Silence, on maltraite les droits des femmes

Beaucoup de bruit médiatique sur la baisse de 2 % du budget de la défense, quelques mots sur la baisse de 25 % du budget Droits des femmes. La guerre de chefs plus efficace que l’indignation légitime.


Face à la démission du Général de Villiers sur fond de coupes budgétaires imposées à la Défense, l’amputation du quart du budget consacré aux droits des femmes pèse bien peu dans les médias. Ce jeudi, quasiment toutes les unes des quotidiens sont consacrées aux coups de mentons entre président de la République et hauts gradés. Et le clairon des commentateurs demande si un vrai chef a besoin de dire « c’est moi le chef »… entre autres considérations sur les besoins de l’armée.

La baisse de 850 millions d’euros, soit 2 % du budget de la défense occupe l’espace médiatique laissant une place anecdotique à une réduction budgétaire de 7,5 millions d’euros, soit 25 % du budget droits des femmes, inscrite dans le projet de décret du ministère de l’Action et des Comptes publics. A peine quelques articles par-ci par-là pour dire que les associations s’inquiètent et que la Secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, tente des réponses qui ne rassurent pas. Elle rappelle que ce n’est qu’un projet, il n’est pas encore discuté. Cependant, ni le président de la République, ni le Premier ministre n’interviennent. Silence, on maltraite les droits des femmes.

C’est que, du côté des militaires, on la joue autrement plus théâtral. Devant la commission de la défense de l’Assemblée nationale, Pierre de Villiers, qui venait pourtant d’être maintenu à son poste de chef d’état-major pour un an, avait averti dans un langage fleuri : « Je ne me laisserai pas baiser comme ça », sous les applaudissements de quelques députés, selon le journal Le Monde. Colère du président de la République qui rappelle dès le lendemain que c’est lui le chef. Puis démission du général… Et déclaration du chef de l’Etat qui assure, ce jeudi après-midi devant les militaires à Istres, que le budget de l’armée sera le seul à augmenter en 2018. Remarquons au passage qu’on a assez peu entendu la ministre de la Défense, Florence Parly…

Et pendant ce temps-là, côté droits des femmes, c’est principalement sur les réseaux sociaux et dans quelques articles situés loin des unes des journaux que la colère des associations s’est manifestée. Avec pour seule arme l’indignation face à une situation profondément injuste : les associations se démènent déjà avec peu de moyens pour faire un travail social qui devrait être pris en charge directement par les pouvoirs publics et il est question de restreindre encore leurs moyens au moment où l’égalité femmes/hommes doit devenir une grande cause nationale ! La Fondation des femmes l’a bien résumé sur le schéma ci-contre.

Ce jeudi matin, Marlène Schiappa a été auditée par la délégation aux droits des femmes du Sénat puis par son homologue à l’assemblée Nationale. Les échanges furent courtois et de bonne tenue. Une parlementaire suggérant même à la Secrétaire d’Etat de ne pas prendre mal les critiques qui lui sont adressées mais de  s’appuyer sur ces critiques pour demander en haut lieu que soit épargné son budget. La Ministre désapprouve les associations qui veulent “harceler le standard de l’Elysée”

Pas de menaces, pas de coups de menton, pas de gros mots. Toujours ce fameux complexe de Cendrillon, une princesse ça ne dit pas de gros mots. Seulement voilà : les codes de la politique sont ainsi faits que le pouvoir de persuasion pèse très peu face au pouvoir de nuisance. Les nouveaux titulaires du pouvoir promettaient de faire de la politique autrement, ils n’en prennent pas le chemin.

Lire aussi dans Les Nouvelles NEWS 

Sur l’égalité femmes/hommes, Édouard Philippe a tout à prouver

Premières heures au masculin pour le quinquennat Macron

Gouvernement, parité et illusions

 

Tous les articles de la rubrique Point de vue

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

css.php