Si la gouvernance des entreprises respecte les quotas de femmes fixés par la loi, le pouvoir reste aux hommes. Entre sièges ajoutés et fonctions support, les femmes demeurent trop souvent à la périphérie des décisions stratégiques.
L’édition 2026 du Baromètre IFA (Institut Français des Administrateurs) – Ethics & Boards de la mixité dans les instances dirigeantes commence par un satisfecit. Grâce à la loi Copé-Zimmermann de 2011 et à la loi Rixain de 2021, la mixité dans les instancs dirigeantes avance.
La féminisation des conseils d’administration (où se décide la stratégie) a fait un bond en 15 ans de régulation. En 2025, les femmes occupent 47,7 % des sièges dans les conseils d’administration du CAC 40 (les 40 premières capitalisations boursières) contre 15,3 en 2010. 46,6 % dans le SBF 120 contre 12,5 % en 2010.
Et dans les exécutifs, à partir du 1er mars 2026, la plupart des entreprises devraient être conformes à la loi Rixain avec 30 % de femmes dans leurs comités exécutifs/ comités de direction (Comex, Codir).
Un plafond de verre déplacé
Mais l’évolution observée ne respire pas la bonne volonté. Les entreprises se limitent au strict respect de la loi… en adoptant des stratégies de contournement.
Denis Terrien, Président de l’IFA, et Floriane de Saint Pierre, Présidente d’Ethics & Boards, commentent ainsi les bons chiffres : « Cette réussite révèle toutefois, par contraste, un plafond de verre qui ne s’est pas brisé : il s’est déplacé. Il ne se situe plus à l’entrée des conseils, mais au sommet des fonctions de responsabilité, qu’elles relèvent du contrôle ou de l’exécutif, avec seulement 13,3 % de femmes Présidentes de conseil et 10 % de femmes Directrices générales » [dans le SBF 120]
Les femmes ne représentent que 7,5 % des 80 postes de président ou directeur général du CAC 40. Aucune ne cumule les deux fonctions.
La stratégie du siège en plus
Cela a déjà été observé dans d’autres études, le pourcentage de femmes augmente, sans que le nombre d’hommes ne baisse. Les organes de direction ont ajouté quelques sièges ou plutôt quelques strapontins dans leurs instances pour respecter les quotas, sans se séparer des hommes qui tiennent fermement le pouvoir de décision.
Lire : Mixité au CAC40 ? Davantage de femmes, pas moins d’hommes au sommet
Le bastion des fonctions opérationnelles
Car les femmes ne sont pas aux postes les plus stratégiques. 70 % de celles qui siègent au Comex occupent des fonctions support (Ressources humaines, communication, Responsabilité sociale…) tandis que les hommes gardent les postes de pilotage de la rentabilité (P&L), qui sont aussi des rampes de lancement vers la direction générale. Près de 60 % des hommes au sein des comités exécutifs/ comités de direction occupent ces fonctions opérationnelles.
Des stratégies de contournement qui rappellent le « chemin de croix » qu’avait dû emprunter Marie-Jo Zimmerman pour que sa loi ne soit pas vidée de son contenu.
Lire : Quotas de femmes dans les conseils d’administration : c’est voté au Sénat!

