Patrick Bruel fait l’objet de plusieurs enquêtes judiciaires à la suite d’accusations de violences sexuelles. Au-delà des faits, le traitement médiatique de ces accusations révèle la persistance de mythes tenaces autour du viol.
Patrick Bruel le célèbre chanteur et acteur français de 66 ans fait l’objet de plusieurs enquêtes judiciaires à la suite d’accusations de violences sexuelles. A ce stade, la présomption d’innocence du chanteur, doit être respectée, là n’est pas la question. En revanche, le récit médiatique qui est fait de cette affaire va impacter durablement l’idée que les hommes et les femmes se font du viol.
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Car ce qui revient souvent quand une star de l’épaisseur de Bruel est accusée de violences sexuelles est cette sorte de parole d’autorité que des « avis autorisés » expriment dans les médias : « Patrick Bruel n’a pas besoin de violer »…
Cette phrase avait déjà été prononcée par Brigitte Bardot en 2019, alors que Patrick Bruel faisait l’objet d’enquêtes pour « exhibition sexuelle » et « harcèlement sexuel » suite aux témoignages de plusieurs masseuses. Et cette phase tourne à chaque nouvelle accusation.
Anny Duperey a même poussé l’inversion de culpabilité un cran plus loin si c’était possible, en déclarant, fin mars sur la chaîne YouTube ABC Talk TV : « … c’est lui qui aurait pu porter plainte pour agression sexuelle, avec les filles qui se jetaient sur lui comme ça. » Et cette phrase a même été reprise sans distance, sous forme de titre, dans le figaro notamment. Ce qui avait suscité nombre d’indignations.
Violer n’est pas un besoin
Mais revenons à « Patrick Bruel n’a pas besoin de violer ». Premier message subliminal à combattre : violer serait un besoin. Le mythe de la sexualité masculine relevant d’un besoin physiologique perdure. Pourtant, cette notion de « besoin sexuel » masculin présenté comme nécessité irrépressible est fausse. On ne meurt pas d’absence de rapports sexuels. C’est pourtant simple. Comme l’a souvent dit et écrit de façon explicite la romancière et chroniqueuse féministe Isabelle Alonso : on n’a jamais vu un testicule exploser
Mais en transformant un désir en besoin, la violence des hommes devient excusable. Bruel n’a pas « besoin de violer », les autres oui.
La célébrité, un totem d’immunité ?
À ce premier mythe s’en ajoute un deuxième tout aussi problématique. Etre un « séducteur » serait une immunité. Il suffirait d’être une personnalité socialement valorisée pour invalider une accusation criminelle. Au nom de quoi, un homme célèbre ou séduisant ne serait-il pas un prédateur sexuel ou un violeur ? Ce mythe produit une distinction implicite entre les hommes beaux, célèbres, désirables : ceux qui « n’ont pas besoin » et les moins chanceux pour qui le viol deviendrait presque explicable. C’est une manière de protéger les hommes puissants tout en renforçant le stéréotype du « vrai violeur ».
Or la réalité est toute autre : il n’y a pas de profil type de violeur. La plupart des violences sexuelles sont commises par des hommes intégrés socialement qui ne semblent a priori pas avoir « besoin ».
Enfin, une nouvelle fois cette phrase discrédite d’emblée la parole des femmes concernées.
Boycott
Face à ce discours médiatique, une pétition réclamant l’annulation de la tournée de Patrick Bruel, prévue à partir de mi-juin, initiée par le collectif Salon Féministe (basé à Salon de Provence, où doit se produire le chanteur le 4 juillet prochain) réunit une cinquantaine d’organisations féministes et de personnalités comme Anna Mouglalis, Corinne Masiero ou encore Anouk Grinberg.
Une façon de faire reculer les mythes tenaces qui encouragent le viol. Non, la célébrité n’empêche pas de commettre des violences sexuelles, elle n’immunise pas contre le fait d’être un violeur. Encore fut-il que les organisations féministes soient entendues au milieu du brouhaha qui déculpabilise.

