Accueil Politique & Société Valérie Rey Robert : « #MeToo n’a pas aboli la culture du viol »

Valérie Rey Robert : « #MeToo n’a pas aboli la culture du viol »

par Isabelle Germain
Valérie Rey-Robert
©Yann Levy / Hans Lucas

La vague #Metoo aurait tout changé ? Pas si vite. Valérie Rey-Robert, autrice du blog Crêpe Georgette, vient de publier son premier essai « Une culture du viol à la française- Du troussage de domestiques à la liberté d’importuner » aux éditions Libertalia. Interview.

LNN : Pourquoi cet essai sur la « culture du viol » ?
Parce que, si l’histoire des violences sexuelles se répète, c’est à cause d’un contexte culturel particulièrement favorable en France. Dans les années 2000, j’ai été choquée par la première enquête française sur les violences faites aux femmes dite Enquête Enveff , j’ai participé au forum des Chiennes de garde qui recevait énormément de témoignages de victimes de viol. Avec toujours les mêmes phénomènes : mauvais accueil par l’entourage, la famille, les services de police ou de justice, culpabilisation des victimes, indulgence envers les auteurs… Puis il y a eu l’affaire DSK et surtout le discours médiatique autour de cette affaire qui minimisait les faits reprochés au directeur du FMI. Un discours spécifiquement français. On n’a pas retrouvé par exemple le même type de récit, d’excuses pour parler des agressions sexuelles commises par Berlusconi.

LNN : La notion de « culture du viol » est-elle comprise au-delà d’un cercle restreint de personnes bien informées ?
Je n’en ai pas l’impression. Les médias ont, certes beaucoup parlé de mon livre mais c’était le fait de journalistes féministes tenaces. Et j’observe que c’est le mot « culture » qui bloque. Laurent Joffrin, le directeur du quotidien Libération,  dans un édito sur la « Ligue du Lol », ne comprend pas le terme parce que, selon lui, la culture sert à s’élever. C’est une approche limitée. En sociologie, la culture est aussi un système de représentation qui irrigue la société ! Remplacer le terme « culture du viol » par « idées reçues » sur le viol ne signifie pas la même chose. Donc c’est à la fois le terme et le concept qui dérangent. Il est beaucoup plus confortable de penser qu’un viol est le fait de quelques personnes détraquées plutôt que de remettre en question une culture.

LNN : Est-ce que la vague #MeToo a fait reculer la culture du viol ?
Beaucoup de gens disent que les choses ont changé. Mais sur quelle base ? Nous pourrons vraiment affirmer qu’il y a un changement lorsque nous aurons des chiffres indiquant une baisse du nombre de viols et d’agressions sexuelles. Pour l’instant ce n’est pas le cas.
La parole des femmes s’est libérée, c’est vrai mais avec quel effet ? Des mouvements de libération de la parole des victimes, il y en a déjà eu pas mal. La réelle avancée de #MeToo a été de faire prendre conscience à des femmes que certains comportements qu’elles avaient appris à accepter ou à trouver banals ne sont pas acceptables et sont punis par la loi. Les hommes aussi ont compris que certains comportements n’étaient plus tolérés et font attention. Dans certains cas, la peur a changé de camp.

Mais en termes de culture, pas de changement profond. Les femmes sont éduquées dans la peur d’être violées. Ce sont elles qui adaptent leurs tenues, leurs déplacements, leurs comportements pour éviter d’être désignées comme coupables dans l’hypothèse où elles subiraient un viol.
Les hommes, eux, ont peur d’être accusés de viol. Ceux qui se sont exprimés à propos de #MeToo se sont empressés de dire que tous les hommes n’étaient pas des violeurs. Pas eux en tout cas. Et qu’il ne fallait pas verser dans la délation. Le président de la République a été parmi les premiers à le dire. Ces hommes trouvent des alliées femmes qui publient des tribunes sur la « liberté d’être importunée ». Elles et ils sont hors sujet. Bien sûr tous les hommes ne sont pas des violeurs, c’est une lapalissade et cela évite de poser les questions de fond. #MeToo n’a pas vraiment permis de remettre en question la culture du viol.

Partager cet article

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

3 commentaires

3 commentaires

lora 1 avril 2019 - 16:41

Comment peut-elle concilier la dénonciation de la culture du viol et ses prises de position contre la loi d’abolition de la prostitution, plus précisément son opposition à la pénalisation de l’achat d’actes sexuels?

Répondre
Dzonakha 1 avril 2019 - 21:53

Je me pose exactement la même question que Lora; cela me semble tellement contradictoire…

Répondre
lora 2 avril 2019 - 19:50

Je conseille la lecture de « En finir avec la culture du viol » (mars 2018) de Noémie Renard, qui, elle, ne souffre pas de dissonance cognitive. https://www.babelio.com/…/Renard-En-finir-avec…/1027556
Le système prostitueur est le symbole même de la culture du viol. Un homme paie pour qu’une femme ne puisse pas dire non. Il exerce une contrainte par l’argent (au mieux) ou profite, dans la majorité des cas, que d’autres en amont ont exercé des violences physiques sur cette femme.

Répondre

Répondre à lora Annuler la réponse