L’homme suspecté d’avoir enlevé ses deux enfants et tué son ex-compagne et sa compagne actuelle a été arrêté. Qualifier son geste de « terrorisme masculiniste » permettrait de prévenir d’autres crimes.
Il était recherché depuis cinq jours. Cédric Prizzon, soupçonné d’être impliqué dans la disparition de son ex-femme et de leur fils de 12 ans, de sa compagne actuelle et de leur bébé d’un an, a été interpelé le 25 mars au Portugal. Les deux femmes ont été tuées. Les deux enfants sont en vie.
Depuis la disparition de ces Aveyronnais, les médias racontent une histoire d’un père, déjà condamné pour des actes de violence, qui veut la garde de ses enfants. France 3 Régions va même jusqu’à écrire à la fin d’un article qui laissait pourtant peu de place à l’amour : « L’amour d’un père pour son fils l’a-t-il conduit à commettre des actes irréparables ? »
D’ « enlèvement et séquestration » à « terrorisme masculiniste »
Côté justice, une enquête a d’abord été ouverte pour « enlèvement et séquestration » par le parquet de Rodez. Puis le pôle criminel de Montpellier, compétent dans les dossiers complexes, a pris le relais.
Mais ce traitement médiatique et judiciaire est très loin de rendre compte de la gravité de la situation.
Stéphanie Lamy, chercheuse, autrice de « La Terreur Masculiniste », a lancé une pétition pour que le Parquet National Antiterroriste (PNAT) soit saisi. Car c’est bien une situation de terrorisme masculiniste qui a conduit à ce crime.
Les signes d’une radicalisation masculiniste
Si les antécédents de Cédric Prizzon avaient été considérés pour ce qu’ils sont, du « terrorisme masculiniste », des mesures de prévention auraient peut-être pu être prises. Mais « à aucun moment — ou presque — le lien entre cette affaire atroce et la radicalisation masculiniste de l’auteur présumé n’est mis en lumière » écrit Stéphanie Lamy sur linked In.
Pourtant, la lecture des articles qui évoquent le passé de Cédric Prizzon laisse peu de place au doute. Si beaucoup de journaux le dépeignent avant tout comme un ancien policier de 42 ans, ancien joueur de rugby, ils retracent aussi ce qui devrait être qualifié de radicalisation masculiniste.
« je vais foutre le bordel au niveau national »
L’article de France 3 Régions cité plus haut commence par la description d’un homme au lourd passé judiciaire qui brandit des menaces : «« J’ai encore eu des messages de papas qui n’ont pas vu leur enfant depuis un an et demi. C’est une honte. S’il le faut, je vais foutre le bordel au niveau national ». Cédric Prizzon a été condamné à six mois de prison avec sursis en 2021 pour violences conjugales à l’encontre de son ancienne compagne, puis en 2022 pour non-représentation d’enfant et harcèlement sur ex-conjoint. L’ancien policier de 42 ans a fait des réseaux sociaux son lieu de justice. »
Il conteste une garde alternée, crie à l’injustice sur les réseaux sociaux, part en cavale en enlevant son fils. Il publie des vidéos où il dénonce « une justice corrompue », il est très actif sur le site de « Papa en colère » et traite son ex-femme et sa famille « psychopathes ». Sur sa chaîne Youtube, il demande à ses followers de partager ses accusations, « pour mon fils ».
Apologie de la violence envers les femmes et la justice
Avec ses amis de papa en colère, il a mené plusieurs actions spectaculaires. Ces hommes se victimisent et mettent en accusation la justice et les femmes. « Les faits dont cet homme est soupçonné s’inscrivent dans une dynamique de radicalisation documentée, nourrie par des discours publics violents, faisant l’apologie de la violence à l’égard des femmes et de la justice qu’ils estiment “féminisée”, donc, selon eux, illégitime » explique Stéphanie Lamy dans la pétition.
Cédric Prizzon annonce vouloir « foutre le bordel au niveau national ». « Cette déclaration est explicite. Elle exprime une volonté assumée de porter atteinte à l’ordre public, au nom d’un groupe d’hommes se présentant comme déchus de leurs droits. » écrit encore Stéphanie Lamy.
Saisir le Parquet National Antiterroriste
C’est pourquoi, même s’il est malheureusement trop tard pour les deux femmes assassinées, « nous exigeons que le Parquet National Antiterroriste se saisisse de cette affaire. Cela permettrait de mobiliser des moyens d’enquête capables de remonter les réseaux de radicalisation, d’identifier les soutiens actifs, de documenter les dynamiques de propagande et de prévenir d’éventuels passages à l’acte futurs suscités par ce milieu radical. »
Face à ce terrorisme la justice n’est pas encore outillée. Dans un seul cas connu, le PNAT, en étant saisi, a permis de qualifié un projet d’attentat masculiniste de « terroriste ». C’était à Saint-Etienne, en juillet 2025 (lire : Attentat masculiniste déjoué à Saint-Etienne ) Mais l’affaire s’inscrivait dans la mouvance Incel, pas dans ce qui relève de la violence conjugale encore trop souvent considérée comme une affaire privée.
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