Accueil Politique Violences faites aux femmes : le ministère se perd dans les chiffres

Violences faites aux femmes : le ministère se perd dans les chiffres

par Arnaud Bihel

En lançant une nouvelle campagne de communication pour libérer la parole sur les violences faites aux femmes, Roselyne Bachelot utilise des chiffres de façon erronée. Dommage.


Cela a commencé mercredi dans le quotidien 20 minutes. Roselyne Bachelot y explique que chaque année, « seules 650.000 femmes portent plainte ou déposent une main courante pour les violences qu’elles subissent. Elles ne représentent que 20% des victimes. » En conférence de presse, ce jeudi matin, la ministre des Solidarités, en charge du droit des femmes, présentait ce nombre un peu différemment : « 650 000 femmes de 18 à 75 ans ont déclaré en 2009 avoir été victimes de violences sexuelles hors et dans le ménage ».

LES NOUVELLES news ont dû lui faire remarquer que les données ainsi présentées sont exagérées. Sans vouloir minimiser l’étendue de ces violences, il importe de ne pas se perdre dans les chiffres. Car « on ne combat bien que ce qu’on connaît », comme aime à le répéter Roselyne Bachelot. Le ministère nous a promis qu’un communiqué serait adressé aux rédactions pour rectifier ces données. Visiblement, le message ne passe pas puisque, dans l’après-midi, LeFigaro.fr reprend la rengaine : « En 2009, 650 000 femmes ont déposé plainte pour violences sexuelles, hors et dans le ménage ».

Non. Ce nombre de 650 000 est, selon l’INSEE (Enquêtes Cadre de vie et sécurité 2009-2010) celui des femmes ayant déclaré en 2009 avoir été victimes de violences physiques ou sexuelles. Pour les seules violences sexuelles, le nombre est de 200 000. (Le ministère dispose pourtant des chiffres exacts, c’est lui qui a édité le tableau ci-dessous).

Et le nombre de plaintes est bien moins élevé. Justement parce que la parole est difficile à libérer. Selon les derniers chiffres de l’ONRDP (Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales), moins de 23 000 personnes ont porté plainte en 2010 pour des violences sexuelles (soit effectivement environ 20% des victimes), et un peu moins de 50 000 actes de violences contre des femmes sein du couple ont été dénombrées par la gendarmerie et les services de la sécurité publique.

 Roselyne Bachelot s’est dite « favorable » à l’allongement du délai de prescription – de 3 à 10 ans – pour les agressions sexuelles. Une revendication portée par certaines associations (d’autres n’y voient « pas une mesure efficace ») comme Paroles de Femmes, qui a fait le siège du ministère ces derniers jours pour obtenir le soutien de Roselyne Bachelot.

Le constat n’en reste pas moins « accablant, les chiffres terrifiants », comme le souligne la ministre. Ce qui rend d’autant plus nécessaire la nouvelle campagne d’information sur la lutte contre les violences faites aux femmes, lancée ce jeudi : « Osez en parler ». Une campagne pour que le numéro d’écoute, le 39 19 géré par la Fédération Nationale Solidarité Femmes, devienne « aussi connu que celui de la police ou du Samu », espère Roselyne Bachelot.

Ce numéro est gratuit depuis un poste fixe, et n’apparaît pas sur les factures téléphoniques. Et l’annonce en a été faite ce matin : 3 opérateurs de téléphonie mobile – Free, Bouygues Telecom et Orange – se sont engagé à ce qu’il soit également gratuit et secret depuis un téléphone mobile, dès la fin du mois.

En 2010, le 39 19 a traité 50 396 d’appels dont 19 707 concernant une situation de violences entre conjoints.

Une campagne à retrouver sur http://www.stop-violences-femmes.gouv.fr/


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1 commenter

cultive ton jardin 24 novembre 2011 - 13:20

Pourquoi « au moins un »? C’est pas la « RÉCIDIVE » qui est grave?

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