Alors que le gouvernement s’inquiète de la baisse de la natalité, le Haut Conseil à l’Égalité l’invite plutôt à questionner la prise en charge de la parentalité, et plus précisément le coût de la « pénibilité maternelle ». Devenir mère reste un frein important dans la trajectoire professionnelle et économique des femmes.

Après le plafond de verre, le Haut Conseil à l’Égalité (HCE) cible le « plafond de mère ». « Celui-ci apparaît lorsque la maternité, réelle, supposée ou simplement anticipée, devient un critère implicite d’évaluation des salariées », définit l’instance dans une nouvelle étude, publiée mercredi 9 septembre. Le titre : « Du plancher collant au plafond de mère ». Ses conclusions sont sans appel : « La maternité demeure l’un des principaux facteurs de persistance des inégalités économiques entre les femmes et les hommes »
Le coût de la pénibilité maternelle
L’impact socio-économique de la maternité est large. Le HCE observe que cela « affecte les revenus, les perspectives de carrière, les conditions d’emploi, mais aussi l’autonomie financière des femmes ». Ça ne s’arrête pas là. « La pénalité maternelle représente un coût collectif : elle réduit la participation des femmes au marché du travail, limite la valorisation de leurs compétences, diminue les recettes fiscales et sociales et accroît les risques de précarité ». Le HCE parle même de « point de bascule ». À la naissance d’un enfant, le revenu salarial des mères chute de 40%. Cela peut même grimper jusqu’à 70% pour les mères les moins diplômées. À titre de comparaison, le revenu des pères reste pour la majorité inchangé.
Le rapport l’explique notamment par le sacrifice du revenu le moins élevé du ménage. Les femmes représentent 77,5 % des salarié·es à temps partiel. En 2024, 26,7 % des femmes salariées travaillent à temps partiel, contre 7,9 % des hommes. 31 % des mères n’occupent pas un emploi à temps plein pour des raisons liées aux enfants, contre 5 % des pères. Ces inégalités dégradent l’ensemble de la trajectoire économique des femmes… jusqu’à la retraite. En 2023, la pension brute mensuelle de droit direct des femmes est de 1306 euros en moyenne, contre 2089 euros pour les hommes. Soit un écart de 37,5%.
Résultat, les inégalités se renforcent et stagnent. « Les femmes consacrent toujours davantage de temps que les hommes aux activités liées aux enfants, à l’organisation du foyer et au travail domestique », note le rapport.
Rééquilibrer l’organisation sociale de la parentalité
Avec ce nouveau rapport, le HCE « ne questionne pas la maternité comme choix intime », il « interroge un fait politique ». En effet, « ce n’est pas la maternité qui produit les inégalités, mais l’organisation sociale de la parentalité », soutient l’instance.
Il faut dire qu’ « avant même l’arrivée du premier enfant, la pénalité maternelle frappe les femmes dans leur carrière autant que dans leur vie sociale et personnelle », déplore Bérangère Couillard, présidente du Haut Conseil à l’Égalité. « Notre société doit évoluer pour permettre aux femmes de briser ce plafond de mère et pouvoir avoir les mêmes chances et les mêmes opportunités dans leur vie, sans devoir renoncer à la maternité », insiste-t-elle.
« Ces inégalités ne naissent pas avec l’enfant, précise le rapport, avant de détailler : elles s’inscrivent dans des trajectoires déjà marquées par la socialisation genrée, l’orientation différenciée, la ségrégation professionnelle, les écarts de rémunération, la précarité, le temps partiel et l’assignation au care ». Le HCE cible ainsi « une société patriarcale, sexiste et hétéronormative ».
Faire de la parentalité « une responsabilité collective »
En 2024, Emmanuel Macron s’inquiétait de la baisse de natalité dans le pays et prônait un « réarmement démographique ». Depuis, plusieurs mesures ont été annoncées. Dont l’envoi d’un courrier adressé aux Français·es âgés de 29 ans afin de les sensibiliser aux problèmes d’infertilité.
Le gouvernement brandit la menace de l’horloge biologique au lieu de créer les conditions économiques, écologiques, sociales et féministes favorables à la natalité ou encore d’investir pour répondre à la crise du secteur de la petite enfance. « Maintenir les femmes dans l’emploi, sécuriser leurs parcours, reconnaître le travail de soin et organiser un partage réel de la parentalité ne relève pas seulement de la justice sociale : c’est une condition de soutenabilité pour l’ensemble de la société », insiste le rapport.
Le HCE formule 45 recommandations pour prendre le mal à la racine. Dont l’obligation pour les entreprises de plus de 50 salarié·es d’établir un suivi des trajectoires professionnelles des mères au retour du congé maternité, puis 3 ans et 10 ans après une naissance. Pour parvenir à une réelle égalité, le HCE estime également nécessaire un « mois solo du second parent », une fois que la mère ayant accouché a repris le travail. « Les congés liés à la naissance jouent un rôle décisif dans la répartition initiale des responsabilités parentales », juge le HCE. Or, le congé paternité, allongé à 28 jours au total, continue d’être majoritairement pris simultanément à celui de la mère- quand il n’est pas utilisé pour regarder le foot ! Face à ces obstacles persistants, le HCE appelle à faire de la parentalité « une responsabilité collective ».
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