Accueil Politique & Société « Une femme », l’exception qui confirme la règle « sans femme »

« Une femme », l’exception qui confirme la règle « sans femme »

par Isabelle Germain

Ras-le-bol et ironie sur les réseaux sociaux et sur Wikipedia. Dans les journaux, la dirigeante, l’astronaute, la Prix Nobel… a pour prénom « une » et pour nom « femme ». Syndrome de la Schtroumpfette. 

Sur le fil #UneFemme de Twitter, c’est une avalanche de copies de titres de presse désignant des personnalités sans les nommer. Ces personnalités sont des femmes. Et elles s’appellent toutes « une femme ». Madame « Une Femme » doit donc être surmenée s’amusent les internautes.

« #UneFemme a décidément une vie bien remplie » dit @Hor4te

Et elle change souvent de métier observe Yves

Elle se dédouble parfois

Guillaume Blardone en regroupe un échantillon ici

Les exemples foisonnent. A tel point que, sur l’encyclopédie en ligne Wikipedia a été créée une « page pastiche » qui donne le vertige. Définition : « Une femme est une journaliste, dirigeante d’entreprise, chimiste, diplomate, économiste, pasteur, physicienne, directrice sportive, pilote de chasse et femme politique lituanienne, française, belge, britannique, namibienne, sénégalaise, iranienne, japonaise, éthiopienne, suisse, américaine et grecque. Son activité scientifique lui a valu d’être récompensée par cinq prix Nobel de chimie, mais une seule médaille Fields. » Et de citer près d’une centaine de titres de presse avec « une femme ». Imaginerait-on un titre de presse disant « un homme a reçu le prix Nobel ? »

Schtroumpfette ou rien

C’est ce que l’autrice américaine Katha Pollitt appelle le « The Smurfette Principle », le syndrome de la Schtroumpfette. Dans la Bande dessinée des Schtroumpfs, il y a une foultitude de personnages masculins. Chacun a un trait de caractère fort, un métier ou une fonction dans le groupe qui lui est propre. Et il n’y a qu’un seul personnage féminin, la Schtroumpfette : elle est jolie, elle est blonde et elle s’occupe du bien-être des Schtroumpfs. A la fois reflet et injonction de rôles sociaux de sexe. Une foultitude de modèles est offerte aux hommes pour construire leur vie. Et pour les femmes, c’est Schtroumpfette ou rien.

Les médias sont atteints du syndrome de la Schtroumpfette. Dans le paysage médiatique, la presse d’information générale semble s’adresser aux hommes et parle bien plus d’hommes que de femmes. Pour elles, direction la presse féminine qui leur explique comment être les meilleures Schtroumphettes du monde.

Dans certains milieux, dans certains métiers, dans certaines fonctions l’homme est la norme, la femme l’exception. Et, le problème avec l’exception c’est qu’elle confirme la règle… En désignant ces dirigeantes, diplomates, astronautes, Prix Nobel… simplement par « une femme » les médias confirment la règle.

Certains cherchent à évoluer, mais n’y parviennent pas toujours. Ouest-France a consacré un article à « une femme » et indique qu’ « un groupe de travail a été mis en place en 2019 pour évoquer ces questions. Il en est ressorti un document référentiel de préconisations pour une juste place des femmes dans Ouest-France, agrémenté d’une charte pour une écriture non sexiste. » Et pourtant, quelques jours plus tôt, on pouvait lire dans le quotidien régional en titre : « Municipales à Mégrit. Pour la première fois, le premier édile est une femme » et en « chapô » : « Mercredi 27 mai, Marie-Jeanne Despres a été élue maire de Mégrit. » Une inversion du titre et du chapô n’auraient pas produit le même effet…

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2 commentaires

2 commentaires

Sylvie HEMERY 19 juin 2020 - 13:39

J’ai bien ri ! Hélas..
La vie d « Une Femme » est pleine de rebondissements : j’aimerais bien la féliciter 🙂

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nieves Pueyo 23 juin 2020 - 12:59

Superwoman!!!!
Ne pas nommer ces femmes est le reflet d’un frein machiste comme últime moyen de résistance face à LA FEMME !!

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