Après la défaite de l’équipe de France en demi-finale de la Coupe du monde de football face à l’Espagne, le sélectionneur a fustigé l’arbitrage à demi-mot. Pour esquiver les critiques, il a pioché dans le registre sexiste sans que cela ne choque grand monde.
« Je ne veux pas passer pour une pleureuse parce qu’on a perdu, mais je souhaite poser une question : l’arbitre avait-il le niveau requis pour diriger une demi-finale de Coupe du monde ? » a déclaré Didier Deschamps en conférence de presse après l’élimination des Bleus. Le sélectionneur national avait déjà employé cette même expression, « je ne veux pas passer pour une pleureuse », lors de ses interviews à chaud au coup de sifflet final.
Sexisme « ordinaire » invisible
Dans les médias qui analysent les propos du sélectionneur, ce concentré de sexisme ordinaire passe inaperçu. Seule sa critique de l’arbitrage est décortiquée en longueur par la presse et les réseaux sociaux. Ce silence assourdissant en dit long sur la tolérance de notre société au sexisme.
Pour trouver une voix dissonante, il faut aller sur LinkedIn. C’est là que Yoann Lavabre, directeur de théâtre, a sorti un « carton rouge » : « Mais son sexisme aussi ordinaire que lamentable, on en parle ? Pourquoi « une pleureuse » ? Les hommes, les vrais, ça ne pleure pas, c’est ça ? C’est réservé aux femmes de pleurer ? » demande-t-il.
Sous sa publication, la majorité des commentaires se concentre à nouveau sur la qualité de l’arbitrage. Mais on y trouve aussi l’inévitable contradicteur antiféministe qui, dans une longue tirade, reproche à l’auteur de « traquer le sexisme jusque dans la moindre expression populaire » avant de dérouler le refrain habituel sur les « vrais combats à mener ».
Ne rien laisser passer
Pourquoi dépense-t-il autant d’énergie à expliquer aux féministes qu’elles se trompent de combat ? À cette question, pas de réponse, si ce n’est un classique renversement de culpabilité : « vous desservez votre cause ». Justement non !
Didier Deschamps aurait pu dire : « je ne veux pas passer pour un mauvais perdant » ou « pour un minable ». Il préfère choisir une figure féminine comme contre-modèle. Dans cette logique, ce qui est dévalorisé est associé au féminin : être une « pleureuse », c’est être faible, geignard ou immature. En utilisant ce vocabulaire, le sélectionneur des Bleus conforte des stéréotypes de sexe qui constituent le premier maillon, indispensable, du continuum des violences sexistes et sexuelles. Pour sortir de ces stéréotypes, il s’agit précisément de ne rien laisser passer.

