Le gouvernement brandit la menace de l’horloge biologique au lieu de créer les conditions économiques, écologiques, sociales et féministes favorables à la natalité.
Culpabilisante pour les femmes, hors sol, antiféministe… les critiques ne manquent pas pour accueillir la principale annonce du gouvernement pour relancer la natalité. Le « plan contre l’infertilité » dévoilé jeudi 5 février comporte une mesure phare : un courrier adressé à la fin de l’été, aux Français·es âgés de 29 ans. La lettre commencera ainsi : « Il est temps de réfléchir au projet ou non d’avoir un enfant »…
Le gouvernement dit vouloir sensibiliser aux problèmes d’infertilité qui toucheraient 3 millions de Français·es. La lettre proposera une consultation aux personnes qui sont concernées et incitera les autres à procréer vite.
Focus sur l’infertilité vs les freins économiques, environnementaux et sociaux
La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a ainsi présenté ce plan en 16 points : le « lancement immédiat de mesures concrètes et trop longtemps attendues »… Le chef de l’État, Emmanuel Macron avait en effet promis un tel plan, depuis 2022 lorsque le gouvernement de l’époque avait commandé un rapport sur le sujet. Une idée qu’il a répétée plusieurs fois sur l’air martial de « réarmement démographique », sans intégrer à son plan les attentes féministes qui ont pourtant été explicitées à chaque déclaration présidentielle.
Mais les « mesures concrètes » sont assez faméliques. Le gouvernement persiste à se focaliser sur les seuls problèmes d’infertilité liés aux grossesses tardives. Au passage, il ne s’intéresse pas aux causes environnementales de l’infertilité (pesticides, perturbateurs endocriniens). Le plan veut faciliter la congélation d’ovocytes et améliorer la prise en charge du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). Il se focalise sur le fait que les femmes attendent trop pour faire des enfants. Ce que Stéphanie Rist explique ainsi : « ce qu’il faut éviter c’est continuer à entendre ‘Si j’avais su’ »
Un plan qui culpabilise les femmes
Dans une tribune publiée dans le Monde, Brigitte Gresy, ancienne présidente du HCE et Micheline Misrahi-Abadou, Professeure à la faculté de médecine de l’université Paris-Saclay expliquent à nouveau que : « Le “réarmement démographique” ne peut se construire contre les femmes ». Selon elles, le discours du gouvernement « culpabilise quasi exclusivement les femmes en opérant une sorte de glissement normatif fondé sur une triple injonction » « Injonction temporelle » avec la menace de l’horloge biologique. « Injonction morale » : ne pas regretter, plus tard, d’avoir privilégié sa carrière. « Injonction identitaire» : « devenir mère serait l’accomplissement naturel de toute femme »
Le quotidien britannique « The Independent » qualifie la mesure d’autoritaire. « Une lettre pour dire aux Françaises de faire des enfants à 29 ans, non mais ça va pas ? » demande le journal dans un titre traduit par Courrier International. La journaliste trentenaire Lydia Spencer-Elliott reproche au gouvernement français de se focaliser sur les femmes « au lieu de s’attaquer aux freins économiques à la parentalité »… « Reformulons : s’il y a un truc qui cloche, c’est vous. » écrit-elle.
Contre l’émancipation socio-économique des femmes
Quant à « éviter le ‘si j’avais su’ », la journaliste ironise : « L’argument est risible – croyez-moi, aucune femme n’a jamais eu le loisir d’oublier la menace de mise au rancart définitive de ses ovaires si elle n’a pas eu son mioche avant ses 30 ans. »
En Angleterre aussi, elle demande comment les couples peuvent envisager d’avoir des enfants s’ils ne sont pas sûrs de subvenir à leurs besoins et note qu’il se trouve toujours des esprits mal tournés pour déplorer une baisse de natalité « à cause de “l’émancipation socio-économique des femmes” et de l’effet de “moyens de contraception fiables”. Dieu nous préserve de l’émancipation et de la contraception ! » ironise-t-elle à nouveau.
Comme les féministes françaises, elle en appelle à des politiques qui ne font pas reposer la natalité sur les sacrifices demandés aux femmes : « Franchement, mêlez-vous de vos oignons. Mettez donc l’argent dans les vrais problèmes : prise en charge de la santé des femmes, logements abordables, solutions de garde, salaires qui suivent l’inflation –, mais laissez tomber les rappels à l’ordre par la Poste. »
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