Accueil Politique & SociétéÉducation Une poétesse au bac français ? Candidat.e.s déroutés

Une poétesse au bac français ? Candidat.e.s déroutés

par La rédaction
Bibliothèque Andrée Chedid à Paris 15è

Après l’épreuve de français, des candidat.e.s ont réalisé que la poétesse Andrée Chedid, était une femme. Retour sur une conquête trop discrète

Elles et ils n’étaient sans doute pas préparés à une telle révolution : c’est le texte d’une femme qui leur était proposé dans l’épreuve du bac français 2019 des séries ES et S ce lundi 17 juin. Le texte «Destination : arbre » d’Andrée Chedid. Sur les réseaux sociaux, des messages traduisent la surprise et la consternation de lycéens apprenant que « c’est une meuf ».

Andrée Chedid, « née Andrée Saab le 20 mars 1920 au Caire, en Égypte, et morte le 6 février 2011 à Paris, en France, est une femme de lettres et poétesse française d’origine syro-libanaise. » indique Wikipedia. Elle a reçu notamment le prix Goncourt de la nouvelle en 1979. Elle est la mère et grand-mère des chanteurs Louis et Matthieu.

Mais les lycéens ont de sérieuses excuses pour n’avoir pas vu le « e » à la fin du prénom de la poétesse. Il n’y a longtemps eu quasiment que des hommes parmi les auteurs étudiés dans les programmes. Il a fallu attendre 2017 pour qu’une œuvre de femme soit au programme obligatoire des classes de Terminale littéraire ( La Princesse de Montpensier, écrit en 1662 par Madame de Lafayette). La sélection 100% masculine des œuvres était dénoncée notamment par une professeure de français, Françoise Cahen, en mai 2016 dans un billet intitulé ‘Les couilles du bac littéraire‘, puis à travers une pétition. La ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, avait alors annoncé que « la place respective des auteures et des auteurs » serait ajouté aux critères de sélection des œuvres au programme, « afin que les oeuvres des auteures femmes puissent être étudiées. »

C’était il y a trois ans seulement et pourtant le féminin d’auteur était timidement « auteure » avec un « e ». Depuis « autrice » a été progressivement admis. Parce qu’il n’y a pas de raison de féminiser franchement quand un mot exprime une forme de passivité : lecteur / lectrice, auditeur / auditrice. Et féminiser timidement quand le mot exprime une forme de pouvoir. Depuis, même l’Académie française, longtemps crispée sur le masculin qui devait tout emporter sur son passage, s’est un peu détendue sur la féminisation des mots. C’était il y a quelques mois (voir : Les Immortel·le·s enfin prêt·es à féminiser les noms ?)

Et, pour la première fois au bac littéraire 2018, 100 % des textes étaient écrits par des femmes. Une première assez maladroite parce que l’ensemble des textes situaient les autrices dans le registre des sentiments et des relations amoureuses. Cette épreuve du bac donnait certes de la visibilité aux femmes mais côté stéréotypes, cela n’arrangeait rien. (voir Bac L : 100 % des textes écrits par des femmes)

Avec une telle histoire, il n’est pas étonnant que les candidat.e.s n’aient pas vu que l’auteure était une femme.

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