Constat amer pour l’association Femmes journalistes de sport. Dans son dernier rapport, elle déplore une faible part de femmes dans les rédactions sportives, dont certaines restent exclusivement masculines. Et aucun progrès en quatre ans.

En 2021, Marie Portolano ébranlait le milieu du journalisme sportif avec son documentaire « Je ne suis pas une salope, je suis journaliste ». Un film percutant, dans lequel dix-huit femmes témoignent sur les violences sexistes et sexuelles qu’elles ont subies dans leur profession. Depuis ? Rien n’a bougé. En 2025, les rédactions sportives françaises comptent seulement 17% de femmes journalistes en moyenne. C’est le constat alarmant dressé par l’association Femmes journalistes de sport dans son dernier rapport, publié le 2 juin. Le journalisme sportif ne fait toujours pas de place aux femmes.
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Un quart des rédactions ne comptent aucune femme dans leurs effectifs
En 2022, l’association menait une première étude afin de faire un état des lieux de la féminisation au sein des rédactions sportives françaises. Sandy Montañola, enseignante-chercheuse au laboratoire CNRS Arènes (Université Rennes) en charge de l’étude, a évalué que la part des femmes dans les rédactions sportives était alors de 15 % . La féminisation de la profession ne décolle pas.
Trois ans plus tard, « quelques employeurs concentrent une part importante des femmes du secteur puisque 54 rédactions de moins de 50 journalistes embauchent moins de femmes que deux des plus gros médias. Les grandes rédactions ne sont pas, pour autant, structurellement plus féminisées. », détaille le rapport. Pire : « Parmi les rédactions recensées, près d’un quart ne comptent toujours aucune femme dans leurs effectifs », soit 16 des 65 rédactions étudiées, et près de 2 000 journalistes, par Sandy Montañola. « Un chiffre quasi identique à celui de 2022 », s’indigne le collectif.
Des femmes journalistes précaires
Pourtant, en 2023, 61 rédactions nationales et régionales signaient une « charte pour une plus grande égalité femmes-hommes dans les rédactions sportives ». Mais les efforts n’ont pas été investis pour concrétiser cet engagement. Pour réaliser son état des lieux, l’association révèle d’ailleurs que « la collecte des données a nécessité près de sept mois de travail car plusieurs directions ont refusé de transmettre leurs chiffres ».
Le collectif regrette que « cette évolution reste très en deçà de la féminisation de l’ensemble de la profession, où près d’une journaliste sur deux est une femme », soit 48,6 % de femmes en 2025 selon les données de la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels. Malgré une vague de recrutement lors des Jeux Olympiques de 2024, les effectifs ont ensuite été réduits. « Bien souvent ce sont des femmes pigistes ou sur des emplois précaires qui n’ont pas été renouvelées », précise la journaliste Mejdaline Mhiri, coprésidente et cofondatrice de l’association Femmes journalistes de sport, lors d’une conférence de presse qui s’est tenue le 2 juin.
« À leur entrée dans la profession, les données démontrent que les recrutements de femmes concernent encore fréquemment des emplois précaires (piges, alternances, temps partiels) », détaille le rapport. Le parcours des femmes journalistes de sport est entravé dès leurs débuts. Mejdaline Mhiri déplore que les rares journalistes sportives qui s’imposent à l’écran dans les médias télévisés soient enfermées dans une norme physique, qu’elle résume comme « jeunes, blanches, blondes ». Mais, même une fois un pied à l’intérieur, il reste difficile pour les professionnelles de s’imposer au sein des rédactions. « L’accès aux responsabilités ou aux fonctions les plus reconnues est rare pour les femmes », souligne le rapport.
« Quel est alors le degré de motivation à faire évoluer la situation si prendre conscience des écarts constitue déjà un défi ? », interpelle l’association Femmes journalistes de sport pour conclure cet état des lieux alarmant.
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