obtenir la parité dans les conseils généraux. »

Le débat est loin d’être clos. Dans sa lettre à Lionel Jospin, Catherine Coutelle propose d’autres pistes :

  • premièrement, la suppression du renouvellement triennal des conseils généraux par moitié, qui ne facilite pas l’accélération du processus de féminisation ;

  • deuxièmement, l’application d’un scrutin de listes, forcément paritaires, comme pour les élections régionales ;

  • troisièmement, la suppression des financements publics aux partis qui ne respectent pas les candidatures paritaires.

Cette question des pénalités financières (calculées en fonction des chiffres des seules élections législatives, et trop faibles aujourd’hui pour que les partis s’en émeuvent) est l’une des pistes du gouvernement, souligne Najat Vallaud-Belkacem. « Je réfléchis actuellement à une pénalité financière dont le montant serait aussi important que l’aide publique accordée au parti. Cette suggestion devrait emporter l’adhésion du Gouvernement et être retenue, mais nous attendons sur ce point les conclusions de la commission Jospin », explique la ministre. La commission doit rendre ses conclusions dans le courant du mois de novembre.

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3 commentaires

CCcC 31 octobre 2012 - 11:32

Je suis pour, en politique c’est la seule solution afin de faire progresser la parité plus rapidement, sinon il faudra plusieurs décennies, les hommes ne voulant pas céder le pouvoir. Le scrutin de listes pour les régionales qui impose la parité fonctionne très bien … ça serait bien sûr l’idéal, mais faute de grives, on mange de merles…

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Lili 31 octobre 2012 - 16:22

J’avoue ne pas trop comprendre cette réaction sur le plan politique, et venant du PS.
C’est bien ce principe qui a été mis en oeuvre aux législatives, ça n’a pas soulevé de révolte au PS (ni ailleurs, sur principe les contestations ont été minimes, le reste n’a été qu’excuses bidon pour dire qu’on ne le met pas en oeuvre).

Du coup, pourquoi ça ne serait pas « digne » aux Conseils Généraux???

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hic 1 novembre 2012 - 17:27

Combien de personnel politique en plus cette mesure entraîneraît-elle?

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