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L’allongement du congé paternité revient dans le débat

par La rédaction
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Photo : Jennifer Rosenberg, via Wikimedia Commons

Alors que Najat Vallaud-Belkacem confirme les grandes lignes de la future réforme du congé parental, la délégation du Sénat aux droits des femmes relance l’idée d’un congé paternité plus long et obligatoire.


 

La ministre des Droits des femmes précise, dans Les Echos, sa vision de la réforme du congé parental. Cette réforme s’inscrira dans la loi cadre sur les droits des femmes qui sera présentée en mai.

On en connaissait déjà les grandes lignes (Lire : Une réforme du congé parental, dans la loi au printemps). Najat Vallaud-Belkacem vient surtout les confirmer. Elle entend que le congé soit mieux partagé entre les deux parents. « Par exemple en prévoyant qu’une période au minimum de six mois soit réservée au second parent, quand second parent il y a, bien entendu. » Une incitation financière est également envisagée pour convaincre les pères, qui ne représentent que 3,5% des bénéficiaires du congé parental : « On peut imaginer un mécanisme de bonification lors du partage du congé. » Quant à la réduction de la durée du congé (qui peut aller jusqu’à 3 ans aujourd’hui), « ce point n’est pas arbitré. Nous sommes en train d’élaborer des scénarios », répond la ministre.

L’objectif étant de faciliter le retour au travail des mères, Najat Vallaud-Belkacem « insiste sur le fait que cette réforme n’a de sens que si elle s’accompagne de construction de places de crèches et autres modes d’accueil adaptés aux besoins sur les territoires. » C’est dans quelques jours que la ministre de la Famille doit annoncer ses propositions dans ce sens. « C’est aussi l’exact complément de la réforme des rythmes scolaires, qui libérera le mercredi des mères », ajoute la ministre.

Congé paternité, l’autre piste

Mais cette réforme du congé parental s’accompagnera-t-elle d’une réforme du congé paternité ? Rien ne l’indique aujourd’hui. C’est pourtant le vœu de la délégation aux droits des femmes du Sénat. Elle formule cet appel, après de nombreuses consultations, ces derniers mois, consacrées à l’égalité professionnelle dans son rapport intitulé « Pour un nouvel âge de l’émancipation », publié jeudi 31 janvier.

Tout en défendant également la réforme du congé parental, la délégation relance cette proposition : « porter à quatre semaines la durée du congé de paternité et de le rendre obligatoire ».

Aujourd’hui, ce congé est de 11 jours – « un consensus s’est établi pour considérer ce délai comme trop court », souligne la délégation. Et il est facultatif – 69% des pères le prenaient en 2007.

La délégation propose en outre « d’encadrer juridiquement l’arrivée de l’enfant pour le père, comme cela existe à l’heure actuelle pour la femme enceinte (interdiction de licenciement, prise en charge d’un certain nombre d’absences pendant la maternité…). »

Des appels, déjà, en 2011 et 2012

Aujourd’hui oublié des pistes de réforme, l’allongement du congé paternité avait pourtant été de toutes les réflexions ces dernières années. La délégation s’appuie d’ailleurs sur le rapport remis il y a tout juste un an par Jérôme Ballarin : « Parité et égalité professionnelle, comment impliquer les hommes ? » (Lire : Paternité et travail : dix bonnes pratiques pour concilier). Le président de l’Observatoire de la parentalité en entreprise jugeait déjà indispensable de « faire grandir le congé de paternité » autant que le congé parental masculin. « Il faut allonger la durée du congé paternité à un mois, contre 10 jours actuellement », insistait-il.

De la même façon, en juin 2011, Brigitte Grésy avançait dans son rapport sur l’égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités professionnelles et familiales dans le monde du travail » l’idée d’un congé d’accueil de l’enfant de 4 semaines pour le père (Lire : Parentalité, égalité : « changer de paradigme »).

L’idée de le rendre obligatoire est quant à elle soutenue par l’économiste Hélène Périvier. Elle l’expliquait ainsi aux Nouvelles NEWS : « Donner le même congé aux hommes qu’aux femmes – 4 semaines après la naissance de l’enfant – et le rendre obligatoire, cela permet de déplacer la focale de la question de la maternité vers celle de la parentalité. Face à un jeune homme de 30 ans, le patron va aussi se dire qu’il peut avoir un enfant et va s’arrêter. Cela change la donne du point de vue de la discrimination. » Relancé par les sénateurs, ce projet trouvera-t-il une nouvelle légitimité ?

 

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12 commentaires

lili cf 1 février 2013 - 12:56 Répondre
Lili 1 février 2013 - 14:29

Ouf, enfin un congé paternité long et obligatoire… (6 mois, je n’en demandais pas tant)

On va y arriver !!!
Je ne suis pas sûre que l’incitation financière prévue suffise à convaincre les pères, mais espérons que peu à peu les entreprises compenseront.

Mais j’espère qu’une possibilité de maintient du congé de 3 ans sera gardée, car sinon c’est amputer la liberté des parents de ne pas confier leurs enfants à la collectivité. On n’est pas que des travailleurs et des travailleuses.

Sans parler de l’impact pour celles et ceux qui n’ont pas de moyen de garde pré-scolaire. Même mal rémunéré, le CP garantit au moins le maintient dans l’emploi.

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Diké 2 février 2013 - 13:26

Il y a quelques jours vous avez déjà parlé du modèle Suédois, qui a mis en place dans les années 70 un congé parental indemnisé, commun aux deux parents. Ils se le partagent donc, sauf une petite partie qui doit forcément utilisé par chaque parent, faute de quoi il est perdu.

Ces mesures volontaristes étaient destinés à mettre les deux parents sur un pied d’égalité, en impliquant les pères dans les tâches domestiques et parentales, et aidant les mères à travailler grâce à l’implication des pères.

Une étude de Sara Bréchet montre qu’elles n’ont pas porté leurs fruits en matière d’égalité. Elles ont peut-être même accentué les inégalités en apportant plus de souplesse aux hommes, et plus de contraintes aux femmes.

« Outre les différences, déjà bien connues, du nombre de jours d’allocation utilisés par les hommes et les femmes, nous avons pu montrer, grâce à l’enquête biographique, que le congé des hommes se distingue de celui des femmes à d’autres niveaux aussi. Le choix d’être en congé n’est possible que pour les hommes : ils choisissent le moment, la durée, le plein-temps ou le temps partiel. Le congé masculin est donc négociable et flexible. Pour les femmes, le congé débute forcément à la naissance de l’enfant, aucun report n’est possible quelles que soient les circonstances professionnelles du moment. Comme le congé parental est commun aux deux parents, les choix de l’un réduisent les possibilités de l’autre, et telle que la législation actuelle est formulée, la grande souplesse du système ne peut s’appliquer qu’aux hommes, alors que pour les femmes elle constitue plutôt une contrainte : celle de s’adapter au congé des hommes. »

L’égalité : une vaine quête ?
Hommes, femmes et congé parental en Suède
http://terrain.revues.org/1735

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hic 2 février 2013 - 16:59

@adrak
merci pour le lien (que je n’ai pas lu entièrement mais qui semble intéressant)!
Des propositions pour améliorer les disparités de choix ont-elles été faites en Suède (du type rigidifier les conditions de prise de congé pour les hommes, par exemple)?

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Eric 3 février 2013 - 03:20

En gros l’objectif est d’handicaper les hommes aux yeux des patrons, pour qu’ils aient le même handicap que les femmes. Ca me fait penser à la nouvelle de Kurt Vonnegut, Harrison Bergeron.

C’est comme l’idée parfois exprimée de limiter de manière contraignante le temps de travail (parce que les hommes sont naturellement plus enclins à faire de longues heures que les femmes). Là aussi c’est la méthode Bergeron.

A mon avis ça ne se fera jamais. C’est absurde économiquement.

Tout ça relève de la vie privée. Si vous voulez que votre homme s’implique beaucoup dans l’éducation des enfants, il faut en tenir compte au moment de choisir votre partenaire.

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isabelle germain 3 février 2013 - 07:48

« Eric »
En gros l’objectif est d’handicaper les hommes aux yeux des patrons, pour qu’ils aient le même handicap que les femmes. Ca me fait penser à la nouvelle de Kurt Vonnegut, Harrison Bergeron.

C’est comme l’idée parfois exprimée de limiter de manière contraignante le temps de travail (parce que les hommes sont naturellement plus enclins à faire de longues heures que les femmes). Là aussi c’est la méthode Bergeron.

A mon avis ça ne se fera jamais. C’est absurde économiquement.

Tout ça relève de la vie privée. Si vous voulez que votre homme s’implique beaucoup dans l’éducation des enfants, il faut en tenir compte au moment de choisir votre partenaire.

La comparaison avec la nouvelle de Kurt Vonnegut, Harrison Bergeron n’est pas pertinente. Dans cette nouvelle, l’idée est de mettre des handicaps aux plus intelligents pour aller vers l’égalité. Ici il est question d’organisation de la société. Si les hommes réussissent mieux professionnellement que les femmes, ce n’est pas une question d’intelligence (d’ailleurs les femmes sont plus diplômées que les hommes), c’est parce que leur disponibilité pour leurs employeurs n’est pas entravée par les nécessités du foyer. Il ne s’agit pas de handicaper l’intelligence des hommes mais de laisser s’exprimer celle des femmes en équilibrant les contraintes familiales entre hommes et femmes

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isabelle germain 3 février 2013 - 07:54

@adrak et @hic oui, nous en parlions ici http://www.lesnouvellesnews.fr/modele-suedois-tout-relatif , manifestement, l’équipe de la ministre des droits des femmes a vu la difficulté

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Diké 3 février 2013 - 21:10

Bonjour hic, j’ai découvert ce texte depuis peu et ne saurais vous en dire plus. Il date un peu (2004) et mention e déjà que le système a évolué au fur et à mesure, au point de devenir très complexe et bureaucratique.

Mon commentaire avait pour but de dire que les mesures bureaucratiques ne suffiront pas, elles doivent impérativement s’accompagner d’une volonté de refondre et rénover notre société sur de nouvelles bases. Le commentaire d’Eric illustre parfaitement qu’il faut changer les mentalités.

Pourquoi est-ce aux femmes de s’adapter aux carrières des hommes ? Souvent parce qu’elles gagnent moins que leur conjoint, et parce qu’on estime que les responsabilités parentales et domestiques lui incombe t plus. Pourquoi gagnent-elles moins ?

Mais aussi, pourquoi l’entreprise valorise-t-elle tant le présentéisme de ses employés? Pourquoi cette vision à court terme de la productivité ? Pourquoi de nombreux hommes (et femmes sans enfant) ne décrochent pas de leur travail alors que celui-ci génère tant de souffrance ?

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hic 4 février 2013 - 09:16

« Adrak »
Le commentaire d’Eric illustre parfaitement qu’il faut changer les mentalités.

Contente qu’il y en ait qui ne désespèrent pas!

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Lili 4 février 2013 - 12:43

« Eric »
En gros l’objectif est d’handicaper les hommes aux yeux des patrons, pour qu’ils aient le même handicap que les femmes. Ca me fait penser à la nouvelle de Kurt Vonnegut, Harrison Bergeron.

C’est comme l’idée parfois exprimée de limiter de manière contraignante le temps de travail (parce que les hommes sont naturellement plus enclins à faire de longues heures que les femmes). Là aussi c’est la méthode Bergeron.

A mon avis ça ne se fera jamais. C’est absurde économiquement.

Tout ça relève de la vie privée. Si vous voulez que votre homme s’implique beaucoup dans l’éducation des enfants, il faut en tenir compte au moment de choisir votre partenaire.

Alors dites-moi pourquoi les hommes sont-ils « naturellement » plus enclins à faire plus de longues heures de travail? C’est génétique peut-être? Y a un gène qui disparaît chez les femme au moment ou elle accouche? parce que bizarrement, les femmes sans enfants elles sont aussi « naturellement » enclines à faire de longues heures de travail…
La « nature » a bon dos…

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Eric 4 février 2013 - 16:26

Parce que les hommes, bien plus que les femmes, sont jugés sur leur statut et leurs réalisations. Et qu’il existe une corrélation très forte entre l’investissement en temps et ces derniers.

Lorsque je dis qu’ils sont jugés, c’est par les femmes. Ce sont les femmes qui mettent cette pression de performance énorme sur les hommes. C’est vous qui possédez le pouvoir sexuel et reproductif, et vous l’accordez en priorité aux hommes qui ont du statut ou semblent promis à en avoir. Un homme qui pousse une poussette n’est pas sexy. Un homme en costard, genre cadre dynamique, peut l’être.
Le corolaire est tout aussi vrai : lorsque l’homme perd ce statut ou son pouvoir économique, les chances qu’il a de se faire jeter par sa femme montent en flèche. Toutes les études vont dans ce sens.
Personnellement je pense qu’un homme qui sacrifie sa carrière pour permettre à sa femme d’avancer dans la sienne est un niais qui va très vite se retrouver sans femme (ou cocu), sans enfants et peut-être sans job.
C’est ce qui est arrivé au fondateur de The Spearhead. C’est ce qui est arrivé à un des hommes qui témoignent dans cette vidéo.
http://www.youtube.com/watch?v=GoWh-d6Oaqo&feature=player_embedded
Vous devriez faire du lobbying pour obliger les femmes à choisir des compagnons pantouflards et pour leur interdire de divorcer si le compagnon s’est investi auprès des enfants. Ca résoudrait votre problème. Mais c’est bien évidemment utopique.
La grande majorité des femmes exigent que leur homme prenne part à la course au statut.

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de profundis 4 février 2013 - 18:40

[quote name= »Eric »]
@éric sachez que beaucoup de femmes trouvent très très sexy un homme poussant une poussette, je crois même qu’un film débile sur ce sujet vient de sortir.
ET que pensez-vous des femmes qui sacrifient leur carrière et se retrouvent à la rue quand leur homme les plantent pour une plus jeune ? (Il est plus rare qu’une femme plante son mari pour un homme beaucoup plus jeune…

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