World With Women a tenu ses promesses : rassembler les femmes pour qu’elles cessent de porter le monde sur leurs épaules sans participer aux décisions qui engagent son avenir. La suite du mouvement reste à écrire.

Mardi 13 octobre, place de la Bataille-de-Stalingrad, dans l’Est parisien, le mouvement World With Women a tenu bon. Dans une ambiance festive, près de 5 000 femmes, accompagnées de quelques hommes, ont chanté, dansé, mais aussi parfois pleuré. Ou observé avec gravité une minute de silence en soutien aux femmes qui n’avaient pas eu la possibilité de s’arrêter, pour montrer que « quand les femmes s’arrêtent, le monde s’arrête. Quand elles s’unissent, le monde se transforme ».
Car c’était bien l’objectif de cette manifestation imaginée il y a plus d’un an par Marie Eloy, cofondatrice du mouvement. Selon les chiffres avancés par les organisatrices, outre près de 5 000 personnes rassemblées à Paris, la mobilisation s’est déployée dans 34 villes françaises et 24 pays. Un bon début dans le contexte actuel.
Unité
World With Women a réussi à garder le cap au milieu d’une actualité bousculée. Les mouvements lycéens, que le collectif de femmes soutient, avaient nécessité un changement de lieu à Paris, de la place de la Bastille à Stalingrad. Et le vote de la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles -historique ! – captait l’attention des médias.
Mais justement, beaucoup de membres de la coalition féministe qui a préparé cette loi étaient sur place, à la tribune ou dans la foule, pour s’associer à ce « mouvement mondial pour que la mixité femmes-hommes soit une réalité maintenant ». Comme Anne-Cécile Mailfert, qui a rappelé qu’il fallait d’intenses mobilisations pour faire avancer une cause juste, et que la bataille n’est jamais terminée.
« Pas des citoyennes de seconde zone »
Sur scène, les prises de parole ont alterné avec des performances artistiques. Les personnalités engagées pour l’égalité femmes-hommes étaient nombreuses. L’ancienne ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Élisabeth Moreno, qui a aussi fait découvrir ses talents de danseuse, a résumé l’enjeu : « Ce que nous voulons, c’est rappeler que les femmes ne sont pas des citoyennes de seconde zone. »
Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a également pris la parole lors de la manifestation.
De l’Islande au monde
World With Women s’inspire d’une mobilisation historique organisée en Islande le 24 octobre 1975. Près de 90% des Islandaises avaient cessé de travailler et stoppé les tâches domestiques pour montrer le rôle indispensable des femmes dans le fonctionnement du pays. Elles réclamaient un meilleur partage du travail (rémunéré et domestique) et, pour elles, des responsabilités politiques et économiques à la hauteur.
Aline Bonnet, cofondatrice de World With Women , le raconte avec malice : le 24 octobre 1975, « les hommes ont dû quitter les usines pour gérer les enfants et les repas. Les saucisses, faciles à préparer, se sont retrouvées en rupture de stock dans certains magasins ».
En 1976, une première loi générale sur l’égalité hommes-femmes a été votée en Islande. Et, en 1980, Vigdís Finnbogadóttir est devenue la première femme élue démocratiquement à la présidence d’un pays. Depuis quelques années, l’Islande a la réputation d’être parmi les pays les plus heureux et les plus féministes au monde.
Alors, World With Women ne va pas s’arrêter là. « Ce n’est que le début. Parce que la mixité n’est pas une option. Elle est la condition pour répondre aux crises multiples. » rappelle le mouvement.
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