Des jeunes femmes étranglées ou bâillonnées sous l’effet de la banalisation du porno. Des femmes qui s’ennuient ou simulent. Selon une récente étude, le sexe n’est pas très joyeux en France
« Le sexe violent s’impose comme norme sexuelle juvénile » écrivent les auteurs de la Radioscopie des pratiques sexuelles des Français.es réalisée par l’Ifop pour JOYclub*. Derrière l’expression « sexe violent », les résultats de l’enquête présentent d’abord ces données : 71% des Françaises de 20-29 ans déclarent avoir déjà reçu une fessée d’un.e partenaire et 61% s’être déjà fait gifler, fesser, griffer, mordre ou tirer les cheveux. 44% des jeunes femmes de moins de 35 ans déclarent avoir déjà été attachées avec des cordes ou des menottes. Et ce dernier chiffre effrayant : 37% ont déjà été étranglées ou bâillonnées par leur partenaire. Etranglées ou bâillonnées ! Cette pratique semble s’étendre, l’étude parle de « banalisation de l’étranglement comme ‘jeu sexuel ordinaire’ » chez les plus jeunes.
Quand le porno dicte les standards
Pour l’Ifop, l’origine de cette violence décomplexée ne fait aucun doute : « L’essor de ces pratiques dans la génération qui a grandi avec un accès illimité au porno n’est sans doute pas une coïncidence : socialisée à la sexualité par des contenus X où l’étranglement, la fessée et l’humiliation étaient des scènes obligées, elle intègre ces gestes comme des marqueurs ordinaires de l’acte sexuel. »
Pire, « les jeunes femmes des années 2020 héritent d’un modèle sexuel où la « performance » sexuelle passe désormais par l’acceptation de gestes douloureux. » Plus directement, Laurence Rossignol, Sénatrice socialiste, partage le constat sur les réseaux sociaux et demande : « C’est la conséquence de l’envahissement du porno et de ses standards de pratiques sexuelles. On attend une mort pour fermer leurs sites ? C’est une question majeure de santé publique. »
Un phallocentrisme persistant
Le reste de l’enquête fait apparaître une violence plus sourde, celle du plaisir masculin égoïste et des femmes qui s’ennuient, voire souffrent en silence. Des femmes implicitement présentées comme coupables de ce qui leur arrive.
En dépit d’une volonté affichée de réaliser une étude « qui pose la question d’un meilleur ajustement des pratiques au plaisir féminin », le vocabulaire employé pose question. Dans le compte rendu, les femmes « admettent » simuler, ce qui devient parfois « avouent » simuler. Comme si elles devaient en avoir honte. Le jour où on dira que les femmes « déplorent devoir simuler pour avoir la paix» ou « ne veulent plus simuler» les mentalités auront évolué. Et le niveau de conditionnement des femmes pour faire passer le plaisir des hommes avant tout aura baissé.
L’« orgasm gap » se creuse
Et le chantier est immense : « L’ennui sexuel féminin en forte hausse »… « la proportion de Françaises admettant s’ennuyer lors de leurs ébats atteint 56% en 2026, contre 36% il y a trente ans (1996), et les femmes qui s’ennuient régulièrement au lit (29%) sont deux fois plus nombreuses que les hommes (16%) » résume l’étude qui parle d’ « orgasm gap ».
Et c’est encore pire chez les jeunes : « chez les moins de 35 ans, les femmes jouissant à chaque rapport (33%) sont deux fois moins nombreuses que les hommes du même âge (75%). »
Pendant ce temps, les hommes continuent de se persuader que tout va bien. « 57% des Françaises âgées de 18-69 ans ont déjà simulé un orgasme en 2026, soit quasiment deux fois plus qu’il y a trente ans (32% en 1998), et 32% seulement des hommes se rendent compte qu’une partenaire simule, contre 59% de femmes qui avouent l’avoir fait. Les hommes surestiment la durée de leurs rapports de près de 4 minutes : ils évaluent en moyenne la durée de leur dernier rapport à 18 minutes, contre 14 minutes 30 selon leurs partenaires, signe d’une performance sexuelle plus fantasmée que vécue » compte le rapport
Une fausse réciprocité
L’étude passe ensuite en revue quelques positions… et, sans surprise, les plus pratiquées sont celles qui plaisent le plus aux hommes.
Concernant le sexe oral, l’étude pose la question d’une « fausse réciprocité ? » et donne la réponse : « Dans le détail, 51% des hommes déclarent se faire faire « souvent » une fellation par leur partenaire, contre seulement 33% des femmes qui déclarent se faire faire « souvent » un cunnilingus. »
Toutes seules !
L’unique note d’optimisme du rapport réside dans l’usage des sextoys, qui permettraient aux femmes de trouver davantage de satisfaction que dans leurs relations hétérosexuelles. Un constat un brin désespérant.
Osons le parallèle avec la répartition du travail domestique : lorsque l’écart global de temps de corvées se resserre, ce n’est pas parce que les hommes s’investissent plus, c’est parce que les femmes, en font moins. Au lit, le constat semble similaire : à défaut d’un partage réel du plaisir, les femmes se débrouillent seules.
*réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 6 au 9 mars 2026 auprès d’un échantillon de 2 210 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus résidant en France métropolitaine. 1 050 hommes et 1 160 femmes.
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