… le président du club s’explique en prêchant le patriarcat, le pardon, de Gaulle, les valeurs du rugby… Mohamed Haouas, condamné à un an de prison ferme, avait été écarté par La FFR. Les supporters du club se révoltent.
Le Biarritz Olympique vient de recruter le pilier international Mohamed Haouas condamné fin mai, à douze mois de prison ferme, sans maintien en détention pour violence conjugale.
Quand la condamnation avait été prononcée, les instances du Rugby s’étaient montrées exemplaires. La Fédération française de rugby (FFR) qualifiait ce comportement d’« inadmissible » et « incompatible avec la représentation de notre nation au niveau international ». Le club de Clermont que le joueur devait rejoindre décidait de rompre, il « ne pourra pas porter, sur le terrain, les couleurs du club » écrivait-il.
Lire : L’affaire Mohamed Haouas et le maltraitement des victimes
Et… Patatras ! Vendredi 30 juin, le quotidien Sud-Ouest apprenait que le joueur avait été recruté par le Biarritz Olympique, qui avait signé avec Haouas pour les deux prochaines saisons.
Stupeur et avalanche de messages adressés au président du club, Louis-Vincent Gave. Lequel répond dans une lettre hallucinante envoyée aux abonnés du Biarritz Olympique et publiée sur le site du « think-tank » de son père, un club visiblement très masculin (la seule femme présente au bureau est la fille du président) et très conservateur.
Dans sa lettre, le président du club biarrot dit la messe. Il commence en imposant la figure du patriarche : « Étant moi-même mari de la même femme depuis 20 ans, père de quatre enfants (dont deux adolescentes) et fils de parents mariés eux-mêmes depuis cinquante-cinq ans, je suis intimement convaincu de l’importance du couple comme fondation même de notre société. Je comprends donc le désarroi de certains supporters. Mais je ne le partage pas. » Il enchaîne ensuite sur une autre « fondation de notre société » : « La notion la plus importante est celle du pardon », écrit-il avant de convoquer l’épouse de Mohamed Haouas, pour cautionner : elle lui aurait dit « Merci du fond du cœur de nous donner une chance de pouvoir faire un nouveau départ. » Il enchaîne avec « la parole du Christ » : « ne jugez pas si vous ne voulez pas être jugé ». Puis il convoque le général de Gaulle sans qu’on puisse trop comprendre où il veut en venir et raconte des histoires de fraternité rugbystiques… Ravages de l’eau bénite…
La lecture de cette lettre est distrayante mais au final, une fois de plus un homme violent avec sa femme est facilement pardonné, et bien sûr, le président prêcheur n’envoie aucun message enjoignant les hommes de cesser la violence envers les femmes.
Le co-président du directoire du Biarritz Olympique a fait un tweet de bienvenue au joueur dans la même veine.
Les supporters ont réagi vivement « La signature de Mohamed Haouas est l’apogée des insultes à nos valeurs » ont écrit les fans du groupe Miarritzeko Mutilak dans un communiqué . « Pour tous ceux qui se battent chaque jour contre les violences faites aux femmes, nous ne pouvons en aucun cas tolérer cette arrivée, même sous l’évocation de la Bible ou de n’importe quel autre livre religieux. Les faits pour lesquels il a été condamné sont totalement incompatibles et diamétralement opposés à nos valeurs. »
