Si l’on cherche les femmes dans les palmarès des différentes sélections du festival de Cannes 2015, on trouvera peu de réalisatrices, mais des actrices et personnages féminins forts. De Sicario à Mustang en passant par Carol. Et même dans la Palme d’or Dheepan.

Photo : Mustang, de la cinéaste franco-turque Deniz Gamze Ergüven, lauréat du Label Europa Cinémas de la Quinzaine des réalisateurs
Le cru 2015 du Festival de Cannes a mécontenté : mauvaise qualité des films en compétition, grands absents au palmarès, films français trop gâtés par le jury. Mais pourtant de beaux films étaient présents, pas forcément là où on les attendait, et surtout, de grands personnages féminins.
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Même Jacques Audiard, Palme d’or avec Dheepan, a prévu une héroïne au côté de son héros, présente même si elle n’est pas centrale. Le réalisateur y est allé de sa petite phrase après avoir reçu sa Palme : « La fin du film est un happy ending parce que lui accepte son désir à elle. J’aimais bien cette acceptation par l’homme du désir de la femme. »
Plus significatif est le prix d’interprétation à Emmanuelle Bercot en femme aimée et malmenée qui réussit à se défaire de l’emprise de son mari. Récompensée pour son rôle de Tony (tiens, un prénom masculin) dans Mon roi (notre critique ici), elle a souligné qu’elle n’était qu’« une actrice inconnue de 46 ans » et que la réalisatrice Maïwenn aurait pu choisir une star.
Par excès de (fausse ?) modestie, Emmanuelle Bercot avoua même se sentir plus légère de partager son prix ex aequo avec l’américaine Rooney Mara, jeune amante de Cate Blanchett dans Carol : ou comment vivre son homosexualité dans les années 50 à New York. Le film de Todd Haynes, a, en toute logique, remporté la Queer Palm qui récompense chaque année « le film traitant le mieux des questions homosexuelles, bisexuelles ou transgenres ».
Quant au cinéaste chinois Hou Hsiao Hsien (prix de la mise en scène) son Assassin est une justicière solitaire. Cette beauté impassible et vengeresse est incarnée par l’actrice taïwanaise Shu Qi qui, en vingt ans de carrière, a déjà plus de soixante films à son actif.
Sicario de Denis Villeneuve n’a pas été primé, mais le québécois a lui aussi choisi une héroïne féminine (Emily Blunt, déjà guerrière dans Edge of tomorrow). Le réalisateur a raconté à sa conférence de presse qu’il avait dû batailler contre les financiers pour imposer une femme dans ce rôle de jeune agente du FBI malmenée dans un monde masculin.
Autre héroïne, mais de la vie réelle, Agnès Varda (Voir : L’optimisme selon Varda), a surnommé son prix, en le recevant, « la palme de la résistance et de l’endurance ».
Dans les sections parallèles, le prix de Semaine de la critique est allé au réalisateur argentin de Paulina, Santiago Mitre, qui dresse le portrait d’une femme portée par ses idéaux victime d’un viol.
Prix de l’avenir, ex aequo, dans la sélection Un Certain Regard, Nahid de Ida Panahandeh est un premier film d’une réalisatrice iranienne, pays à la censure féroce où pourtant les femmes réussissent à prendre la caméra. Nahid suit la bataille d’une femme iranienne divorcée empêchée de se remarier par un chantage sur la garde de son fils unique.
Mais le plus réussi reste Mustang, de la cinéaste franco-turque Deniz Gamze Ergüven, lauréat du Label Europa Cinémas de la Quinzaine des réalisateurs. Cinq sœurs sont enfermées par leur oncle dans leur maison jusqu’à leurs mariages, souvent forcés, ou jusqu’à des issues encore plus tragiques. L’héroïne, Lale, n’a pas douze ans. On en reparlera à sa sortie le 17 juin.
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